Le plan invisible

4620 Words
Point de vue d’Emma 15h47. L’après-midi traîne, mais moi, je suis au taquet. Mon cœur bat frénétiquement, comme un tambour que rien ne peut arrêter. Ce soir, je pars enfin pour Princeton. Princeton ! Je quitte ce trou lugubre, cette maison pleine de souvenirs étouffants. Et le meilleur ? Will vient avec moi. Ce matin, on a passé un moment ensemble, à parler de tout et de rien. Will a réussi à me faire oublier mes angoisses avec ses blagues ridicules. Je lui ai parlé de rencontrer ma mère à l’aéroport… et il a trouvé ça génial. Moi, je trouve ça suicidaire. Ma mère n’est pas du genre à faire bonne impression. Une rencontre avec elle, c’est un interrogatoire émotionnel à ciel ouvert. Mais Will semble convaincu que tout ira bien. Pauvre naïf. Franchement, il ne connaît pas ma mère. Clara et « génial » dans la même phrase ? Autant dire que le Titanic a été un succès. Je jette mes affaires dans ma valise sans réfléchir. Une robe pour les soirées, des jeans, des pulls pour les nuits froides… et mes nouveaux trésors fraîchement achetés. Je sens encore l’odeur des magasins, les sourires artificiels des vendeurs, et cette sensation grisante de pouvoir enfin choisir pour moi. En balançant un dernier haut dans ma valise, mon regard se fixe sur une photo sur ma commode. Mon père. Son sourire chaleureux me réconforte, comme s’il traversait le cadre pour m’apaiser. Je m’assois, la photo entre les mains. Une boule se forme dans ma gorge. Mes joues chauffent, mes yeux s’embuant. Les souvenirs déferlent. Je me revois petite, le sac presque plus gros que moi, tremblante devant les grilles du collège. Premier jour. Phoebe… toujours à dramatiser. — « Tu vas voir, Emma, c’est pire qu’un champ de bataille. Des profs qui hurlent, des filles qui jugent, et des garçons qui puent. » Merci, grande sœur. J'ai fais demi-tour, mais Papa s’est accroupit, ce faux air grave qu’il aimait prendre pour faire le clown. — « T’en fais pas, ma puce. Si quelqu’un t’embête, crie très fort : ‘J’AI UNE GRENOUILLE DANS MON SAC !’ et cours. Les gens ont peur des fous. » J’ai ri malgré moi. Et j’ai couru dans la cour avec ce ridicule en tête. Évidemment, je ne crie pas ça. Mais sa voix a suffi à me faire avancer. Puis le lycée. Le lycée chic où Phoebe m’a précédée. Encore la panique. Encore les discours terrifiants de ma sœur : « Tu vas être un bébé parmi les reines, Emma. Un tout petit bébé. » Mais Papa avait une solution. — « Si quelqu’un te regarde de travers, lève un sourcil très haut et dis : ‘Excusez-moi, vous n’avez jamais vu une légende en construction ?’ » J'ai ris à nouveau. Suffisant pour avancer. Pour croire que je peux le faire. Aujourd’hui, je franchis une autre étape. L’université. Ce monde nouveau, effrayant, immense. Mais cette fois… il n’est pas là. Une boule se forme dans ma gorge. Je serre la photo, incapable de retenir les larmes. — Papa… murmure ma voix. Merci. Merci pour tes mots bizarres, tes blagues idiotes, ta façon de me rendre courageuse sans que je le sache. Merci d’avoir mis Will sur mon chemin. Je n’aurais jamais survécu à ton absence sans lui. Il comble ce vide, me redonne goût à la vie. Même absent, je le sens derrière moi. Comme une main invisible qui pousse doucement dans le dos. Je caresse le cadre, un sourire timide se dessine malgré les larmes. — Tu sais, papa… je suis amoureuse. Pour la première fois. Et même si ce n’est pas réciproque, peut-être que ça viendra. Will est tout ce que je veux. Je renifle, un petit rire m’échappe. Je regarde la photo, m’accrochant à ce souvenir comme à un ancrage. — Tu l’adorerais. Il est drôle, parfois idiot, mais d’une manière qui le rend parfait. Ses yeux… papa, ses