Partie 3 : Les Règles du Jeu

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​Chapitre 11 : Le Silence de la Tempête ​La détonation avait été sourde, lointaine, mais suffisamment puissante pour déclencher la sirène du domaine Reyes. Dans l’étroitesse du sanctuaire du Fundo, le bruit des alarmes résonna, amplifié par la pierre froide. Dante ne perdit pas une seconde. ​« Protégez le périmètre, » ordonna-t-il, sa voix redevenant le tonnerre sec d'un chef. ​Il attrapa Elara par le bras et la tira hors du sanctuaire. La rage qu’elle avait lue dans ses yeux suite à sa tentative de dissimulation s’était transformée en une concentration glaciale. Elara n’était plus une menace interne, elle était désormais un enjeu externe. ​« Javier Solís n'est pas un homme patient, » déclara Dante, la poussant vers le SUV blindé. « Le Vautour ne plane pas sans attaquer. Il est revenu avec une idée fixe : tout ce qui porte le nom Solís doit lui revenir. Y compris toi. » ​Le trajet de retour au domaine fut silencieux, mais lourd de tension. Elara se concentra sur l'anomalie : pourquoi Dante avait-il dit que le journal de son grand-père était un mensonge ? S'il savait que le pacte était lié au sang Reyes, pourquoi permettait-il à Elara de le lire ? ​Arrivés au domaine Reyes, une forteresse militarisée, ils furent accueillis par Isabella. ​« La détonation était un message, Dante. Une grêle d'avertissement contre notre entrepôt logistique sur le chemin de Bajío. Aucune victime, mais il nous teste, » annonça Isabella, jetant un regard méprisant à Elara. « Elle est l'amorce de cette guerre. Débarrasse-toi d'elle. » ​« Non, » répliqua Dante, catégorique. « Elle reste. Le Vautour la veut pour une raison. Il pense qu'elle est la clé de son succès. Et si elle est le prix, elle est aussi le bouclier. » ​Il se tourna vers Elara. « À partir de maintenant, tu es ma propriété. Visuellement, professionnellement, et physiquement. Tu ne me quittes pas. Tu ne tentes pas de communiquer avec qui que ce soit. Tu vas concevoir ce bâtiment comme si ta vie en dépendait, car c'est le cas. » ​Il fit un pas vers elle. Leur proximité, exacerbée par le chaos extérieur, devint une danse dangereuse. ​« Pour ton oncle, tu es une monnaie d'échange. Pour moi, tu es un outil. Un outil très précieux, » murmura-t-il. ​Elara sentit l'humiliation et le pouvoir se mélanger. Être un outil signifiait qu'elle était vitale. ​« Un outil a besoin d’information pour fonctionner correctement, Dante. J'ai besoin de détails sur le "pacte". Et je veux le journal de mon grand-père. » ​Dante lui tendit la main, et de manière inattendue, il la serra fermement. « Tu l’auras. Mais tu dois prouver que tu n’es pas une traîtresse dans l'âme. Ce soir, tu m'accompagnes. J’ai besoin de matériaux rares pour le coffrage du Fundo. Nous allons dans les souterrains de la ville. » ​Chapitre 12 : L'Alchimie des Ombres ​Le marché noir de San Miguel ne ressemblait pas aux rues animées du centre-ville. C'était une série de tunnels et de catacombes sous les anciennes églises, une ville souterraine où l'argent sale, les armes et les secrets s'échangeaient sans lumière du jour. ​Elara portait des vêtements plus sombres et des bottes solides. Elle était nerveuse, mais son instinct d'architecte était en éveil. Elle étudiait les voûtes, les réseaux de drainage, les fondations qui soutenaient la ville. ​Dante, en tenue de combat noire, était une figure d'autorité incontestable. Son entrée faisait taire les chuchotements. Il ne marchait pas, il régnait. ​« Le projet nécessite un alliage de métal pour les colonnes de soutien. Je ne peux pas l'acheter légalement, » expliqua Dante à voix basse. « Ce fournisseur, El Brujo, est le seul à le détenir. Il est difficile à gérer. Reste silencieuse et à mes côtés. » ​Le fournisseur, El Brujo (le Sorcier), était un vieil homme décharné, aux yeux perçants et aux mains tâchées d'acide. Il mesura Elara d'un regard étrange. ​« El Lobo a amené sa Princesa, » grogna El Brujo. « Tu as changé de goût, Dante. Elle est trop propre. » ​« Elle est l'architecte du Projet, » rectifia Dante, sa voix ne tolérant aucune discussion. « Donnez-moi l'alliage que nous avons discuté. » ​La négociation s'éternisa. El Brujo essayait d'extorquer plus d'argent, parlant de "lignes de protection" et de "légendes". Elara, observant les plans gribouillés sur une table crasseuse, remarqua une incohérence dans le calcul de la résistance à la compression de l'alliage proposé. ​« L'alliage est bon, » intervint Elara soudainement, parlant en espagnol parfait. « Mais votre calcul pour la compression latérale est erroné de 0,5 GigaPascal. Vous sur-évaluez la résistance du molybdène. Il tiendra la charge