MIA
– Je suis vraiment obligé de m'habiller comme vous ?
– Oui, bien sûr que t'es obligé. Fais voir, je suis sûr que ça te va très bien.
Je soupirais avant de sortir des toilettes.
– Eh bien, t'es une bombe, chérie.
Je m'avançais jusqu'à la glace en face de moi et regardais ce « déguisement » d'un peu plus près. Le top noir et rouge m'arrivait au-dessus du nombril, et la petite jupette cachait à peine mes fesses. Je tirais un peu dessus, espérant que le tissu cache un peu plus mes cuisses, mais rien à faire, je devais sortir comme ça.
– Arrête d'être mal à l'aise. Tu as un corps parfait, alors arrête de te cacher.
Je souriais faiblement.
Si Aria ne m'avait pas bassiné avec ça durant ces deux jours, je ne serais jamais resté pour m'entraîner avec elles. Elle avait insisté. Elle voulait vraiment que je me détende, et surtout, elle voulait que je rende folle Liam.
Depuis notre confrontation, il y a deux jours, je ne lui avais pas parlé. Les filles acceptaient de manger avec moi et de les laisser manger en équipe et je savais que ça les embêtaient un peu. Pour ce qui est de Vanessa et Carly, elles ne reviendront que vendredi, ce qui faisait un truc de moins à gérer, pour le moment.
Une claque sur les fesses me réveillait.
– Aïe, doucement !
Aria se mettait à rire.
– N'oublie pas. Je veux que tu le rendes dingue. Lâche-toi comme quand tu as giflé Vanessa et profite que Liam s'entraîne sur le même terrain que nous pour lui en faire baver.
– Quoi ? Les garçons vont s'entraîner au même endroit que nous ?
– Oui. Ils commencent les entraînements de basket. On partagera le terrain. Enfin, je pense qu'on va plutôt être côté gradin, mais, c'est déjà ça.
Je soupirais. Qu'est-ce qui m'avait prit d'accepter ?
– Waouh, Mia est une Carsons, enfin ! Disait Jenna en me donnant un coup de hanche.
Je rigolais et sortais du coin toilette pour venir dans les vestiaires.
– Dis-donc, comment tu as fait pour la convaincre enfin ? Demandait Chelsea en regardant Aria.
– J'obtiens toujours ce que je veux. Elle disait, la tête haute. Je sais que ça lui fera du bien, et elle le sait aussi.
Je souriais, sans savoir quoi dire.
– Comment tu vas ? Reprenait Chelsea, plus calmement. Depuis que tu n'es plus avec Liam ?
Toutes les filles s'étaient arrêtées de se changer pour me regarder.
– Ça va.
– Qu'est-ce qui s'est passé ? Apparemment, c'est à cause de son ex ? Demandait Lily.
– Les filles, je vous ai déjà dit qu'on en parlait plus. Mia a besoin de se détendre, pas de repenser sans arrêt à toute cette histoire.
Qu'on en parlait plus ? Elles parlaient de ça quand je n'étais pas là ?
Toutes les filles finissaient de se changer, et Aria mettait un bras autour de mon cou pour m'inciter à sortir du vestiaire avec elle. On arrivait dans le grand gymnase et j'étais soulagé de voir qu'aucun garçon n'était encore là.
– Les filles, bouger votre c*l ! Pour l'instant, on a le terrain pour courir.
Comme si elles avaient peur d'Aria, les filles se dépêchaient de sortir du vestiaire et trente secondes plus tard, on était toutes en train de courir autour du terrain. Bien sûr, je guettais sans cesse l'arrivée des garçons.
– Aller, les filles, en ligne.
Aria se mettait devant nous, essoufflée. Je me plaçais sur un côté, et la regardais bien attentivement.
– Vingt battements pour chaque jambe.