yeux. Comme si tout le bleu du ciel s’était installé dans son regard. Presque magique. Je souris. — Il me rend heureuse. Tellement. Même quand tout s’écroule autour de moi, il me fait sourire. C’est tout ce que tu aurais voulu. Gentil, drôle, un peu maladroit parfois… presque parfait. Bon, il mange ses céréales avec une cuillère géante, mais même les meilleurs ont leurs petites imperfections, non ? Je ris doucement. Will est cette étincelle dans ma vie trop sombre. — Je sais que tu veilles sur moi, jour et nuit. Peu importe où je vais, tu es là. Mon premier meilleur ami. Mon meilleur père. Je souris tristement au cadre. — Et tu as bien fait de ne rien laisser à maman. Elle était obsédée par l’argent… mais grâce à toi, elle a changé. Tout ça, c’est toi. Toi qui as choisi de ne rien lui laisser. Bravo, papa. Je respire profondément. — Ce soir, je commence un nouveau chapitre. Une vie loin d’elle, de cette maison, de mamie Merry, de tout. Mais je veux que tu sois avec moi, à chaque étape. Une dernière larme roule sur ma joue. Je dépose un b****r sur la photo, la glisse doucement dans ma valise, le cœur plus léger. Je ferme le couvercle et jette un regard autour de moi. Ce soir, tout va change. 15h59. Je plie soigneusement mes vêtements quand la porte s’ouvre sans prévenir. Ma mère entre, le visage fermé, les yeux rougis comme si elle venait de pleurer. Mon premier réflexe est de lever les yeux au ciel. Encore une scène dramatique. — Maman ? Ça va ? demandai-je en posant un sweat dans la valise. Elle reste plantée là, les bras ballants, murmurant presque pour elle-même : — Je suis désolée… tellement désolée… Je fronce les sourcils. Clara, désolée ? C’est rare. Tellement rare que c’en est presque effrayant. Je m’approche d’elle et pose doucement ma main sur la sienne. — Tu es triste que je parte, c’est ça ? C’est normal, maman. Mais je viens vous voir dès que j’en ai l’occasion. Je ne pars pas pour toujours. Elle secoue la tête, les lèvres tremblantes. — Non… ce n’est pas ça… Je suis désolée… Je ne voulais pas… Sa voix se brise et je commence à m’inquiéter. Ses yeux évitent les miens, fixant le sol comme s’il pouvait lui offrir une échappatoire. — Désolée pour quoi ? lui demandai-je doucement. Elle soupire, le regard toujours fuyant. — J’ai fait… quelque chose d’horrible, murmure-t-elle. Mon cœur se serre. Horrible ? Ce mot sonne si étranger dans sa bouche. Elle, la femme forte et impassible, s’effondre devant moi. — Qu’est-ce que tu veux dire, maman ? Elle relève enfin les yeux, des larmes dévalant ses joues. — Je n’avais pas le choix, Emma… Je n’ai jamais eu le choix. Clairement, elle est dans un état d’esprit digne d’un soap opéra. Je ne sais pas si je dois m’inquiéter ou simplement lui tendre un mouchoir. — Maman, écoute… Peu importe ce que c’est, on peut en parler, OK ? Mais pour l’instant, tu devrais être heureuse pour moi. C’est Princeton ! Un nouveau départ ! Mais au lieu de se calmer, elle attrape mes mains presque désespérément. — Retarde ton voyage, Emma. Juste quelques jours, s’il te plaît. Je la regarde, stupéfaite. Retarder mon voyage ? Est-elle sérieuse ? — Maman, c’est impossible. Les cours ont déjà commencé et je suis déjà en retard par rapport aux autres. Elle secoue la tête et essuie ses larmes avec la manche de son pull. — Ce n’est pas discutable, dit-elle d’une voix plus ferme. Avant que je ne puisse répondre, elle se détourne brusquement et sort de ma chambre, me laissant seule, confuse, avec mille questions. Je reste figée un moment, puis je ris doucement, sans joie. — Retarder mon voyage ? Pour quoi faire exactement ? Repasser une dernière fois l’album de famille ou revoir le film de notre vie