verticale, mais pas l'impact sismique. » ​Le silence tomba dans le souterrain. El Brujo la regarda, abasourdi. Dante la regarda avec une lueur d'admiration. ​« Elle a raison, » concéda Dante, d'un ton presque fier. « Le prix est donc celui que nous avons convenu, Brujo. Elle fait votre travail mieux que vous. » ​El Brujo, vaincu, s'inclina. « Elle est la Fille de la Lumière, Lobo. Faites attention à elle. » ​Alors qu'ils quittaient le marché noir, Elara sentit l'adrénaline monter. Elle avait réussi, non pas en menaçant, mais en utilisant sa seule arme : l'intelligence structurelle. ​« Pourquoi ne m'avez-vous pas grondée pour avoir parlé ? » demanda-t-elle à Dante. ​« Parce que j'ai vu la fierté dans tes yeux, » répondit-il, ses yeux ambre balayant l'obscurité. « Et parce que tu as sauvé une transaction vitale. » Il s'arrêta dans un renfoncement sombre. « Tu as du courage. Tu as l'esprit du prédateur. Mais tu es trop... exposée. » ​Il se pencha, saisissant le col de son blazer pour le remonter autour de son cou. Le contact de ses doigts sur sa nuque fit jaillir une étincelle. Il n'y avait plus de menace, juste l'attraction d'un danger partagé. ​« La ville est pleine d'yeux. Et maintenant, ton oncle nous traque. Fais attention, Elara. Ne me force pas à t'enfermer à nouveau. » ​Chapitre 13 : La Danse des Masques ​Le soir, Dante organisa un dîner d'affaires privé dans sa résidence. Un événement discret mais crucial, regroupant les têtes pensantes de La Hermandad et ses principaux financiers, tous des hommes et femmes d'affaires respectés de jour. ​Elara était habillée dans une robe fournie par Isabella – un fourreau noir et simple, élégant et puissant. Elle était coiffée et maquillée par la même équipe que Dante. Elle était l'incarnation de la partenaire du Loup. ​Au cours du dîner, elle fut présentée non pas comme l'architecte Solís, mais comme Elara Solís, l'associée de Reyes Corp, la visionnaire derrière leur prochain grand projet. ​Isabella était là, ses yeux dardant des lames sur Elara. Le moment de vérité arriva lorsque Dante lui demanda de présenter les "grandes lignes" de la refonte du Fundo. ​Elara se leva. Elle n'était pas nerveuse. Devant des plans et des structures, elle était chez elle. ​Elle parla de résilience, de camouflage, d'une infrastructure qui "respecterait les anciennes lignes d'influence de la ville tout en assurant une discrétion absolue". Elle utilisa des termes architecturaux pour décrire un centre de commandement illégal. ​« Ce bâtiment, » dit-elle, pointant une esquisse numérique projetée, « est une réponse au chaos. Il est autosuffisant. Il est invisible. Il utilise l'ancienne 'Falla' comme fondation pour créer une stabilité sismique, symbolique et physique. C'est l'avenir du contrôle. » ​Les investisseurs furent impressionnés. Ils y virent non seulement un investissement, mais une déclaration de pouvoir. ​Isabella, cependant, la confronta : « Votre grand-père était un traître. Comment pouvons-nous avoir confiance en votre héritage ? » ​Elara regarda Isabella droit dans les yeux, la tension étant palpable. ​« Le grand-père est mort. Son nom porte la dette, » répliqua Elara, adoptant le langage froid de Dante. « Je suis la nouvelle Solís. Mon travail n'est pas basé sur la fidélité, mais sur la survie. Je travaille pour le meilleur parti, et le meilleur parti, à l'heure actuelle, est Dante Reyes. Je conçois la perfection. J'efface la dette. Mon travail parle pour ma loyauté. » ​Dante la regarda, son visage impénétrable. Il avait l'air satisfait, voire fier. Elara avait réussi l'ultime test. Elle s'était imposée. ​Le dîner se termina sur un succès. Elara avait gagné le respect des financiers et, plus important, elle avait confirmé son statut auprès de Dante. ​Chapitre 14 : Le Serment Brisé ​Après le départ des invités, Elara se retrouva seule avec Dante dans son bureau. La tension professionnelle s'était transformée en quelque chose de lourd, saturé. ​« Tu t'es surpassée, » dit Dante, versant deux verres de mezcal. Il lui tendit l'un d'eux. « Tu as non seulement vendu mon projet, mais tu as humilié ma sœur, ce qui est un bonus inattendu. » ​Elara accepta le verre. « J'ai agi en tant qu'associée, comme vous me l'avez demandé. Mon plan tient la route. Votre projet peut commencer. » ​Dante s'approcha. Il ne la toucha pas, mais il était si proche qu'elle pouvait sentir l'odeur du mezcal, de l'eau de Cologne et de la puissance. ​« Javier Solís ne s'arrêtera pas. Il y a un trésor lié à la 'clé' que ta mère a prise. C'est la raison pour laquelle il est revenu. Il veut ce trésor pour financer sa propre guerre contre La Hermandad, et il pense que tu es la seule à savoir où est ta mère. » ​« Je ne