Chapitre 2 : LES SERMENTS QUI SAIGNENT

457 Words
La mort d’Ongola‑Ngul n’avait pas seulement laissé un trône vide. Elle avait laissé une armée orpheline. Dans la cour centrale d’Ongola, les guerriers se tenaient en silence. Leurs lances étaient plantées dans le sol, leurs regards fixés vers le jeune roi. Beaucoup d’entre eux avaient combattu sous Ngul plus longtemps qu’Ekang n’avait vécu. Deux hommes se tenaient légèrement en retrait, mais tous les regards revenaient toujours vers eux. Kolo Beti et Fuda Ewondo. Kolo Beti était massif, le torse marqué de cicatrices anciennes. On disait qu’il n’avait jamais perdu une bataille rangée, mais qu’il avait perdu tous ses frères à la guerre. Sa voix était grave, rare, et chaque mot semblait pesé comme une arme. Fuda Ewondo, lui, était plus fin, plus vif. Stratège avant d’être guerrier, il avait appris à gagner des batailles sans toujours les livrer. Là où Kolo avançait comme une tempête, Fuda préférait la brume. Tous deux avaient juré fidélité à Ongola‑Ngul. Et maintenant, ils observaient son fils. — Tu veux unifier le Kamerun, dit enfin Kolo Beti, sans détour. Ton père voulait la paix. Pas l’empire. Ekang soutint son regard. — La paix de mon père est morte avec lui, répondit-il calmement. Je ne veux pas plus de guerres. Je veux la fin des guerres. Fuda Ewondo esquissa un léger sourire. — Alors tu devras parfois parler comme un frère… et frapper comme un ennemi. Ce jour-là, sans rituel ni grand discours, les deux généraux s’agenouillèrent. Pas devant un enfant. Devant un projet. La rumeur de l’ambition d’Ekang se répandit vite. À Sanaga, les marchands calculaient déjà les profits possibles. À Yebekon, les espions changeaient de camp sans bruit. À Nanga, le Conseil des Anciens se réunit dans l’ombre. Les membres — Essomba, Mvele, Kouna et Tsala — débattaient sans cesse. Certains étaient favorables à Ekang, d’autres ne visaient que le pouvoir. — Le jeune roi veut tout unir, dit l’un. — Alors il aura besoin de bras, répondit un autre. — Et les bras se louent. Nanga n’avait ni dieux puissants ni armée unifiée. Mais Nanga avait des hommes qui savaient se battre pour n’importe quel drapeau. Fuda Ewondo fut le premier à parler contre l’alliance. — Les mercenaires n’ont pas de mémoire, avertit-il. Ils n’ont que des comptes. Kolo Beti resta silencieux, mais son regard était sombre. Ekang, pourtant, voyait plus loin. — Nous manquons d’effectifs. Mbeli se renforce. Koli sacrifie déjà ses prisonniers. Si nous frappons seuls, nous perdrons trop. Il marqua une pause. — Je ne leur demande pas la loyauté. Seulement le temps. Les anciens murmurèrent. Les nganga consultèrent les signes. Un mauvais présage fut évoqué : un oiseau noir aperçu à l’aube. Ekang passa outre. Ce fut sa première décision purement politique.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD