Chapitre 20

1699 Words
"Pourquoi nous as-tu fait pleurer ce matin comme ça ?" Shola a sangloté en serrant fort sa sœur contre elle. "C’est toi qui as lu le texte je te rappelle", a reniflé Adoukè. "Oui, mais c’est toi qui me l’as demandé et c’est toi qui as sorti le cahier de je ne sais où." Shola a tapoté l’arrière de la tête d’Adoukè. Les deux sœurs se sont regardées et un léger sourire est apparu sur leurs lèvres. "Shola, j’ai toujours gardé ce cahier avec moi. Presque chaque soir, je relisais certains messages essayant de ressasser le passé. Tu sais, moi j’avais pas encore 2 ans quand maman est décédée et toi, tu l’avais au moins un peu connue et sûrement tu as gardé sa voix en toi. Radji est probablement le plus chanceux d’entre nous, car il en aurait gardé plus. Moi, je me contente de vos souvenirs que vous racontez sur elle parfois, et j’essaie de me créer un présent que j’aurais aimé avoir dans le passé." Shola s’est mordue les lèvres, ensuite elle s’est essuyée le visage. Quelqu’un souffrait beaucoup plus parmi eux tous, et c’était celle qui le démontrait le moins. Adoukè était connue pour être une fille dure de caractère et pas très sociable avec les gens. Personne n’aurait douté que cette fille qui se montrait forte et solitaire était en réalité très triste au fond et victime d’une terrible solitude qui la tirait vers le fond. Shola regrettait le fait de n’avoir pas remarqué cela durant toutes ces années. Celle avec qui elle rigolait tous les jours portait en réalité un faux masque de sourire. "Petite sœur, je suis vraiment désolée pour tout ce que tu endures dans le silence. Tu aurais pu connaître meilleure vie que ça." Shola se rappelait cet après-midi où tout a basculé pour eux. Ce maudit jour où dans un magnifique coucher du soleil, ils avaient perdu l’être le plus cher de la famille. Leur père avait perdu sa merveilleuse épouse et les enfants avaient perdu leur magnifique et adorable maman. Tout est allé si vite en un après-midi. Oui, tout est allé si vite en ce malheureux après-midi. Shola a fermé les yeux et a fouillé ses souvenirs pour tomber finalement sur ceux de leur mère. *************FLASHBACK************* Mme Yolia était une excellente avocate. Elle était formidable dans tout ce qu’elle faisait et partout où elle passait, elle était appréciée de tout le monde. Elle travaillait dans une société d’assurance et gagnait un revenu assez modeste qu’elle misait sur sa famille. Son mari, Mr. Fassassi était un pauvre ouvrier qui travaillait à longueur de journées sur des chantiers pour au final ne rien gagner de concret. Il recevait que des miettes et ne pouvait pas s’en plaindre. Il n’avait que l’unique choix de se contenter de cela et de l’ajouter aux petits revenus de sa femme afin que le pain ne manque pas à la table. Mme Yolia était très dévouée à sa famille et elle donnait tout pour que ses enfants soient épanouis même s’ils n’étaient pas encore très grands. Radji avait 8 ans, Olushola avait 3 ans et elle n'était même pas encore enceinte de la petite Adoukè. Ils vivaient tous dans une petite maison et avaient des mois de loyer impayé. C’était difficile pour les parents de chercher de quoi manger et en même temps garantir un toit. Le propriétaire venait régulièrement les menacer et si ce dernier n’était pas un proche du patron de Mme Yolia, Mr. Fassassi et sa femme ainsi que leurs enfants auraient été mis au dehors il y a longtemps. La misère qu’ils avaient vécue n’était plus très présente dans la mémoire de Shola car elle était encore assez jeune, mais celle de la perte de leur mère était encore présente. Bien plus présente même. Elle était omniprésente partout où elle était, même si elle avait essayé de passer à autre chose. Mme Yolia accomplissait incessamment son devoir de femme et de mère. Elle gardait plusieurs cordes à son arc. Mais comme le malheur ne vient jamais seul, à un moment donné, elle a commencé à sentir des malaises. À plusieurs reprises, elle a éprouvé des sensations de douleur articulaire intense, des saignements prolongés après des blessures mineures, une fatigue persistante et parfois des ecchymoses spontanées. Au début, elle se disait que c'était juste de petites choses sans importance, mais au fil du temps, c'était plus que quelque chose de courant. Elle est devenue une personne fréquemment sujette à des pertes de connaissance. Selon elle, c'était probablement dû aux efforts qu'elle fournissait chaque jour sans se donner de repos, mais pour en être sûre et surtout après que son mari ait insisté dessus plusieurs fois, ils se sont donc rendus à l'hôpital pour des analyses. L'hôpital était paisible en ce début de journée lorsque Mme Yolia et son mari, attendaient avec nervosité dans la salle d'attente du cabinet du Docteur principal de cet hôpital. Les dernières semaines avaient été marquées par des complications de santé mystérieuses pour Mme Yolia. La fatigue persistante et des ecchymoses inexplicables l'avaient conduite à cette consultation. Le Dr. Hugg est entré dans la pièce, un dossier médical à la main. "Mr et Mme Fassassi, je vous prie de me suivre." Il les a faits entrer dans son bureau et les a installés. Le