sais rien, » insista Elara. « Elle est partie sans se retourner. » ​« Peut-être, » concéda Dante. « Mais il y a un piège, Elara. Un piège que je dois t'expliquer pour ta propre survie. » ​Il fit quelques pas pour se positionner devant la baie vitrée, le dos à la ville. ​« L'ancienne dette disait : Pour que les Solís vivent, un Reyes doit tomber. Ce n'est pas un appel à la guerre. C'est le Serment de la Lignée Reyes. Il est dit que le chef Reyes est invincible tant qu'il n'aime pas le descendant Solís. C'est une histoire stupide, mais c'est la croyance qui a coûté la vie à mon père, qui aimait la fille de Ricardo Solís – ta mère. » ​Elara haleta. « Mon père ? Non… » ​« Mon père aimait ta mère, » continua Dante, sa voix basse. « Il a essayé de la sauver. Il est mort pour elle. Et pour cette raison, je ne peux pas me permettre d'aimer la fille d'une traîtresse. C'est l'ultimatum que je te donne : tu es mon architecte, tu es ma protégée, mais tu ne seras jamais rien de plus. Si je te touche, je brise le serment et je me condamne. » ​Le mur de contrôle de Dante s'était fissuré. Il venait de lui donner son point faible le plus intime. Il craignait d'aimer Elara, car cet amour pourrait être la cause de sa mort. ​Le regard d'Elara s'adoucissait. Elle ne voyait plus le monstre, mais l'homme luttant contre un destin cruel. ​Elle s'approcha, posant la main sur son bras, un geste instinctif de réconfort. « Je ne veux pas vous détruire, Dante. Je veux juste ma liberté. » ​Il se retourna, capturant sa bouche dans un b****r sauvage, désespéré. Un b****r qui n'était pas un b****r de séduction, mais un b****r de rupture, l'épreuve de leur interdit. Le b****r dura une éternité, à la fois tendre et v*****t, la signature de leur relation maudite. ​Chapitre 15 : L'Embuscade du Vautour ​Dante rompit le b****r, le souffle court, ses yeux fixés sur les siens. « Maintenant, tu sais. Si tu joues avec moi, tu joues avec ma mort. » ​Ils quittèrent le bureau pour se diriger vers l'ascenseur privé. Le silence entre eux était rempli des répercussions du b****r. Elara savait qu'elle ne pouvait plus le considérer comme un simple geôlier. ​Alors qu'ils attendaient l'ascenseur, une violente explosion retentit dans l'aile nord de la résidence. C'était plus qu'une alarme ; c'était un assaut direct. ​« Il attaque, » murmura Dante, sortant une arme dissimulée. ​Le chaos envahit le couloir. Des hommes armés, masqués, couraient vers leur position. Ce n'était pas une petite escarmouche ; c'était une équipe de choc. ​« Reste derrière moi, » ordonna Dante, positionnant Elara derrière lui. ​Les assaillants ouvrirent le feu. Dante riposta avec une précision létale, abattant deux hommes d'une seule rafale contrôlée. ​Mais l'un des tireurs, positionné au coin d'un pilier, parvint à contourner le champ de tir. Il visa Dante, non pas à la tête, mais à l'épaule, là où le gilet pare-balles était moins efficace. ​Dante poussa Elara dans le vide de l'ascenseur, la protégeant de son corps, juste au moment où la balle l'atteignait. Le son de l'impact fut assourdissant, suivi d'un cri étouffé de douleur. ​Dante s'effondra, son corps glissant dans l'ascenseur. Le sang se répandit rapidement sur le marbre blanc. ​Elara était terrifiée, mais son instinct de survie prit le dessus. Elle frappa le bouton d'urgence. ​Alors que l'ascenseur descendait en trombe, le tireur s'approcha de l'ouverture et retira son masque. ​C'était un homme que Dante avait banni de La Hermandad il y a des années. Et il tenait dans sa main un téléphone, sur l'écran duquel s'affichait le visage souriant d'Javier Solís (El Buitre). ​« C’est pour ta trahison, Lobo, » dit l'homme dans le téléphone, ses paroles parvenant à Elara avant que l'ascenseur ne s'enfonce dans le sous-sol. « Le Vautour envoie ses salutations, et il t'a laissé le soin de soigner sa proie. » ​ ​L'ascenseur s'arrêta dans le parking souterrain. Elara se retrouva seule avec Dante, inconscient, sa chemise imbibée de sang. Son corps était mou dans ses bras. ​Elle sortit le téléphone que le tireur avait laissé tomber. C'était une photo de son cousin éloigné, Pedro, le seul membre de sa famille avec qui elle était restée en contact, les yeux bandés et une arme pointée sur sa tempe. ​Le message texte accompagnant la photo disait : « Le loup est blessé. Si tu me le livres, ton cousin vivra. Sinon, le sang Solís coulera encore. Prouve-moi ta loyauté, ma nièce. » ​Elara regarda le visage pâle de Dante. Elle avait la seule personne qui pouvait la protéger dans ses bras, grièvement blessée. Et elle avait un ultimatum : trahir le seul homme qui pouvait la sauver, pour sauver son sang. ​
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