chaotique en boucle ? Pas question. Je me laisse tomber sur mon lit, fixant le plafond. Ma mère, d’habitude si froide et calculatrice, semble totalement bouleversée. Mais pourquoi maintenant ? Qu’est-ce qu’elle peut bien regretter à ce point ? Je pose mes yeux sur l’autre photo de mon père. — Eh bien, papa, si tu es dans les parages, une petite explication serait la bienvenue, lançai-je. Parce que là, je suis perdue. Je prends une profonde inspiration, tentant de calmer les battements rapides de mon cœur. Peu importe ce que ma mère a fait ou dit, je ne laisse pas cela gâcher ce moment. Ce soir, je pars. Avec ou sans son approbation. Je jette un dernier coup d’œil à ma valise avant de refermer le zip. Princeton m’attend, et je n’ai pas l’intention de manquer cette chance. --- Point de vue Ariàn Je suis installé confortablement dans le jacuzzi, le soleil se couche lentement à l’horizon, offrant une lumière douce qui danse sur l’eau. Ma villa est un chef-d'œuvre architectural, un mélange parfait de modernité et de style méditerranéen. Les murs en pierre blanche, le toit en tuiles terracotta, et les fenêtres panoramiques offrent une vue imprenable sur l’océan, créant une atmosphère incomparable. La piscine à débordement, entourée de jardins luxuriants, complète l’élégance du lieu. Je suis entouré par Enzo et une jolie Américaine, dont la beauté me fascine. Ses cheveux dorés tombent en cascade sur ses épaules, son maillot de bain dévoile une silhouette parfaite. Les bulles du jacuzzi éclatent autour de nous, créant une ambiance de détente et de luxe. Je jette un regard complice à Enzo, un sourire moqueur sur le visage. — Franchement, je ne savais pas qu’il y avait de si jolies filles ici aux États-Unis. Je fais une petite pause, savourant l’instant, puis continue : — Je pensais que c’était juste une légende, mais apparemment, elle existe bien. L’Américaine sourit légèrement, reste silencieuse, profitant de la conversation en sirotant son cocktail. Enzo, habitué à mes plaisanteries, me lance un regard amusé et hausse les épaules, un sourire en coin, prêt à répondre à ma taquinerie. L’eau chaude du jacuzzi me relaxe alors qu’elle crépite doucement autour de nous. Tout est parfaitement organisé. J’ai engagé une équipe d’employés dévoués pour prendre soin de chaque détail. Des serveurs apportent régulièrement des boissons rafraîchissantes et des cocktails personnalisés, avec des fruits frais, des glaçons pilés et des liqueurs raffinées. Mes employés sont toujours prêts à répondre à chaque besoin, qu’il s’agisse de faire venir un plateau de nourriture, d’ajuster la température de l’eau ou de réorganiser les coussins pour que tout soit parfait. Je bois un verre de whisky, les glaçons dansant dans le liquide doré, tandis que la jolie Américaine, toujours proche de moi, fume une cigarette avec élégance. Le parfum du tabac se mêle à l’air frais du soir. Elle me regarde, ses yeux brillants sous les reflets des lanternes. Je l’observe un instant, me perds dans sa beauté, puis l’attire doucement vers moi. Nos lèvres se rencontrent dans un b****r lent, chaud, comme si tout autour de nous disparaissait. Son corps se presse contre le mien, et je sens une connexion instantanée. C’est électrisant. Je me sépare d’elle doucement, un sourire malicieux sur le visage. Enzo, qui est plus loin dans l'eau, regarde la scène avec un sourire amusé. Il n'est pas du genre à s’attarder sur ce genre de moment, préférant les choses plus simples. Il attrape la télécommande qui repose sur la table en bois juste à côté du jacuzzi et, d’un simple geste, augmente le volume de la musique. La chanson devient plus forte, les basses vibrent dans l’air, créant une