Un peu plus tard, ce jour-là…
- Sérieusement ?!
Winston jeta le petit bout de fil avec quoi ses doigts étaient en train de jouer avant de répondre :
- Oui.
- Mais pourquoi tes parents te feraient une chose pareille?!
- Je n'en sais rien, Jordy. Parce qu'ils me détestent ? Parce que je suis gay ?
- Mais non...
- Mais si. Je crois qu'ils pensent qu'en m'imposant cette condition je serais obligé de me marier avec une femme, ce qui ne risque pas d'arriver.
- Hm... Et donc, qu'est-ce que tu vas faire ?
- Je n'en sais rien... Mais j'ai vraiment besoin de cet argent.
- Tu ne peux pas... Attendre un peu ?
- Attendre que je sois marié, tu veux dire ?! T'es malade, ça risque de me prendre des années ! Ça m'a pris un temps fou pour convaincre le propriétaire d'attendre trois petites semaines, si je n'ai pas cet argent d'ici-là, je peux mettre une grosse croix dessus !
- Soupir… Winston... Je ne sais vraiment pas comment t'aider.
- Moi je sais comment tu pourrais.
- Comment ?
Winston laissa un long silence après ça, de sorte à ce que Jorans ce cas, qan comprenne ce qu'il voulait dire sans qu'il ait à parler.
- Oh non, répondit vite Jordy. Hors de question que je me marie avec toi. Je t’aime mais pas à ce point-là.
- Allez, s'il te plait! On divorcera tout de suite après !
- Voyons, Winston. Tu sais bien que ce n'est pas aussi simple. Imagine qu'on reste marié à vie !
Winston leva un sourcil.
- Et ce serait si désagréable que ça de rester marié à vie avec moi ? Demanda-t-il.
- À moins que tu décides de t'implanter des seins et un vagin, oui.
- N'importe quoi. Soupir...
- ...Je ne peux vraiment pas, Winston. Je suis désolé...
- Ce n'est pas grave. C'était égoïste de ma part de te demander ça.
- Je suis désolé...
- T'inquiète. Je trouverais bien une solution.
- Si tu as besoin d'aide pour quoi que ce soit d'autre, n'hésite pas à m'appeler, OK ?
- OK. Bon, je te laisse, je crois que le shooting de Daniel va bientôt se terminer. Bye.
- Bye.
Et il coupa.
Un long soupir s'échappa de sa bouche alors qu'il rangea son téléphone dans sa poche.
Comment est-ce que je vais me sortir de cette galère, hein...?
Ce fut à ce moment-là que la porte de la salle de shooting s'ouvrit dans un grand fracas et que Daniel en sortit en s'étirant.
- Winnie ! Se plaignit-il. Pourquoi tu n'es pas resté jusqu'au bout !?
- Je devais appeler quelqu'un.
- Hum... Okaya. Oh mon Dieu, j'ai soif!
- Tiens.
Winston lui lança une bouteille d'eau que Daniel rattrapa d'une main.
- Merci, répondit Daniel de façon aguicheuse. Tu penses toujours à tout, Winston.
Il but quelques gorgées d'eau puis s'approcha de Winston et enrouler ses bras autour de sa taille avant de continuer :
- Comment pourrais-je te remercier? Demanda-t-il.
- Daniel, ce n'est vraiment pas le bon jour pour m'importuner, grogna Winston en le repoussant fortement.
- Oh lala. Quelqu'un est de mauvaise humeur, à ce que je vois.
- Oui, c'est ça, siffla Winston. Je suis de très mauvaise humeur alors essaie de me lâcher un peu, ne serait-ce que quelques heures, s'il te plait.
Winston insista beaucoup sur le "s'il te plait", histoire que Daniel comprenne qu'il était sérieux mais celui-ci continua à le regarder fixement, avec les bras croisés et toujours ce petite sourire agaçant sur le visage.
- Oh, Winston, lança-t-il. Mais pour qui tu me prends ? Bien sûr que je vais te laisser tranquille. Tu ne sauras même pas que je suis là.
Winston ne pût s'empêcher de soupirer de tout son être. Rien qu'à la façon dont Daniel lui avait répondu, il savait que ça n'allait pas du tout ce passer aussi bien que ça.
De toute façon, Daniel s'est toujours foutu des états d'âmes des autres. Il n'y en a que pour sa petite personne. Grr, je le haïs, je le haïs, je le haïs!
- Passe-moi les clés de la voiture, que l'on puisse sortir d'ici rapidement, grommela Winston.