Dr. Hugg était le médecin principal en charge des patients dans l'hôpital Saint Paul. C'était un hôpital réputé pour la qualité des soins qu'on y prodigue et ce docteur était un des plus vieux et expérimentés, donc un doyen en charge de la supervision de la plupart des patients. Son bureau émanait une ambiance apaisante, baigné par une lumière douce qui caressait les murs teintés d'une nuance apaisante de beige. À l'entrée, un bureau impeccablement organisé dominait la pièce, orné d'un écran d'ordinateur où l'on pouvait apercevoir des dossiers médicaux soigneusement alignés. Les étagères, parsemées de livres médicaux érudits, témoignaient de l'expertise du médecin. Des instruments médicaux méticuleusement disposés sur une table voisine attendaient sagement leur utilisation prochaine. Un stéthoscope suspendu à un porte-manteau témoignait des nombreux diagnostics effectués dans ce sanctuaire médical. Les chaises accueillantes pour les patients étaient stratégiquement disposées, invitant à la confiance et à l'ouverture. Des affiches éducatives sur les murs offraient un équilibre entre l'esthétique et l'informatif, créant un environnement propice à la compréhension et à la collaboration. Au fond de la pièce, un divan d'examen revêtait une douceur rassurante, prêt à accueillir ceux qui nécessitaient un examen plus approfondi. Alors que le Dr. Hugg introduisait sa dernière patiente accompagnée de son mari, l'harmonie de son bureau a enveloppé la pièce d'une atmosphère propice à la guérison et à la confiance mutuelle. "Mme Fassassi, Mr. Fassassi, merci de patienter. Commençons par vos symptômes, Yolia. Les analyses que nous avons effectuées montrent des signes inquiétants, et après examen, j'ai une information importante à partager avec vous." Yolia a fixé le médecin avec inquiétude, tandis que Mr. Fassassi serrait doucement sa main. "Yolia, vous êtes enceinte", a annoncé le médecin avec un sourire encourageant. Les yeux de dame Yolia se sont illuminés de joie, et elle a regardé Mr. Fassassi, partageant un instant de bonheur. C'était assez difficile à la maison, mais une bouche de plus à nourrir n'était pas encore la fin du monde pour elle. Du moins, c'est ce qu'elle se disait. Elle ressentait une joie assez explosive, mais aussi, elle mettait déjà en place d'innombrables pensées dans sa tête. Le sourire du médecin s'est atténué légèrement. "Cependant, il y a un autre aspect à considérer. Les symptômes que vous avez éprouvés sont liés à une condition médicale sous-jacente, la maladie d'hémophilie." Mr et Mme Fassassi ont échangé un regard empreint d'inquiétude. "L'hémophilie est une maladie génétique qui affecte la coagulation du sang. Cela peut entraîner des complications, surtout pendant la grossesse. Nous avons des options de traitement, mais cela nécessite une gestion attentive de la maladie. La maladie était déjà bien présente dans votre organisme depuis, juste qu'elle ne se manifestait pas. A ce stade où elle se manifeste, je crains que ce soit difficile pour vous de devoir la combattre et en même temps porter votre grossesse." Le Dr. Hugg a continué d'expliquer les implications de l'hémophilie pendant la grossesse, les précautions nécessaires, et les options de traitement. Mme Yolia écoutait attentivement, mais sa décision était déjà prise. "Je vais garder la grossesse", a-t-elle déclaré avec détermination. Le médecin a regardé Yolia et son époux avec sérieux. "Yolia, je comprends votre choix, mais cela implique des risques accrus pour vous et le bébé. Les traitements peuvent atténuer ces risques. Je vous encourage à envisager sérieusement cette option." Yolia a secoué la tête, résolue. "Je veux donner naissance à ce bébé. Nous ferons face ensemble, peu importe les défis." Mr. Fassassi, préoccupé par la situation, s'est tourné vers sa femme et la regardait avec stupéfaction. "Chérie, tu sais, nous pouvons prendre du temps pour réfléchir par rapport à la..." Mme Yolia a posé ses mains sur celles de son époux assis à côté d'elle dans l'un des sièges en face du bureau du docteur. "Non mon amour, tu sais bien que ce n'est pas le genre de question sur laquelle il faut réfléchir. J'ai déjà pris ma décision. Je vais garder cet enfant et je me battrai autant qu'il le faut pour la maladie aussi." Mr. Fassassi a pris une profonde inspiration, il a courbé ses lèvres et a embrassé les mains de sa femme avec pleins d'émotion et d'admiration. "Nous sommes prêts à affronter cela ensemble, docteur. Nous choisirons la vie, même avec les défis." Le Dr. Hugg a acquiescé, respectant leur choix. "Très bien. Nous surveillerons de près la situation et mettrons en place un plan de soins adapté. Vous avez mon soutien à chaque étape du chemin." Ils ont passé ensuite quelques minutes dans son bureau à discuter avant qu'il ne les raccompagne à la salle d'attente. Mr. Fassassi et sa femme Yolia sont sortis du cabinet médical main dans la main, conscients des défis qui les attendaient. Ils étaient prêts à affronter l'avenir avec courage et amour, choisissant de donner une chance à la vie malgré les incertitudes qui se profilaient devant eux.
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