ambiance encore plus festive et sensuelle. La musique, un mélange de rythmes électroniques et de jazz, enveloppe l’espace, et je sais que la soirée va se prolonger jusqu'à tard dans la nuit. Tout semble parfait, mais mon esprit est ailleurs. Ce matin, mon père est parti visiter la ville avec son nouveau chauffeur. Pendant que lui s’amuse à jouer les jeunes, moi, je gère des affaires sérieuses. Et puis, il y a eu cette fameuse visite ce matin. Clara. Une femme au bord du vide, désespérée mais bien maquillée. Ce qu’elle m’a dit tourne encore dans ma tête. C’était absurde, bien sûr. Mais parfois, même l’absurde laisse des traces. Je me tourne vers Enzo, qui est plongé dans son téléphone. —« Enzo, baisse cette musique, sérieux. » La bassline m’agace presque autant que cette Clara. Il baisse le volume sans broncher, les yeux toujours rivés sur son écran. Je soupire. — Elle croit quoi, cette femme ? Que je vais confier mes affaires à une gamine élevée à coup de caviar et de domestiques ? Une gamine qui pense que "travail" est un gros mot ? — Franchement, t’as déconné, Ariàn, lâche Enzo, sec, sans même lever les yeux. Tu parles pas de sa fille comme ça. Elle était déjà à moitié morte quand elle s’est levée. Je me retourne, agacé. — Elle avait qu’à pas me proposer un "pack famille" avec bonus de 30 %, cette cinglée ! Tu vends pas ta gamine contre un pourcentage et après tu fais la vierge outragée parce qu’on demande si elle a un beau c*l ! Il se redresse, les bras croisés, prêt à en découdre. — Mec, elle pleurait. — Ah ouais ? Elle pleurait tellement que t’as sauté de ta chaise pour aller la consoler comme un bon petit prince. T’allais lui filer un mouchoir ou lui écrire un poème ? — Va te faire foutre, Ariàn. — Non, sérieux, Enzo. Dis-moi la vérité. T’es déjà amoureux ou tu veux juste voir si c’est aussi doux que ça en a l’air ? Il lève les yeux au ciel, mais je vois sa mâchoire qui se crispe. Bingo. — T’es qu’un c*****d. — Peut-être. Mais moi, je tombe pas amoureux d’une mère qui trafique sa fille comme si c’était un sac de luxe. Silence. Puis un rire nerveux d’Enzo. — Et toi, t’as jamais eu un cœur ? Je hausse les épaules en reprenant mon verre. — Si. Une fois. J’ai dû le jeter, il prenait trop de place. Je ris, mais c’est un rire amer. —« Tu sais ce qui est pathétique ? Cette femme croit qu’un sourire et une fortune héritée suffisent pour s’imposer dans ce monde. Elle ne sait rien. Sa fille ne sait rien. C’est du grand n’importe quoi. » Enzo, toujours impassible, fait défiler son téléphone comme s’il feuilletait un vieux journal. Ce type, c’est un moteur de recherche vivant. Rien ne lui échappe, surtout pas quand il s’agit de creuser dans les vies bien rangées des gens qu’on prétend "intouchables". — T’as appris quelque chose au sujet de cette fille ? Je demande en tendant la main vers mon verre, sans trop y penser. Il lève les yeux lentement, un sourire en coin. Le genre de sourire qui n’annonce jamais rien d’innocent. — Emma Machado DaSilva, répond-il d’un ton neutre, presque ennuyé. Dix-huit ans. Blonde. Joue la fille discrète, mais a les clés d’un royaume sans le savoir. Regarde. Il me tend son téléphone. L’écran affiche une photo d’elle. Une robe pastel, des boucles blondes trop sages pour être honnêtes, et ce regard… ce regard de petite fille sage qui te défie quand tu regardes trop longtemps. — Elle a l’air de sortir d’un conte pour enfants, dis-je en haussant un sourcil. Le genre de conte où la princesse finit dévorée. L’Américaine, qui écoute sans gêne, se penche vers nous avec un sourire presque trop assuré. — Je connais cette fille, Emma. Elle est… hypnotique, dit-elle en prenant une grande inspiration, comme