Les filles s'exécutèrent et je me dépêchais de me réveiller pour faire la même chose. Au premier levé de jambe, je manquais de perdre l'équilibre. Je retenais un rire et me replaçais pour exécuter les mouvements. Après tant d'années à faire de la gym, je n'étais même plus capable de prendre mon équilibre
Après un nombre incalculable d'autres mouvements de jambes et compagnie, Aria nous ordonnait de faire nos grand-écarts. Bien sûr, toujours aucune nouvelle des garçons. Aria me fusillait gentiment du regard, comme pour me dire « arrête de penser à ton ex-petit-ami qui n'en vaut pas la peine », et je me remettais au travail. Je descendais en grand-écarts sans m'échauffer avant et me couchais sur ma jambe. C'est là que j'entendais la porte des vestiaires souvrir. Je relevais immédiatement mon buste, et mes yeux se plantaient instinctivement dans ceux de Liam, qui était en tête du groupe.
Il ralentissait un peu sa démarche, fronçait les sourcils, et reprenait un air naturel. Je fixais ses jambes et ses bras musclés. Il n'y a pas si longtemps, je pouvais les toucher et j'étais complètement folle de lui. Mais maintenant que j'avais découverts son vrai visage, je m'obligeais à le détester. Et je m'en voulais d'avoir toujours de l'attirance pour lui.
– Mia, t'es une Carsons, maintenant ? Me demandait Alec en arrivant sur le terrain.
– Non, pour l'instant je...
– Oui. Nous avons une nouvelle recrue. S'empressait de me couper Aria.
Je ne quittais pas le regard de Liam, qui passait près de moi pour rejoindre le centre du terrain. Les garçons l'imitèrent et je me forçais à ne pas me retourner. A la place, je me concentrais sur le regard insistant d'Aria. Je faisais mon autre grand-écart, puis descendais en grand-écart faciale.
– Bonjour les filles.
Je me relevais en reconnaissant la voix du coach des garçons. Cela me rappelait la dernière fois que j'avais assisté à leur entraînement. C'était juste avant le bal de la rentrée, et je m'étais dit que jamais je ne rejoindrais leur équipe. Eh bien, c'était encore un truc de nouveau pour moi. Et si ça pouvait m'éviter de penser un peu à mes problèmes, j'étais toute oui.
– Très bien les filles, vous pouvez vous relever.
Je me relevais et m'empressais de tirer un peu sur le tissu pour cacher un maximum mes fesses.
Je me tournais et voyais les garçons concentrés à l'autre bout du terrain. Ils parlaient avec le coach et Liam ne m'accordait pas la moindre attention. Mia, ne soit pas déçue, il t'a menti, arrête de penser à lui.
– Si Mia accepte de rejoindre notre groupe, on pourrait monter une pyramide pour la fin de la danse.
Elle me regardait, comme si elle voulait ma confirmation. Je détournais les yeux d'une manière innocente.
– Bien. On va reprendre la danse qu'on avait commencé à faire la dernière fois, peut-être que tu auras des idées à nous proposer.
Je regardais les filles se déplacer sur le côté du terrain, et je prenais la place d'Aria pour les regarder en resserrant ma queue-de-cheval.
Les garçons parlaient toujours avec le coach. Une musique me réveillait tout à coup et je regardais les filles commencer à danser. Quelques pas de danse, des sauts, des saltos arrière, des roues, quelques flips à peu près réussis et trois figures de fin plus tard, je m'autorisais enfin à sourire. Aria éteignait la musique et venait vers moi. Les garçons les avaient toutes regardés, et je me demandais comment je pourrais être à l'aise en faisant tout ça devant eux.
– Alors, aller, les critiques. On a bossé dessus avant les vacances, mais depuis la dernière fois, on a réussi à mettre un peu de gymnastique.
– Oui, c'était mieux que la dernière fois, c'est vrai. Vous avez augmenté votre niveau de difficulté.
– Mais ? Me demandait-elle, essoufflé.
– Pour les saltos et les flips, vous devriez travailler votre équilibre. Il y a certaines choses à corriger.
– C'est pour ça que tu es là. Me disait-elle en enroulant son bras autour de mon cou.
– Oui, euh, Chelsea et Abby, c'est vous qui avez fait le salto ?
Les garçons étaient en train de s'éparpiller sur le terrain, et je sentais un regard insistant de la part de Liam, que j'ignorais.
