Draven attendait devant la porte de Ken.
Il ne savait pas exactement pourquoi il était là.
Il s’était levé avec une tension dans la poitrine, une irritation sourde, un besoin maladif de vérifier quelque chose qu’il refusait de nommer. Il avait passé la nuit à tourner, à ruminer, à revoir ce b****r qu’il n’aurait jamais dû entendre.
Quand la porte s’est ouverte, ce n’est pas Ken qu’il a vu en premier.
C’était Nyra.
Elle sortait de la chambre, les cheveux encore en désordre, enveloppée dans le drap qu’on lui avait donné. Son visage était calme. Trop calme.
Quelque chose a explosé dans la tête de Draven.
— p**e.
Le mot est sorti brutalement, sans filtre.
— Tu couches avec n’importe qui maintenant ?
Nyra s’est arrêtée net. Elle l’a regardé. Pas choquée. Pas honteuse.
— Qui m’a envoyée coucher avec tout le monde ? a-t-elle répondu froidement.
— C’est toi.
Un silence est tombé.
— Je te dédie mon trophée de p**e, a-t-elle ajouté.
— Comme c’est toi le compositeur.
La gifle est partie avant même qu’il ne réfléchisse.
Le bruit a claqué dans le couloir.
— Comment oses-tu me répondre !
— Espèce de femme sans valeur !
La joue de Nyra brûlait. Tout son corps aussi. Sa louve hurlait. Mais elle s’est figée.
Calme-toi, Nyra.
Sinon tu vas tout gâcher.
Ken est sorti immédiatement.
— Pourquoi tu l’as frappée ?!
Draven s’est tourné vers lui, les yeux fous.
— Elle a osé me reprendre. Avec impolitesse.
Ken a regardé Nyra. Puis Draven.
— D’accord. C’est bon. Elle ne recommencera pas.
Nyra a levé les yeux vers Ken, un sourire lent aux lèvres.
— Oui, beau gosse.
Draven a senti quelque chose mourir en lui.
Ou naître.
Il s’est approché d’elle brusquement.
— Va faire le déjeuner pour six personnes.
— Mets la table.
— Tu as trente minutes.
Il s’est penché vers elle.
— Si tu dépasses trente… je te fais fouetter, idiote.
Elle est partie sans répondre.
Dans la salle à manger, Draven s’est assis avec Ken et d’autres membres. Il n’a pas parlé. Il fixait la porte. Chaque seconde lui semblait trop longue.
Quand Nyra est entrée, trente minutes et cinq secondes s’étaient écoulées.
Les conversations se sont arrêtées.
Elle était belle. Trop. Les cheveux attachés à la va-vite, la robe simple qui épousait ses formes, le regard droit malgré la fatigue.
— Wow… a murmuré un homme.
— On peut la prendre pour la nuit ?
Techniquement, la loi disait qu’on ne refusait pas.
Draven s’est levé d’un coup.
— Je t’ai donné trente minutes.
— Tu as dépassé cinq secondes.
Il a attrapé la théière brûlante.
Avant que quiconque ne comprenne, il a renversé le liquide sur les mains de Nyra.
Elle a crié.
Un cri déchirant.
Elle est tombée à genoux, la douleur traversant tout son corps. Ken s’est levé d’un bond et l’a attrapée.
— Ça va ? Tu as mal ?
Nyra s’est accrochée à lui, instinctivement. Un geste de survie. Un demi-câlin de peur.
Draven a vu rouge.
— Lâche-la !
— C’est une esclave, c’est quoi ton problème ?!
Il s’est tourné vers les gardes.
— Enfermez-la.
— Elle sortira demain.
— Comme ça elle comprendra que quand je dis trente minutes… c’est trente minutes.
Nyra a été traînée hors de la pièce.
La prison était une pièce de pierre ouverte à la lumière de la lune.
Et cette nuit-là…
c’était la pleine lune.
La transformation a commencé lentement.
Puis la douleur est devenue insupportable.
Les os tiraillaient. La peau brûlait. La respiration se brisait. Nyra criait. Des cris de louve abandonnée. Des cris que tout le monde connaissait. Des cris que personne n’oublie.
Même les plus cruels frissonnaient.
Dans sa chambre, Draven s’est figé.
Chaque cri lui déchirait la poitrine. Chaque hurlement multipliait quelque chose de sombre en lui. Pas de la haine.
De la culpabilité.
Ken n’a plus tenu.
Il a couru jusqu’à la cage. A ouvert.
Nyra était à moitié humaine, à moitié louve. Il a pris la lumière de la lune sur lui, la brûlure lui arrachant un gémissement, et l’a soulevée pour la ramener à l’intérieur.
Draven était là.
— Comment oses-tu ?!
Ken l’a regardé droit dans les yeux.
— On va parler plus tard.
— Oui, c’est une esclave.
— Mais toi et moi, on sait ce que cette douleur fait.
— Si tu veux me punir, fais-le demain.
— Ce soir, je m’occupe d’elle.
Il est parti avec Nyra.
Draven est resté seul.
Dans sa chambre, il tournait.
Les cris.
La douleur.
Le regard de Nyra.
Pour la première fois de sa vie…
il avait ressenti de la pitié.
Et ça,
ça le terrifiait plus que tout le reste.