Kelly tournait sans cesse dans cette vaste chambre qu'on lui avait assignée.
Elle était dans cette maison depuis maintenant trois jours et l'homme qui l'avait fait venir ici était aux abonnés absents. Son quotidien se résumait à manger, dormir et faire le tour du jardin.
Vera était très douce et attentionnée.
Elle lui avait dit que Mikhail avait dû se rendre en Turquie pour une affaire urgente et qu'il n'allait pas tarder à revenir.
Kelly n'était pas convaincu de cette réponse. Il y avait sûrement quelque chose de pas nette dans cette histoire, et Kelly allait le découvrir.
Elle décida d'aller faire un tour dans le jardin car elle risquait de devenir folle à force de rester enfermée dans cette chambre.
Mikhail sortit de son bureau. Il était temps pour lui d'accueillir son hôte comme il le fallait. Il ne comprenait d'ailleurs pas pourquoi, il avait décidé de la laisser seule pendant trois jours alors qu'ils étaient sous le même toit.
On aurait dit qu'il était un voleur dans sa propre maison. Il rentrait tard et sortait très tôt pour ne pas avoir à la croiser.
À peine eut-il fait quelques pas que l'objet de ses tourments fit irruption devant lui.
Elle était à croquer dans cette magnifique combinaison en jeans.
___ Bonjour... Fit Mikhail.
Kelly ressenti un vent glacial dans tout son être. Il semblait tout droit sorti d'une forêt noire. On aurait dit le Seigneur des enfers en personne. Cette aura qu'il inspirait était dangereuse, extrêmement dangereuse et pourtant...
Kelly inspira.
___ Bonjour Monsieur Kozlov.
___ J'espère que votre séjour dans ma demeure vous plaît .
Kelly ne savait pas si elle devait en rire ou alors en pleurer.
Cet homme l'avait fait venir ici pour travailler et c'était donné le loisir de disparaitre pendant trois jours. Il était revenu tranquillement comme s'il n'avait rien d'urgent et agissait avec le plus grand calme.
___ Venez avec moi. Dit-il en tournant les talons.
Kelly le suivit avec reserve.
Il ouvrit une porte et entra le premier. Kelly y entra aussi .
Le bureau de Mikhail Kozlov était grand et spacieux. Il était également à l'image de toute la maison : silencieux, froid et sombre.
On aurait dit que cet homme se plaisait dans cette vie qu'il avait lui même choisi. Kelly avait du mal à comprendre ses choix et ses goûts mais il était ainsi et elle ne devait nullement s'en préoccuper.
Il lui avait fait signe de s'asseoir sur le canapé. Elle prit place et attendit quelques minutes avant qu'il ne la rejoigne, un dossier en main.
___ J'ai demandé que tu viennes habiter chez moi parce que je suis exigeant dans le travail et je veux que tout me soit accessible. Tous ceux qui ont occupés ce poste avant toi sont aussi passer par le même processus. En tant que mon assistante personnelle, tu seras amené à m'accompagner parfois dans les voyages d'affaires, tu devras également assurer toutes les fonctions qu'un assistant personnel est amené à faire.
Il lui tendit le dossier.
___ Ce document contient toutes les informations dont tu auras besoin pour ta mission. Bienvenue Mademoiselle Scott.
Kelly prit le document d'une main fébrile.
____ Des questions ? Demanda celui-ci.
___ Je n'ai pas de questions pour le moment. Répondit Kelly.
___ Bien...
Kelly avait l'impression que la terre allait l'engloutir d'un moment à l'autre. Cet homme avait une carrure imposante qui avait le don de vous hérisser les poils.
Kelly sentait que cet homme n'était pas simple et pourtant, elle avait prit le risque de se retrouver dans son antre. Elle avait juste peur de ne pas s'en sortir vivante.
___ Je crois que je devrais m'en aller.
Il n'avait pas bougé et n'avait eu aucune réaction. Mais son regard indiquait clairement qu'il lui donnait l'autorisation de s'en aller.
Kelly était sorti presqu'en courant. Elle avait refermé la porte.
Mikhail se passa une main dans les cheveux et s'assit sur le canapé.
--- Plus je te vois agir et moins je comprends tes motivations.
Vera lui tendit une tasse de café.
--- Et moi j'ai souvent du mal à comprendre pourquoi tu me tend une tasse de café à chaque fois que tu viens me remonter les bretelles.
___Je ne viens pas te remonter les bretelles, je veux juste avoir des réponses. Je sais que tu ne me diras rien mais j'essaie tout de même.