– Oui.
– Vous ne prenez pas assez de hauteur. Prenez le temps de vous tenir droite avant de vous lancer. Ouvrez votre poitrine et votre salto sera parfait.
Les deux filles me souriaient.
– Tu vas nous entraîner ? Me demandait Abby en souriant.
Aria attendait ma réponse avec impatience.
– Je vais vous donner un coup de main. Dis-je, seulement.
– C'est déjà bien.
Les garçons se mettaient à courir, se faisant des passes par-ci par-là.
– Je peux vous parer, si vous voulez ?
– Oui, avec plaisir.
Chelsea s'avançait vers moi tout de suite, impatiente que je l'aide. Elle se mettait de profil. Mettant une main sur ses cuisses, et une autre dans son dos, je lui disais :
– Ouvre ta poitrine un peu, tiens-toi droite. N'hésite pas à prendre de la hauteur avant de tourner.
Elle se lançait tout de suite, et son salto était beaucoup mieux que celui qu'elle avait fait tout à l'heure.
– Tu vois, je t'ai à peine tenue.
– Waouh, merci Mia. Bizarrement, je n'ai pas eu peur en me lançant.
Je lui souriais.
– Tu as déjà entraînée, quand tu faisais de la gym ?
– Euh, oui, des fois je donnais un coup de main aux petites qui voulaient qu'on les pare.
– Ah d'accord, je comprends mieux.
J'aidais maintenant Abby, qui réussissait un peu moins bien que Chelsea. Mais l'essentiel, c'est qu'elle termine debout.
– Moi, je propose que Mia montre son beau salto.
Aria posait un bras sur moi, encore.
– Parce que, je ne sais pas vous, mais moi, je trouve que les saltos de Chelsea et Abby sont comment... dire nul.
Elle se mettait à rire, faisant rire également les filles qui se trouvaient en face de nous.
– Ah. Ah. Très drôle.
– Non, en vrai, pourquoi tu ne nous montres pas un vrai salto ? On pourrait vraiment se rendre compte, comme ça.
Je souriais, regardant Jenna et Jessie qui plissaient les yeux devant mon indécision.
– D'accord, alors un seul.
Je restais à ma place, cherchant à me cacher le plus possible des garçons. Je levais mes bras, soufflais un coup, prenais de l'élan et tournais sur moi-même.
– Alors là, il y a du niveau. Disait Aria en rigolant. Tu as encore plein de choses à nous apprendre.
– Bon, c'est bon, maintenant, on peut s'attaquer aux flips. Dis-je en claquant des mains.
Quand je croisais le regard de Liam, j'avais un petit pincement au cœur. Au fond, j'étais contente qu'il me regarde, même si je savais que c'était mal.
***
– Bonjour Mia, comment tu vas ?
– Bien, et vous ?
– Bien, merci.
– Pourquoi vous m'attendez dans le hall ? Je vous retrouve dans votre bureau, d'habitude.
– Oui, mais aujourd'hui, on va faire quelque chose de différent.
Je fronçais les sourcils.
– Tu me suis ?
Elle commençait à partir et je soupirais discrètement pour ne pas qu'elle m'entende. Mais qu'est-ce qu'on allait faire ?
On arrivait devant une porte, au bout d'un couloir. Elle l'ouvrait, et je découvrais des personnes assises sur des chaises en rond, au milieu d'une salle. Oh non ! On en était vraiment là ?
– Viens, entre, je vais te présenter.
Les quelques filles qui étaient présentes se levaient en m'apercevant. Je retenais ma respiration.
– Bonjour à toutes, une personne nous rejoint aujourd'hui. Je te laisse te présenter ?
Elle me faisait un sourire rassurant et je manquais une nouvelle fois de soupirer.
– Bonjour, je m'appelle Mia.
– Bonjour. Elles répondaient, toutes en même temps.
Je m'asseyais avec son autorisation et analysais la salle.
– Alors, vous savez comment ça se passe quand on a une nouvelle personne qui nous rejoint ? On fait un tour pour se présenter.