si elle venait de sentir un parfum qu’elle ne pourrait jamais se permettre. Les mecs tombent comme des mouches dès qu’elle lève les yeux. Et elle a hérité d’une fortune colossale. Une vraie princesse… du genre qui n’a jamais mis un pied dans la boue. Elle hausse les épaules, comme si tout cela ne la concernait pas, mais il y a une pointe d’envie dans sa voix. Elle tend la main vers Enzo, ses yeux fixés sur l’écran. — Montre-moi la photo encore... j’ai entendu parler d’elle. Elle est connue dans toute la ville, tu sais ? Les filles la détestent… ou plutôt, elles l’envient. C’est la perfection incarnée, et ça fait mal. Pas un cheveu qui dépasse, pas une ride. Rien que du haut de gamme. Comme si on lui avait donné la recette du bonheur à la naissance. Et les autres… eh bien, elles veulent savoir comment on fait pour paraître aussi… parfaite. Elle ricane légèrement, un peu méprisante. Ce n’est pas de l’admiration, mais une frustration voilée. Comme si son monde de joliesse et de luxe ne suffisait pas à faire taire la petite voix qui lui dit que cette fille a tout ce qu’elle veut sans effort. Je lève un sourcil, amusé malgré moi, et me penche pour voir la photo. C’est la première fois que je la vois de près. Je dois être honnête : elle est captivante. Pas juste jolie, mais avec quelque chose qui accroche. Ses yeux. Mais bon, soyons réalistes. — Mouais, pas mal, mais j’ai vu mieux. Je me force à être détaché, comme si ça n’avait aucune importance. Pourtant, quelque chose m’agace dans cette image, une curiosité que je n’aime pas ressentir. L’Américaine ricane, puis nous fixe tous les deux, intriguée. — Attendez… vous êtes en train de me dire que vous êtes intéressés par elle, vous aussi ? Vous n’êtes pas les premiers, mais là, ça devient drôle… Enzo lève les mains, faussement innocent. — Moi ? Non non non. Je fais juste mon job. Je me tourne vers elle avec un sourire lent et un regard en coin. — Enzo est très investi dans les recherches. Très curieux, ce mec. Elle plisse les yeux, flairant le truc, mais je ne lui laisse pas le temps de creuser. — Et puis franchement, regarde-le. Il a ce petit faible pour les princesses compliquées. Moi ? J’aime quand c’est simple… et légal. Enzo souffle du nez, mi-consterné, mi-amusé : — T’es vraiment un sale type. — Ouais, mais t’es toujours là, frérot. On éclate de rire, pendant que l’Américaine nous regarde comme deux gosses qui mijotent une bêtise. Ce qu’elle ignore, c’est que la bêtise a déjà commencé. Elle se lève soudain, avec grâce, et s’éloigne vers la table du fond pour attraper son flacon de lotion. Elle est en bikini, évidemment, et son déhanché ferait pleurer un moine tibétain. Je tourne la tête vers Enzo, qui la suit du regard comme un loup affamé devant une biche qui trottine. Un petit sourire lui monte aux lèvres, puis il lâche : — Bordel… son corps parle huit langues, celle-là. Je lui balance une gerbe d’eau en pleine figure. — Reviens sur Terre, espèce de chien en rut. Va boire un verre d’eau glacée, t’en as besoin. — C’est toi qui devrais te méfier, bro. Elle est complètement ouf, cette nana. Je souris, l’air de rien, mais dans ma tête, une autre image prend place. Une autre fille. Une autre scène. Je me redresse lentement dans l’eau, les bras appuyés sur le bord du jacuzzi. — Dis-moi, Enzo… Elle a vraiment 18 ans, cette fille ? Il fronce les sourcils, un instant perdu, puis comprend que je ne parle plus de la fille en bikini. Il penche légèrement la tête et me fixe, intrigué. — Tu parles d’Emma ? Je hoche la tête, l’air nonchalant. Enzo répond sans lever les yeux. — Oui, tout juste. Je rigole, un rire franc, sarcastique. — Une gosse, alors. Toujours adolescente, et elle