Chapitre 5

1103 Words
— Comment ça s’est passé ? s’enquit Maggie dès qu'il entra dans l'appartement. Il enleva ses chaussures et se dirigea vers le fauteuil sur lequel elle était assise. — Bien. Je commence une période d’essai d’une semaine à partir du mercredi. — Ah. Le « Ah » de la jeune femme était bien différent de celui de Rock. Le tien sonnait comme une déception. — L'entrevue n'a pas duré toute la journée, si ? — Non. Un silence suivit cette réponse. Puis se jetant à l’eau, il lâcha rapidement : — Si je suis embauché, je n’aurai plus une minute à moi, Maggie. Beaucoup de choses vont changer. — Tu... tu vas nous abandonner ! — Maggie, ça n’a rien à voir, souffla-t-il. J’essaie juste de te faire comprendre que les choses ne seront plus pareilles. L’emploi du temps sera très chargé parce que…. — Je me fiche de l’emploi du temps de cette femme ! Je ne veux pas que tu travailles pour elle. C’est à l’autre bout de la ville ! Cette c******e de Lucie aurait dû te trouver mieux si elle voulait vraiment aider ! À ces mots, Beau se leva d’un bon. Il ne se mettait presque jamais en colère contre Maggie, mais il avait ses limites. Et traiter Lucie de c******e ou de n’importe quel sale mot devant lui ou pas lui était intolérable. Surtout venant d’elle ! — Lucie n’est pas une c******e et je t’interdis de l’insulter à l’avenir. Tu es consciente de tout ce qu’elle a pu faire pour nous. D’accord, tu ne l’aimes pas, je ne peux t’obliger à la supporter, raison pour laquelle elle ne rentre jamais dans notre appartement. Mais tu n’as pas le droit de mal parler d’elle, Maggie. C’est tellement injuste ! Lorsqu’il se tut, il remarqua qu’elle s’était tassée dans le fauteuil comme un écureuil pris dans les fars d’une voiture. Sa colère s’en alla comme par magie en la voyant si apeuré. Il avait pourtant à peine changé le débit de sa voix. Prenant un grand souffle, il s’accroupit face à elle et repoussa les cheveux qui lui tombaient sur le visage. — Maggie, pardonne-moi de m’être énervé. Elle le repoussa avec force et se leva en s’éloignant de plusieurs pas. Ses yeux noisette exprimaient à la fois colère et peine. — Tu n'as jamais voulu de nous de toute façon, avoue-le ! Aïe. Ça faisait tellement mal, que chaque mot bourdonnait dans ses oreilles. Il savait qu'un jour où l'autre, elle lui cracherait cela au visage, mais il avait fini par se dire que non, que jamais, elle ne le ferait souffrir en sortant pareille ineptie. Et alors qu'il avait arrêté de se préparer à recevoir cette bombe, elle explosait dans sa face sans qu'il ait pu la voir venir. — Comment peux-tu dire ça ? — Parce que tu vas partir, Beau. Regarde. Tu as trouvé un travail chez des riches, tu me cries dessus et sans parler du fait que Lucie te fais du rentre dedans dès que vous êtes ensemble. Bientôt, Randy et moi ne serons plus que de l’histoire ancienne. Tu auras réussi à te sortir de cette misère que tu détestes tellement et à nous sortir de ta vie ! — "Nous" sortir de cette misère, rectifia-t-il en s'efforçant au calme face aux mots tranchants qu’elle lui balançait. Dès que vous êtes rentrés dans ma vie, c'est directement passé du "moi" au "nous". Tu ne peux pas parler de moi comme ça, Maggie. Pas après tout ce qu’on a traversé. S’il avait pensé que trouver un emploi plus au moins stable lui créerait une soirée pareille ! Encore qu’il n’avait pas encore le poste. Rien n’était vraiment sûr. Il était fatigué, fatigué de répéter sans cesse la même chose. De donner les mêmes excuses. Et il était fatigué de la voir si faible. Il voulait que tout ça s'arrête. Une bonne fois pour toutes. Il s'approcha d'elle et la prit dans ses bras. Mais elle le repoussa toutefois sans force. — Là, là. Ça va. Je suis là, Maggie et aussi longtemps que tu voudras de moi, je n’irai nulle part. Je t’en fais la promesse. Maggie accepta enfin ses bras et enroula les siens autour de son corps comme pour ne plus jamais le lâcher. Bientôt, de petits reniflements se firent entendre et il comprit qu’elle pleurait. Délicatement, il s’assit dans le fauteuil en la faisant asseoir sur ses cuisses. Elle enfouit la tête dans son cou sans le lâcher, avant de prendre la parole. — Je suis désolée d’avoir insulté Lucie. Je n’aurais pas dû. — Merci de l’avoir reconnu. Excuse-moi de te faire pleurer. Ils restèrent ainsi, dans cette position pendant plusieurs minutes, le temps que Maggie reprenne ses esprits. Une fois fait, elle se redressa, l’embrassa puis se rendit dans la chambre. Avant de disparaître derrière la porte, elle se retourna et leurs regards se croisèrent. Il étendit ses lèvres dans un sourire rassurant qu’elle lui retourna faiblement avant de continuer son chemin. Relâchant le souffle qu’il retenait, il expira profondément en se passant la main dans les cheveux. C’est fou à quel point le temps pouvait passer lentement au cours d’une dispute. Et surtout, c’était incroyable comment on pouvait se dire des choses blessantes en si peu de temps. Maggie était si désobligeante parfois. Il avait toujours fait ce qu’il fallait pour que les choses se passent bien entre eux, aussi bien pour le bien-être de Randy que de Maggie. Beau songea aux paroles de Rock tout à l’heure. Il n’avait pas été d’accord avec lui, mais étant donné qu’il y avait ces trois spécimens qu’il horripile, il avait préféré se taire. Car en vérité tout ce qu’il avait fait jusqu’ici était insuffisant. Il lui fallait faire davantage d’effort. Quelque part, Maggie avait raison. S’il était pris officiellement comme le baby-sitter de Monica Darcie, il aurait à peine de temps pour sa propre famille. En fin de compte, on n'obtient rien de bon sans une bonne dose de sacrifice. Il était prêt à en payer le prix. Le salaire qu’il recevrait pour son travail lui permettrait à la longue de déménager de ce taudis, d’inscrire Randy dans une meilleure école et d’offrir à Maggie de beaux vêtements et des ustensiles de cuisines de plus grandes qualités que ceux qu’ils utilisent. Sortant enfin de ses pensées, Beau sortit son portable et vit les deux messages signalant deux appels en absence et un message. Tous deux de Lucie. Il souffla et se passa les mains sur le visage avant d’ouvrir le message. Il éteignit son portable et se leva.
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