___ Ma tante, je sais ce que je fais. Crois moi que je ne ferai rien de fâcheux, juste laisse moi gérer les choses comme je le veux.
___ On sait tous comment se terminent les situations que tu gères. J'espère juste que tu ne mettras pas cette jeune femme en difficulté avec ton comportement exécrable.
Mikhail se leva et posa la tasse de café sur la table.
Il prit sa tante dans ses bras.
___ Ma tante, je sais ce que je fais. Arrête d'avoir des mauvaises pensées à mon égard.
Elle le regarda avec un doute au fond des yeux.
___ J'ai rendez-vous avec Sandy. Je sais que tu ne l'aimes pas mais bon, elle est une très bonne amie à moi.
Il prit son blouson et s'en alla avant même que sa tente n'ait eu à dire un mot.
La voiture de Mikhail gara devant une grande bâtisse au style ancien.
Il sortit de la voiture et s'avança vers son hôtesse.
Celle-ci était vêtue d'une combinaison rouge sang, elle avait un chignon impeccable .
___ Mikhail , quel plaisir de te recevoir chez moi. J'espère que tu m'apportes une bonne nouvelle.
Sandy Bellini était une femme d'affaires et une amie de longue date de Mikhail. Elle vivait à Milan et Mikhail savait qu'au delà de l'apparence d'une femme d'affaires respectable et respecté, se cachait une femme au cœur de pierre qui avait un dégoût pour les hommes.
Mikhail ignorait ses motivations mais il savait aussi qu'elle tolérait certains hommes, en occurrence lui.
___ C'est plutôt moi qui devrait te poser la question, très chère Sandy. J'ai appris par mes hommes que tu es sur mon territoire depuis deux mois maintenant et te connaissant, tu as sûrement une raison d'être là. J'espère cependant que tu ne mettras en péril mais affaires.
Mikhail lui serra la main qu'elle lui avait tendu et la suivit à l'intérieur de la maison.
___ Mon très cher ami, tu sais que je te dois un service. Jamais je ne ferai quoi que ce soit qui puisses te nuire. Juste que j'ai des motivations personnelles.
___ Sandy Bellini, je te connais assez pour savoir que tes motivations personnelles peuvent se transformer en véritable cataclysme. Je suis ici juste pour te dire que je ne veux pas avoir à entrer en conflit avec toi. Juste que je veux mener mes enquêtes sans que tu ne viennes les entraver.
Mikhail avait sourit.
___ Je n'ai aucun problème avec le fait que chacun suivent ses projets. Si tu as peur que je ne prennes ton territoire, reste tranquille Mikhail. Je suis là pour un moment. Milan a encore besoin de moi et te connaissant, je sais que ce n'est pas la raison de ta présence ici. Je me trompes.
Sandy avait vu juste.
___ J'avoue que j'ai aussi une raison d'être ici. Mais ce n'est pas le bon moment d'en parler.
___ Alors, pouquoi es-tu là ?
Mikhail posa une arme sur la table.
___ Ça te dis une partie de chasse ? Fit celui-ci.
Sandy prit l'arme.
___ Ça dépend de la cible, répondit celle-ci.
___ Je pense que tu vas aimer. Il s'agit de démanteler une organisation de trafiquants d'organes et d'un vaste réseau de prostitution. Je sais que tu ne tolères pas , alors , partante ?
Mikhail et Sandy avaient toujours ce rituel lorsqu'ils devaient accomplir une mission ensemble. Au fil du temps, ils avaient tiser une relation fusionnelle à tel point que son frère Andreï en était parfois jaloux.
___ Combien de temps, comptes-tu passer ici ? Demanda Mikhail.
Sandy croisa les pieds.
____ Quoi ? Tu me chasses déjà ? Repliqua celle-ci.
Mikhail haussa les épaules.
____ Je demandais juste. Je ne suis pas habitué à te voir si loin de ton territoire pendant longtemps.
___ Mikhail Kozlov aurait-il peur que je lui vole son territoire ?
___ Je te connais assez bien pour savoir que tu respectes les autres et leurs territoires. Je sans aussi que la loi c'est toi mais tu n'es pas non plus avide de pouvoir au point de mettre en péril celui des autres.
___ Et je suis heureuse de savoir que tu me connaisse aussi bien.
Ils étaient ressorti de la maison de Sandy, prêts à mener cette bataille comme si leurs vies en dépendait.
Et elle en dépendait.