pense pouvoir jouer dans la cour des grands ? Elle va juste tout foutre en l’air, cette gamine. Et cette femme qui croit que je vais dire oui… Sérieusement, elle a perdu la tête. Il éclate de rire, un rire qui me fait lever les yeux au ciel. — Oh, allez, arrête de te mentir. Je sais que tu veux voir ce que cette Emma a dans le ventre, même si tu refuses de l’avouer. Je souris, un sourire en coin. — Je ne suis pas comme toi, Enzo, à courir après chaque jupe. Mais on verra bien. Quand elle viendra, je jugerai si elle en vaut la peine. Il devient sérieux, croisant les bras, l’air de celui qui en a marre de tourner en rond. — Faut pas traîner, Ariàn. Les affaires stagnent. On a besoin d’un allié, vite. Je laisse échapper un soupir, m’enfonçant un peu plus dans le jacuzzi pendant que les bulles massent mes épaules. — Sérieux, t’as décidé de te transformer en horloge parlante ? Je sais déjà, mec. Tu me le répètes à chaque verre, à chaque instant. Je pivote légèrement la tête vers lui, le regard calme, presque moqueur. — Et pour info, Clara suffisait. J’ai jamais signé pour embarquer son adolescente de fille dans nos histoires. On est pas en train de monter une téléréalité familiale. Il relève les yeux, un sourire narquois aux lèvres. —« Cette nana pourrait être la clé, Ariàn. C'est est un raccourci pour sauver nos arrières. Tu veux qu’on continue à perdre de l’argent ? Qu’on finisse avec des procès aux fesses et une cellule à partager ? Parce que c’est là qu’on va, mon vieux. Et vite. Et puis regarde le bon côté des choses… grâce à elle, on pourra même commencer à éponger cette dette qui nous colle à la peau. Pas mal, non ? » Je lève un sourcil. —« Sérieusement ? Tu penses vraiment qu’une ado de 18 ans va nous tirer de ce bourbier ? T’as vu son CV ? Ah non, c’est vrai, elle n’en a pas. Elle a passé sa vie à poser pour des selfies dans un manoir. Une vraie experte en affaires, ça, c’est sûr. » Il soupire, secouant la tête. —« T’as rien compris, Ariàn. Cette fille, c’est une princesse avec une couronne en or massif. Elle a hérité d’une fortune énorme. En s’associant à elle, on gagne bien plus qu’un partenariat : on gagne une immunité, un ticket pour sortir de ce trou noir financier. » Je ricane, incrédule. —« Immunité ? Pitié. Ce que je vois, c’est une gamine capricieuse qui va me faire perdre du temps. Et du temps, on n’en a pas. Tu sais qui pourrait m’être utile ? Sa mère. Clara. » Il éclate de rire, son rire résonnant dans l’espace. —« Clara ? T’es sérieux ? » Je souris, amusé par sa réaction. —« Oui, Clara. Elle est mature, avare, et surtout, elle sait ce qu’elle veut : de l’argent. Avec elle, pas de drama d’ado, pas de crises existentielles. Juste du business. » Enzo secoue la tête, toujours hilare. —« Tu veux sérieusement te la coller ? Franchement, Ariàn… elle a quoi, la trentaine ? Tu crois pas que ça risque de faire jaser ? Toi, le golden boy de vingt-cinq ans, accroché à une femme qui pourrait presque être ta grande sœur ? Stratégique, peut-être. Naturel… pas vraiment. » Je hausse les épaules, jouant l’indifférent. —« Au moins, elle sait ce qu’elle fait. Et je suis sûr qu’elle serait plus efficace qu’une fille qui doit encore demander la permission pour sortir le soir. » Il croise les bras, reprenant son sérieux. —« Clara, c’est une opportuniste, mais elle n’a pas ce qu’il faut pour garantir notre sécurité. Mais sa fille en revanche, a l’image, la jeunesse, et la fortune. On a besoin d’elle, Ariàn. Si on continue à traîner, c’est la fin. » Je ris, un rire froid et moqueur. —« Écoute, Ariàn, on n’a pas le temps de chercher des millionnaires au hasard dans cette f****e ville. Tu crois que j’ai croisé cette femme par