Le téléphone d’Alia vibra contre le bois du bureau. Un message bref :
> Apportez-moi les documents de la fusion. Maintenant." — Darian Blake.
Elle leva les yeux, frustrée. Cela faisait trois jours qu’elle travaillait pour lui, et pas une seule fois il ne lui avait parlé sans ordre, sans mépris.
Mais derrière ses gestes autoritaires, Alia sentait autre chose : un contrôle forcé, une tension silencieuse. Il la regardait parfois… trop longtemps. Trop intensément.
Elle entra dans son bureau, les documents à la main.
— Voici les dossiers, monsieur.
Darian leva les yeux de son écran. Il était étrangement silencieux aujourd’hui.
— Fermez la porte.
Son ton était calme, presque bas. Cela la mit plus mal à l’aise encore que ses remarques habituelles.
Elle obéit. Le silence entre eux devint presque oppressant.
— On va devoir voyager. Demain. Pour Singapour.
Elle cligna des yeux.
— Pardon ? Moi aussi ?
Il croisa les bras.
— Vous êtes mon assistante, non ? Ou vous êtes ici pour décorer ?
Elle ravala une réplique. Ce n’était pas le moment.
— Très bien. Pour combien de temps ?
— Cinq jours. Nous logerons dans la suite présidentielle. Une chambre pour deux.
Son cœur manqua un battement. Une chambre ?
— Je peux réserver une chambre séparée
Darian leva un sourcil, son regard sombre fixé sur elle.
— Vous avez un problème avec l’arrangement, Mademoiselle Ren?
Elle inspira doucement. Il jouait. C’était évident maintenant. Il voulait la tester, la pousser à bout. Mais elle ne tomberait pas dans le piège.
— Aucun problème. Je m’assurerai que tout soit prêt d’ici ce soir.
Il ne répondit pas. Il se contenta de hocher la tête et retourna à son écran, comme si elle n’existait déjà plus.
**
Dans sa petite chambre de l’appartement loué par l’entreprise, Alia faisait défiler les pages de son ordinateur. Billets d’avion, réservations d’hôtel, programme de la conférence, documents juridiques de la fusion… Tout était prêt. Elle se força à se concentrer sur la logistique, à ignorer la boule étrange dans son ventre.
Une chambre pour deux. C’était peut-être une simple provocation. Peut-être voulait-il l’humilier, voir jusqu’où elle irait pour garder son poste. Ou peut-être… peut-être que c’était plus compliqué que ça.
Elle secoua la tête. Hors de question d’imaginer quoi que ce soit d’autre. Darian Blake n’était pas un homme à aimer. Il était froid, calculateur, dominateur. Et surtout, c’était son patron.
Mais alors… pourquoi avait-elle tant de mal à le sortir de ses pensées ?
**
L’aéroport était calme à cette heure du matin. Darian portait un costume gris sombre, décontracté mais impeccable. Il ne dit pas un mot pendant tout le trajet jusqu’à la porte d’embarquement.
À bord, il prit place côté hublot. Alia s’installa à côté, crispée.
— Vous êtes tendue, dit-il sans la regarder.
— Pas du tout.
Un léger sourire passa sur ses lèvres. Moqueur, bien sûr. Comme toujours.
— Je vous conseille de vous détendre. Singapour n’est que le début.
Elle fronça les sourcils.
— Le début de quoi ?
Il tourna enfin la tête vers elle. Son regard était plus grave qu’elle ne s’y attendait.
— Du vrai travail. Celui qui change des vies. Ou les détruit.
Elle n’eut pas le temps de répondre. L’avion décolla.
**
L’hôtel surplombait Marina Bay, et la suite présidentielle était plus grande que son appartement. Deux chambres, séparées par un grand salon.
— Vous voyez, finit-il par dire en posant sa valise, deux chambres. Je ne suis pas un monstre.
— Je n’ai jamais dit que vous l’étiez.
Il la fixa, longuement. Il sourit, pour la première fois.
— Mais vous le pensiez.
Elle ne répondit pas.
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Le soir venu, après des heures de réunions, de signatures et de négociations, ils dînèrent en silence dans la salle à manger privée de la suite. Il l’observait plus que de raison, son regard glissant sur elle comme une énigme.
— Pourquoi êtes-vous vraiment ici, Alia ? demanda-t-il soudain.
— Je vous l’ai déjà dit. Je suis venue pour apprendre. Travailler. Avancer.
— Vous mentez mal.
Il posa sa fourchette, s’approcha lentement, et se pencha vers elle.
— Deux pièges nous entourent, murmura-t-il. Celui que je vous tends… et celui que vous avez déjà tendu sans le savoir.
Elle le regarda, glacée.
— Vous croyez que je vous manipule ?
Il sourit.
— Je suis un homme de contrats, Alia. Pas de sentiments. Mais avec vous, rien n’est clair. Et ça, ça m’ennuie.
— Je ne suis pas un jeu.
Il s’écarta, reprit son verre de vin.
— Non. Mais vous êtes une faiblesse. Et je déteste ça.
**
Cette nuit-là, dans sa chambre, Alia se demanda si le plus grand piège, ce n’était pas elle-même… tombant lentement dans quelque chose qu’elle n’avait jamais prévu.