Daniel les lui passa puis ils sortirent du bâtiment et se dirigèrent vers le parking. Une fois qu'ils furent installés dans la voiture de Daniel, Winston mit le contact et démarra. Quelques secondes plus tard, ils étaient sur la route en direction de chez Daniel où ils allaient déjeuner comme tous les jours.
Tout le long du trajet, un grand silence les enveloppa. Mais pas un silence confortable ou incommode, non. C'était un silence... Neutre. Le genre de silence qui ne nous fait ni chaud ni froid, le genre où personne n'a envie de parler. Ou, devrais-je plutôt dire, le genre où Winston n'a pas envie de parler, parce qu'à la façon dont Daniel le regardait, on pouvait deviner que celui-ci mourrait d'envie de lui poser des questions. Winston essaya du mieux qu'il put de l'ignorer mais c'était quasi impossible vu qu'à la base, avoir le regard de Daniel sur lui le dérangeait.
- Quoi, Daniel ?! Finit-il par lancer après quelques minutes.
- Tu as des soucis, en ce moment ?
Winston ouvrit sa bouche pour lui balancer quelques choses du style "ce ne sont pas tes affaires" en pleine face mais se retint. Daniel avait demandé si gentiment (ce qui n'arrivait pas très souvent) que Winston se sentit obligé de lui répondre.
- Oui, soupira Winston.
- Quel genre de soucis ?
- Des...
Winston hésita entre lui répondre "des soucis familiaux" ou "des soucis d'argent" mais se décida finalement à ne rien lui dire. Oui, après tout, ce n'était pas son problème.
- ...Soucis. En tout genre.
- Hm... Je peux t'aider ?
- Ha. Je ne crois pas, non.
- Winston. Je sais que tu ne m'aimes pas trop–
- Je ne t'aime pas du tout.
- OK. Je sais que tu ne m'aimes pas du tout, mais dis-moi au moins de quoi il s'agit, je suis sûr que je peux t'aider.
- Merci mais non merci, Daniel. Ta proposition me touche beaucoup mais je pense que j'arriverai à me débrouiller tout seul.
Du coin de l'œil, Winston vit que Daniel faisait la moue.
- Winston... Se plaignit celui-ci. Je peux savoir pourquoi tu me détestes?
- Haha ! Je pourrais te faire une liste ou écrire un livre intitulé "dix mille BONNES raisons de détester Daniel Lloyd" mais il n'y aura pas assez de papier sur cette terre alors on sera obligé de raser tous les arbres pour en fabriquer et ce serait horrible.
- Winnie, Winnie, Winnie, Lança Daniel avec amusement. Je suis déjà au courant que tu es amoureux de moi, plus besoin de me le cacher.
- Oh, pitié...
- Et je t'aime aussi alors sautons le pas !
- Et si tu sautais de la voiture, pour commencer ?
- Bonne idée, comme ça je pourrais te hanter et te déclarer ma flamme toute ta vie jusqu'à ce que tu viennes me rejoindre dans l'au-delà.
- Ou comme ça tu pourras enfin la fermer et me laisser tranquille pour toujours.
Après environ trente minutes de chamailleries de ce genre, ils arrivèrent enfin devant l'immeuble où Daniel habitait. Une fois que Winston réussit à garer la voiture, ils entrèrent dans le bâtiment, prirent l'ascenseur et arrivèrent devant l'appartement de Daniel. C'était un appartement tout simple, rien d'extravagant, avec une décoration quelque peu banale mais pas désagréable à regarder et un rangement impeccable. Apparemment, Daniel n'était pas aussi superficiel qu'il en avait l'air. Mais bon, cela ne signifiait pas qu'il ne jetait l'argent par la fenêtre. La preuve : il paye les gens pour manger avec lui.
- J'ai faim! Cria celui-ci en entrant chez lui. Winston, qu'est-ce qu'on mange, aujourd'hui ?
- Moi, un steak. Toi du tofu.
Daniel sourit.
- Tu m'en veux encore pour ça?
Winston lui jeta son regard le plus noir.
- Je t'en voudrais toute ma vie, répondit-il d'un ton agacé. J'ai dû prendre au moins six kilos en mangeant toutes ces cuisses de poulets !
- Mais personne ne t'a demandé de le faire.
- Qui d'autre pouvait le faire, à part moi?! Les jeter à la poubelle aurait été du pur gâchis de nourriture et puis, vu tout le mal que je m'étais donné à les faire pour ta sale face, c'était hors de question.
- Owo... Tu t'es donné tant de peine à les faire pour moi et je n'ai même pas su les apprécier à leur juste valeur. Je suis terriblement désolé, Winston. Pourrais-tu jamais me pardonner un jour ?
Winston faillit lui mettre une très grosse claque sur la joue gauche mais, par miracle, réussit à se retenir. Il souffla un bon coup avant de tourner les talons à Daniel et de se diriger rapidement vers la cuisine.