simple coïncidence l’autre soir ? Sérieusement ? Le destin nous a livré cette femme et sa gamine sur un plateau d’argent. Faut arrêter de jouer les difficiles. » Je hausse un sourcil, sarcastique. —« Le destin, hein ? Donc m’associer à une princesse de contes de fées pourrais sauver notre business? Pourquoi pas un génie dans une lampe tant qu’on y est ? » Il lève les mains en l’air, faussement exaspéré. —« Bien sûr, moque-toi. Mais réfléchis deux secondes. Cette Emma, c’est une couverture parfaite. Une fille riche, belle, avec une réputation irréprochable. Si on s’associe avec elle, personne ne viendra fouiller dans nos affaires. Tout le monde croira qu’on est des hommes d’affaires respectables, bien sous tout rapport. » Je roule des yeux, mais Enzo continue, imperturbable. Depuis le départ de cette femme ce matin il n'arrête pas de me répéter la même chose. —« Et puis, tu veux quoi, Ariàn ? Rentrer les poches vides après tout ce qu’on a traversé ? On est venus en Amérique pour décrocher le jackpot, pas pour perdre notre temps. Avec cette fille, c’est bingo. Elle attire l’attention des investisseurs, elle donne de la crédibilité à nos deals. Son nom seul peut doubler, voire tripler, notre capital en quelques mois. » Je fais mine de réfléchir, jouant avec les bulles autour de moi. —« Donc tu veux que je parie tout sur une gamine qui n’a jamais tenu un stylo pour signer un contrat ? Fantastique. Vraiment. Qu’est-ce qu’elle va faire ? Nous donner des leçons de shopping et de selfies ? » Il éclate de rire, mais son ton devient plus sérieux. —« Justement, elle n’a besoin de rien faire. Sa simple présence, son statut, suffisent. Pendant que tout le monde regarde la jolie fille riche, on boucle nos deals en toute tranquillité. Tu comprends ? C’est pas juste une question d’argent. C’est une question de survie. Si on traîne, c’est foutu. On repartira avec rien, et peut-être même qu’on finira derrière les barreaux. » Je le fixe, un sourire au coin des lèvres. —« Et toi, tu penses vraiment que j’ai envie de me coltiner une adolescente pour ça ? J’ai déjà assez de problèmes comme ça sans devoir jouer les babysitters. » Il secoue la tête, toujours avec ce sourire narquois. —« T’as pas besoin de la babysitter, Ariàn. T’as juste besoin d’être malin. Fais ce que tu fais de mieux : manipule, contrôle, et utilise-la pour ce qu’elle est. Une gamine naïve et riche, prête à être le visage public de nos affaires. » Je me penche un peu, une lueur moqueuse dans les yeux —« Si elle est si précieuse, pourquoi ne pas la marier, Enzo ? Toi, tu pourrais profiter pleinement de ce “destin”. » Il rit, me pointant du doigt. —« Non, non, c’est ton rôle, mon pote. Moi, je préfère rester dans l’ombre. Mais souviens-toi de ça : on n’a que quelques mois ici. Pas le temps pour tes états d’âme. C’est elle ou rien. Alors, décide-toi vite, parce que moi, je refuse de rentrer les poches vides. » Je reste silencieux un moment, réfléchissant à tout ce qu’il vient de dire. Peut-être qu’il a raison. Peut-être pas. Une chose est sûre : ce partenariat avec la fille de cette femme qui est venu ce matin dans ma Villa pourrait bien changer la donne... si elle en vaut la peine. —« T’inquiète pas, je vais m’occuper de rencontrer cette petite princesse en personne, juste pour voir si elle mérite vraiment tout ce cirque... ou si elle n’est qu’un joli emballage vide. » Mais il a raison, évidemment. Dans ce business, chaque minute compte, et si tu perds du temps, quelqu’un d’autre te devance. Je repose mon verre, le regard vide. — Elle ne m’intéresse pas. Pas encore. Mais si elle devient utile… Je saurai quoi en faire..
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