Chapitre 4

789 Words
4C’est plus férié, mais ça reste chômé pour moi Après une soirée merdique (trop souvent un pléonasme) – à cause de la pluie qui n’a pas arrêté, ma télé mosaïquait – me voici en relative pleine forme à faire l’ouverture de chez Raoul. C’est encore désert. Même Raoul n’est pas là. C’est Lulu qui est de corvée. Elle a pris vingt centimètres dans la nuit. J’examine. Ça ne vient pas du haut, mais du bas : je n’ai jamais vu de telles tatanes. L’élégance du parpaing, en plus léger. Pour le reste : un short à trous (au milieu des fesses, les trous) et un débardeur à l’effigie de Poutine, torse nu sur un cheval, genre Steve McQueen. Surprenant, même à Vitry, Poutine à cheval ! Bien plus convaincant que Macron en footballeur américain, par exemple. Le vieux me suit de près. Vaness’ nous rejoint juste après. On dirait une descente de police. Pépère, étonné, me regarde comme si la vierge en nuisette lui était apparue. — Vous avez dormi dans la galerie ? Vanessa, qui a dû garer la voiture, pouffe. Je me contente d’un laconique et mystérieux : — Impossible de dormir à cause de ce que vous savez. On s’installe pendant que Lulu allume le vieux flipper, le perco, une espèce de guirlande à leds qui court au-dessus du bar, l’ordi du tabac, le bidule de la Française des jeux, installe deux tables devant l’entrée, dans la galerie, y ajoute les chaises qui vont avec et s’intéresse à nous. Pas compliqué : trois cafés et le Parisien du jour pour le vieux, qui se jette dessus. Je rigole, il commence par l’horoscope. J’en profite pour glisser une main dans l’arrière du jean de Vaness’, assise à côté de moi. Intéressant. J’en bandouille d’oisiveté. Je ne sais pas ce qu’elle fait. Elle doit gonfler le ventre car j’ai les doigts complètement coincés quand le commissaire lève le nez de son canard. Il sourit, les nouvelles doivent être bonnes. J’imagine : « Amour : Diane Gruyère va vous contacter. » Je suis comme un con avec la main dans la culotte de ma belle qui ne relâche pas la pression. Je souris et attrape maladroitement la tasse de mon autre main pour me donner une contenance. Je tremblote. Je renverse. Ce qui n’échappe pas à Saint Antoine. — Ben dis donc, ça vous en a foutu un coup ! Je rictusse. Vanessa expire et me libère. Tout redevient normal et je repose ma tasse. Je rebondis, la main exsangue : — C’est pas tant ça, mais j’en ai appris de bonnes à propos de notre ami. Je lui raconte ce que m’a dit René pendant qu’il épluche la météo. Je sais qu’il m’écoute. J’observe son visage pendant que je sens le bouton de mon futal se faire la malle. Pas une érection comme il n’en existe que dans les livres, plutôt ma voisine qui se venge. Je laisse faire. J’aurais mauvaise grâce à être surpris et ça ne me déplaît pas. Mais ça me gêne et me contraint à gigoter d’une fesse sur l’autre. Mon slip n’est pas un deux-places et cette main étrangère en perturbe l’occupant qui tente de se rebiffer. Pépère me la coupe (l’ambiance, la pensée, pas ce que vous croyez !) : — Vous le connaissiez mal. Il n’y a pas une magouille qui ne le concernait pas dans tout le Val de Marne. — C’était pas votre ami ? — Si. Pourquoi ? Tous vos amis sont irréprochables à vous ? J’en ai peu et je ne me porterais pas facilement garant pour eux. Je m’abstiens de tout commentaire. Je suis déconcentré. Et plus je suis déconcentré, plus je suis concentré sur ce qui se passe sous la table. Je souris béatement en jouissant. La main se retire et je la sens qui s’essuie sur mon pantalon. Allez vous plaindre, vous ! Je voudrais bien vous y voir. Le commissaire baisse son journal. — Qu’est-ce qui vous fait marrer ? — Je me marre pas, je souris et je réfléchis. Comment se fait-il que vous étiez si effondré hier ? — J’avais brutalement perdu un ami. Et, en plus, un suspect sur lequel j’enquêtais discrètement depuis une paire d’années. Plus d’ami, plus d’enquête. C’est la Criminelle qui a récupéré le bébé. Je pourrais leur donner des pistes, mais à la réflexion, j’en ai trop. Ça les embrouillerait. — On fait quoi maintenant ? — Moi, rien. Mais vous, je ne peux pas vous interdire de fouiller un peu. Le lieutenant va vous aider, en loucedé bien sûr, elle adore fouiner. J’ai vu ça. En l’écoutant, je rattache mon bouton. Partir trop tôt le matin ne me réussit pas, j’avais oublié ma ceinture. Erreur que je paye d’une drôle de démarche quand on se relève. Les deux flics quittent le bistro. Vaness’ me fait un salut protocolaire. Elle ne perd rien pour attendre, celle-là. René et Momo se pointent, bras dessus, bras dessous. Je me rassois. J’ai juste le temps de lancer au commissaire : — Ben, on fait comment ? Le lieutenant et moi, je veux dire. — Appelez-la en fin de matinée et invitez-la à déjeuner. Je vais un peu la briefer, elle vous fera un compte rendu. Si maintenant il me la colle dans les pattes, c’est qu’il devient vraiment inconscient. Mais l’idée ne me déplaît pas.
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