PROLOGUE : LES TERRES MORCELÉES
Avant les frontières. Avant l’oubli. Avant l’unité.
Le Cameroun, ou Kamerun selon les anciennes langues des royaumes, était alors un patchwork de terres divisées. Les dix départements centraux formaient autant de royaumes, chacun avec ses propres chefs, ses dieux et ses guerres. Les rivières étaient autant de barrières que de routes commerciales, et les montagnes des remparts naturels, défendant des citadelles faites de bois, de pierre et de magie ancestrale.
Au centre, le royaume d’Ongola dominait par sa force et sa diplomatie. Son roi, Ongola‑Ngul, était un guerrier redouté et respecté, unificateur des terres qui allaient devenir le noyau du futur royaume. Sa parole faisait trembler les plus orgueilleux, et sa sagesse avait déjà évité plusieurs guerres internes.
Mais même les plus grands guerriers tombent. Ngul mourut au front, laissant derrière lui un fils, Ongola‑Ekang, encore jeune, mais déjà animé d’une vision : unifier toutes les terres du Kamerun. Le vent portait encore les cris des batailles qu’il n’avait pas vécues, et les fantômes des guerriers morts murmuraient à son oreille que le pouvoir se gagne au prix du sang et de la trahison.
La jeunesse d’Ekang se déroula entre l’ombre des ancêtres et la lumière des forêts centrales. Il apprit à écouter les rivières et à lire les signes des oiseaux. Les anciens lui enseignèrent la valeur du respect, de la patience et de la ruse. Chaque conte raconté au coin du feu, chaque geste de son père, chaque victoire et défaite des royaumes voisins formaient un enseignement invisible, mais puissant.
Ekang savait que son destin n’était pas simplement de porter une couronne. Il devait comprendre les hommes, anticiper les trahisons, et négocier avec les dieux et les sorciers. Les alliances devaient être tissées avec soin, car une main tendue pouvait cacher une dague. Les mercenaires, les marchands et les conseillers étaient autant de pièces sur l’échiquier, et chacun avait ses propres ambitions.
C’est dans ce monde divisé que la flamme de l’unité devait naître. Et c’est cette flamme que le jeune prince portait déjà en lui, souvent seul, dans le silence des nuits où la lune éclairait les silhouettes des collines. Les chants des ancêtres résonnaient à travers les arbres et les vallées, murmurant à l’oreille du jeune prince que le pouvoir n’est jamais offert, il se conquiert.
Et ainsi commence l’histoire du roi qui voulait unir le Kamerun, un jeune roi dont les choix allaient façonner la légende et semer les graines de guerres et de trahisons futures.