Île Verte mars 1942– Ma-tté-o ! Mattéo, répétait Anne, le regard plongé dans les yeux noir intense du garçon inconnu. Sally l’interrompit en apportant un plateau avec du thé. – Ça vaut la peine de se faire un bon thé pour célébrer, dit-elle. Et merci encore de nous avoir amené du lait ! Sa voix était assez grave, et on avait toujours l’impression qu’un fond de rire se cachait dans ses intonations chaudes. L’Anglaise devait être dans la cinquantaine. Elle était petite et ronde, habillée en tweed de la tête aux pieds, quels que soient la saison ou le temps. Son français était superbe, mais un petit accent charmant allongeait ses voyelles et arrondissait ses consonnes. – C’est vraiment chic ce que vous faites pour lui, dit Anne en la regardant verser le liquide ambré dans une jolie tass