- Voilà exactement ce que je ne supporte pas chez lui, marmonna-t-il en sortant la viande du frigo. Jamais il ne prend les gens au sérieux.
Winston saisit un couteau et l'abattit violemment sur le morceau de viande pour le couper en deux.
- Ses excuses, continua-t-il, il peut se les mettre dans–
- Winnie, tu peux me faire un steak un peu saignant, s'il te plait ? Demanda Daniel en entrant dans la cuisine.
- Oh, parce que tu pensais que je plaisantais quand j'ai dit que tu allais manger du tofu ? Répondit Winston sans prendre la peine de se retourner.
- Winston...
- Tu auras beau me supplier comme un fou, je te jure que tu n'auras que du tofu tant que c'est moi qui te ferais à manger.
- Hm. J'en juge que tu es encore en colère contre moi.
- Bravo, Einstein.
- Allez, pardonne-moi.
- Pas dans cette vie, mon cher.
Daniel se glissa derrière Winston et, directement, fit glisser ses mains sous le T-shirt de celui-ci. Winston faillit lâcher son couteau sous l'effet de surprise et frissonna quand il sentit une des mains de Daniel lui caresser le ventre.
- Hé ! Cria-t-il. Qu'est-ce que tu fais ?! Arrête !
- J'arrêterai quand tu me pardonneras.
- Quoi ?! Haha, je ne crois pas, non. J'ai dit que je ne te pardonnerais pas et je n'ai qu'une seule parole, maintenant lâche-moi.
Daniel rapprocha sa tête du cou de Winston et mordit doucement dedans, ce qui fit frémir Winston encore plus.
- Tu es sûr que tu veux jouer à ce jeu-là avec moi, Winston ? Susurra Daniel à son oreille.
Winston ne pût retenir un gémissement de sortir de sa bouche quand il sentit les doigts de Daniel lui pincer un téton. Immédiatement, le rouge lui monta aux joues. Le son qu'il avait produit était plutôt... Embarrassant.
- Ouh, fit Daniel en riant. Tu aimes ça, à ce que je vois. Je devrais peut-être recommencer ?
Winston le repoussa d'un coup et se retourna très, très lentement vers lui. Daniel ne pût s'empêcher de déglutir quand il vit le regard assassin avec lequel Winston le fixait.
- Toi... Commença Winston. Tu es mort.
Winston pointa son couteau sur Daniel et s'approcha dangereusement de lui. Après avoir lâché un délicat petit "uh oh", celui-ci s'enfuit en courant de la pièce.
- Reviens ici tout de suite! Cria Winston en le pourchassant.
- Attrape-moi si tu peux! Lança Daniel en riant.
- Mais quel gamin! Attends un peu que je t'attrape parce que je vais réellement te tuer cette fois-ci !
Et c'est comme ça que cet appartement se remplit de cris et de rire presque tous les jours.
****
- Tiens.
Daniel saisit le paquet de glace que Winston lui lança et le posa doucement sur la petite bosse de son front. Winston roula des yeux quand il gémit de douleur.
- Oh, ce n'est qu'une égratignure, lança celui-ci d'un ton un peu trop joyeux.
- Tu aurais quand même pût frapper moins fort !
- J'aurai pût... Mais ça aurait vraiment été beaucoup moins jouissif.
- Comment je vais faire pour mes prochaines séances photos?!
- Tu n'en as plus, enfin, pour aujourd'hui. Et puis, ça partira dans quelques heures.
- Pff. J'espère au moins que je suis pardonné.
- Pour le tofu, oui. Mais pour l’escrime que tu viens de commettre il y a quelques minutes, non.
- Et je peux savoir de quel crime tu parles?
- Tu m'as... Touché ! Je t'ai toujours dis de mettre une limite à tes plaisanteries, c'est exactement le genre de chose que je veux éviter !
Daniel soupira puis posa le sac de glace sur la table avant de regarder Winston droit dans les yeux.
- Je ne plaisante pas toujours, Winston, dit-il beaucoup trop sérieusement.
Winston ne pût s'empêcher de froncer légèrement les sourcils. Qu'est-ce qu'il voulait dire par là ? Est-ce que, par hasard...?
Mais bon, Winston n'avait pas envie d'y penser. Il prit une assiette et y plaça un gros morceau de steak bien juteux.
- Arrête de radoter et mange, dit-il à Daniel.
- D'accord. Encore une fois, tu choisis d'ignorer mes sentiments. Merci beaucoup, Winston.
- Je te laisse manger ta viande tout seul ou tu veux que je te l'enfonce dans la gorge ?