Je ne savais pas pourquoi, mais je sentais que ces séances de psy étaient loin d'être finies.
– Je vais commencer. Disait une fille en se levant.
Elle devait être un petit peu plus âgé que moi, très jolie, une grande brune aux yeux noisette. Elle me faisait un sourire avant de commencer :
– Je m'appelle Erica, j'ai vingt-deux-ans, je suis ici depuis maintenant cinq semaines, et je suis vendeuse. J'ai été agressé sexuellement par mon beau-père pendant deux ans, quand je n'avais que neuf ans. J'ai finis par porter plainte seulement il y a quelques mois, parce qu'il a décidé de se marier avec ma mère. Je suis ici parce que j'ai été victime de viol et je sais qu'on ressent toutes le besoin d'en parler, même si on pense ne pas vouloir en parler. La preuve, j'ai attendu dix ans pour le faire.
Elle me faisait un petit sourire alors que j'étais suspendu à ses lèvres. C'était très troublant d'entendre cette histoire. C'est la première fois que j'entendais quelqu'un parler d'un viol, et bizarrement, ça me faisait du bien.
– Très bien, merci Erica. Qui veut prendre la parole ?
Une autre fille, plus âgée, se levait.
– Bonjour, je m'appelle Rachel, j'ai trente ans, je suis assistante de direction depuis huit ans et j'ai été victime de harcèlement sexuel par mon supérieur pendant quatre ans. Ça été dur pour moi d'en parler, mais maintenant que j'ai quitté mon travail et que j'ai porté plainte contre lui, je me sens en sécurité, car il ne peut plus m'approcher. Le plus dur, c'est de refaire confiance à nouveau, surtout quand on sait que la plupart des chefs d'entreprise sont des hommes. Heureusement pour moi, j'ai un mari et deux jeunes enfants qui sont là pour moi.
Je souriais, gardant les yeux rivés sur elle. C'était très touchant, et je dois dire que tout ça me captivait et m'intéressait beaucoup.
– Merci Rachel. Qui veut prendre la suite ? Valentine ? Léana ?
Les deux dernières se levaient l'une après l'autre. La première avait vingt-neuf ans, elle avait eu des attouchements durant son enfance, par le mari de sa nourrisse. La deuxième avait vingt-quatre ans et s'était fait agresser sexuellement par un homme plus âgé qui l'avait dragué et v***é dans une voiture...
Entendre tout ça me remuait l'estomac. Je n'étais donc pas la seule à avoir vécu l'enfer...
– Merci à toutes, maintenant Mia aura une petite idée de pourquoi vous êtes ici. Maintenant, Mia, si tu le veux bien, je vais te demander de te présenter aussi.
Je faisais de gros yeux, décroisant mes bras pour me mettre correctement sur ma chaise. Devant son petit sourire, je me levais pour faire comme toutes les autres.
Savoir que j'allais encore me livrer devant des inconnus me mettait mal à l'aise. Comme si j'étais nue devant un public.
– Je m'appelle Mia, j'ai dix-huit ans, je suis en terminal. J'ai été victime d'une agression il y a maintenant presque quatre semaines. J'ai été drogué pendant une fête, puis je me suis fait agresser physiquement et sexuellement par quatre garçons.
Erica fronçait les sourcils, et je voyais en elle le même regard de pitié que je détestais. Ma gorge devenait tout à coup très sèche, et je me forçais à continuer.
– Je me suis réveillé à l'hôpital douze heures plus tard. Je n'avais plus beaucoup de souvenirs. Deux d'entre eux ont été arrêtés. Deux autres sont encore recherchés, et le procès n'a pas encore eu lieu. Voilà.
Je m'asseyais, retenant mes larmes que je n'avais pas senti monter.
– Merci Mia. Est-ce que quelqu'un voudrait dire quelque chose ?
Les quatre filles me scrutaient, essayant peut-être de s'imaginer la scène dans leur tête. Je baissais les yeux.
Je n'étais plus mal à l'aise, maintenant, j'avais seulement l'impression d'avoir un poids en plus sur mes épaules.