1979. Palais de Westminster, Londres.Kate reboutonnait son chemisier avec maladresse, elle tremblait. Elle passa les mains sur son visage, dans ses cheveux, remercia le ciel de ne pas avoir mis de rouge à lèvres ce matin-là. Elle contempla sa folie avec une douce incrédulité : elle avait posé ses fesses nues sur le bureau d’un monsieur, des câbles diplomatiques jonchaient le sol et la porte n’était pas fermée à clé. N’importe qui aurait pu les surprendre !
Elle avait refusé toutes ses invitations, elle avait évité ses sourires et renvoyé ses fleurs. Pendant près d’un an, elle avait repoussé Patrick McNeil. Une histoire avec un lord, ce n’était pas raisonnable. Pupille de la nation, Kate était modeste, se voulait modeste, minuscule même. Elle avait choisi l’école de secrétariat et pas l’université ou les beaux-arts que ses professeurs lui recommandaient. Elle avait obtenu le premier prix avec son certificat d’études, sa bourse lui aurait permis d’aller où bon lui semblait. De grandes choses, un grand homme, ce n’était pas ce qui était bon, juste, pour elle. Kate voulait de la discrétion, de la mesure : prendre en sténo les entretiens de quelques personnages importants, louer un petit appartement, aller danser le samedi soir et esquisser les rues de Londres sur son carnet à spirale le dimanche après-midi. La grande vie ce n’était pas pour elle. Patrick McNeil n’était pas pour elle. Elle ne parlait pas comme lui, elle ne pensait pas comme lui, elle ne mangeait pas comme lui. Pourtant, personne ne lui plaisait davantage que Patrick McNeil. Et lorsque Minnie avait annoncé que le jeune diplomate l’avait invitée à sortir, Kate en avait pleuré. Elle songea que Minnie avait tout changé ; sans sa vantardise, jamais rien de tout cela ne serait arrivé. Jamais elle n’aurait fait ce premier pas, jamais elle n’aurait passé sa main sous la chemise, puis sous la ceinture du lord. Il en était encore rose de surprise et de plaisir. Elle le recoiffa, l’embrassa gentiment. Il n’osait rien dire. C’était à son tour d’être timide.
***
Kate voulut revenir en arrière. Elle voulut retrouver sa vie. Sa petite vie simple. Patrick McNeil lui offrait tout, mais elle ne désirait rien. Elle l’aurait voulu lui, seulement lui. Elle connaissait suffisamment le monde pour savoir qu’épouser un lord signifiait bien autre chose qu’épouser un homme.
Lorsqu’elle se découvrit enceinte, elle décida d’avorter. Elle prit rendez-vous, elle se rendit à l’hôpital. Elle renonça dans la salle d’attente. Kate aurait un enfant et deviendrait, quoi qu’il en coûte, lady McNeil.