- Ow ! Tu veux qu'on se donne à manger comme font les couples amoureux ? Comme c'est mignon !
- Rappelle-moi pourquoi je ne démissionne pas ? Soupira Winston.
- Parce que tu m'aimes ?
Winston mit une petite tape sur la bosse du front de Daniel.
- Aouch ! Se plaignit celui-ci.
- Bon appétit.
****
Il faisait déjà nuit noir dehors et Daniel, seul dans son appartement et allongé sur le canapé, se remémorera tous les événements amusants (et bizarrement tous liés à Winston) de sa journée. L'après-midi, il était allé faire une interview pour un magasine d'ados où il devait décrire sa "femme idéale". Laila a donné la parfaite description de Winston à la journaliste et, croyez-le, la réaction de Winston a valu le détour du globe.
Winston est si facile à irrité, j'adore ça. C'est le meilleur assistant que je n'ai jamais eu (et pourtant j'en ai eu, des assistants). Je crois même que je me sentirais seul, sans lui. Je ferais mieux de le ménager un peu, ou il va vraiment finir par démissionner.
Soudain, une petite araignée qui passa sur le bras de son canapé attira son attention.
- Une araignée, dans mon appartement ? Se dit-il à lui-même en se relevant.
Il n'avait pas peur des araignées... Tant qu'elles n'étaient pas grosses ou trop nombreuses. Étrangement, il eut envie de suivre celle-ci. Il la suivit alors qu'elle traversait le sol du salon, jusqu'à ce qu'elle passe derrière le meuble où se tenait son écran plat.
- Tiens ? Fit-il. Qu'est-ce qu'une petite araignée comme toi ferait derrière ce meuble ?
Il décida de pousser le meuble pour voir et ne pût s'empêcher de glousser vu le ridicule de la situation.
Je suis quand même en train d'espionner une araignée.
Il poussa le meuble et là...
- OH NOM DE DIEU!
****
Winston s'était endormi avec des préoccupations pleines la tête. Il avait appelé sa sœur cet après-midi et celle-ci, qui lui avait promis de faire quelque chose pour l'aider, lui avait annoncé qu'elle n'avait rien pût faire pour convaincre ses parents de lever la condition. Il devait donc se marier s'il voulait avoir cet argent. Est-ce qu'il allait épouser un parfait inconnu, juste pour ça? Payer quelqu'un ? Ce genre de chose se fait, non? Était-il vraiment prêt à tout pour son projet ? Qui est prêt à se marier pour avoir de l'agent ? (Bon, OK, c'est con comme question vu que pleins gens le font. 'Sucez...). Toutes ses questions avaient éclatées dans sa tête dans un grand Bige Bang.
Alors qu'il s'apprêtait enfin à sombre dans le sommeil, un bruit anodin provenant de son salon le réveilla en sursaut. Il se releva doucement dans son lit et mit ses lunettes pour y voir plus clair puis tendit l'oreille, espérant que ce bruit ne soit en fait que le fruit de son imagination, mais non. Il l'entendit à nouveau, et cette fois, il distinguait clairement que c'étaient des bruits de pas, les pas de quelqu'un qui essayait de se pénétrer dans son appartement le plus discrètement possible.
Un voleur ?!
Dans la pénombre de sa chambre, il chercha la peur au ventre un objet qui pourrait l'aider à assommer un voleur sûrement armé. Fort heureusement pour lui, il avait justement acheté une batte la semaine d'avant pour prévenir les cas de ce genre et celle-ci était posée juste à côté de son lit. Il la saisit fermement de ses deux mains et, dans son pyjama dora (oui, oui...), il se dirigea à pas de ninja vers son salon où un voleur était sûrement en train de chercher des choses à piller. Il avait peur, oui, mais il était assez courageux pour foncer tête basse dans ce genre de situation.
Souffle. Tu vas y arriver, Winston McBride. Courage.
Mais juste au moment où il s'apprêtait à pénétrer discrètement dans son salon, il marcha sur quelque chose de lisse et de glissant, et se sentit retomber en arrière. Heureusement pour lui, quelque chose de grand et fort le retenu et l'empêcha de se fracasser le crâne contre le sol de son salon. Il lui fallut quelques secondes avant de réaliser que ce "quelque chose", c'était quelqu'un et, plus exactement, le voleur qu'il était venu assommer. Dans un geste totalement incontrôlé, il balança sa batte en l'air, prêt à frapper la personne mais celle-ci n'eut apparemment pas beaucoup de mal pour la retenir.
- Wow, fait gaffe ! Tu veux me tuer ou quoi ?!
- ...Daniel ?! Mais qu'est-ce que tu fous ici ?!