- ...Daniel ?! Mais qu'est-ce que tu fous ici ?! Oh seigneur, tu m'as fait peur !
Winston se dégagea de l'étreinte de Daniel et alluma la lumière, chassant ainsi toute trace d'obscurité. Daniel portait un T-shirt blanc un peu grand pour lui et le bas d'un pyjama à pois. Ses cheveux étaient légèrement en bataille et son teint un peu pâle.
Hm... Visiblement, il était sur le point de dormir quand je ne sais pas encore quoi l'a fait quitter son appartement. Ça doit être quelque chose de vraiment grave, parce que jamais il ne sortait dehors avec cette tête-là sans raison valable.
- Comment tu as fait pour entrer chez moi? Demanda Winston.
Daniel lui lança un petit sourire innocent qui ne fit que le rendre encore plus soupçonneux.
- C'est une longue histoire, répondit Daniel en riant nerveusement.
Winston n'était pas très satisfait de sa réponse mais n'insista pas. Pour le moment, il avait des choses plus importantes à régler.
- Tu sais quelle heure il est ? Demanda-t-il. Presque minuit et demie ! Qu'est-ce que tu fais là, pourquoi tu n'es pas chez toi ?
- Hum... J'ai comme qui dirais été forcé de quitter mon appartement.
- Oui, je vois ça. Et je peux savoir pourquoi ?
- En fait, voilà : j'étais tranquillement assis dans mon salon à ne rien faire quand soudain une araignée passe près de moi, alors je décide de la suivre–
- Comme le gros idiot que tu es. Oh pardon, ce n'était pas la suite de ta phrase ?
- Haha, très drôle. Je disais donc, je décide de suivre l'araignée, elle passe derrière un meuble, je pousse le meuble en question et là...
- ...Oui ?
- Et là... Je vois... D'autres araignées ! Non mais tu te rends compte ?! Mon appartement est infesté d'araignées !
Winston soupira.
- Des araignées ? Si je comprends bien, tu es en train de me dire que tu as quitté ton appartement à zéro heure du soir (ou plutôt, du matin) et que tu es rentré chez moi comme un voleur parce que tu as vu des araignées derrière un de tes meubles ?
- Oui, ça résume bien la situation.
- Mh hm...
Winston avait l'envie mais malheureusement pas la force de lui crier à quel point c'était stupide de sortir de chez soi à une heure si tardive de la nuit à cause de quelques araignées.
- Et donc...? Demanda-t-il.
- Et donc quoi ?
- Qu'est-ce que tu fais chez moi ?!
- Ben... Comme je n'ai nulle part où dormir en attendant de trouver une solution, je me suis dit que je pourrai peut-être crécher chez toi pour le week-end.
- Tout le week-end, tu veux dire ?! Alors là : non, c'est hors de question que je doive te supporter durant les deux seuls petits jours de repos que j'ai !
- Allez, s'il te plait !
- Non, Daniel. Non. Je te laisse rester pour la nuit vu qu'il est déjà très tard mais demain tu t'en iras, que tu trouves une solution ou pas. Tu m'as bien compris ?
- Oui ! Répondit Daniel avec un sourire.
Winston soupira lourdement avant de se passer une main sur le visage. Daniel, lui, le regardait comme un petit toutou qui attend les ordres de son maitre.
- Le canapé est juste là, lui dit Winston. Je vais t'apporter des couvertures et un oreiller.
- Quoi, c'est moi qui dors sur le canapé ?!
- Bien sûr que oui. Tu t'attendais à quoi ?
- À ce que tu me proposes ton lit, comme le ferais n'importe quelle personne civilisée qui recevront un invité.
- Premièrement, je ne t'ai pas invité, tu t'es invité tout seul. Et deuxièmement, une personne civilisée n'offre son lit qu'à une autre personne civilisée, ce qui est loin d'être ton cas, Daniel.
- Aouch. Dors avec moi, au moins.
- Non.
- Dors près de moi ?
- Non.
- Oh, je t'en prie ! J'ai peur du noir !
- On laissera toutes les lumières allumées.
Daniel fit la moue.
- Je n'aime pas dormir seul.
- Tu dors seul toutes les nuits, Daniel.
- C'est parce que je vis tout seul. Mais ce soir tu es là alors autant en profiter ! Allez, dors avec moi, on se frottera toute la nuit et on fera des choses agréables, si tu vois ce que je veux dire.
Winston regarda Daniel avec les yeux de quelqu'un qui en avait marre de sa vie pendant que celui-ci riait sans retenue.
- Debout, je crois qu'on peut encore te trouver un hôtel, grommela Winston.
- Je plaisantais ! Lui répondit Daniel. On peut juste... Dormir.
- O...Kay, je sens que cette nuit risque d'être plus longue que prévue. Je t'apporte tes couvertures.
Winston commença à marcher vers la sortie mais Daniel le retint par le bras, ce qui le fit soupirer.
- Quoi encore ?
- S'il te plaît... Ne me laisse pas seul. J'ai vraiment peur.
- Mais peur de quoi ?
- De la solitude.
Winston ouvrit la bouche, prêt à lui répondre qu'il s'en fichait clairement, mais la mine que faisait Daniel l'en dissuada. Quelque chose le fit penser que, cette fois, Daniel ne plaisantait qu'à moitié, voire pas du tout.
Daniel a peur de la solitude ? Mais pourquoi quelqu'un d'aussi entouré et populaire que lui aurait peur d'être seul ?
La fatigue finit par terrasser Winston et il ne pût penser à toutes ces questions plus longtemps.
- D'accord, dit-il. Tu peux dormir dans ma chambre.
- Vraiment ?!
- Oui. Et tu peux même prendre mon lit, si tu veux. Je ne dormirais pas terre.
- Ah- Tu n'es pas obligé, tu sais. Je peux dormir par terre.
- OK, d'abord tu veux dormir dans un lit ensuite tu ne veux plus?! Arrête d'être aussi indécis dans tes prises de décision !
- Je ne suis pas indécis ET je vais dormir par terre, un point c'est tout. Tu es chez toi, je n'ai pas à monopoliser ton lit.
- OK, OK ! Souffla Winston. Tu peux trouver tout ce qu'il te faut dans l'armoire, fait comme chez toi. Excuse-moi mais je vais dormir tout de suite ou je sens que je vais mourir de sommeil.
- Non, t'inquiète, je peux me débrouiller.
- Super.
Sur ce, Winston couru dans sa chambre et sauta dans son lit. À peine avait-il posé sa tête sur son oreiller qu'il sentit un énorme bien-être envahir tout son corps et l'entraîner petit à petit dans un profond sommeil. Seul le bruit de son armoire qui s'ouvrait et du sac de couchage que l'on étalait sur le sol troublaient le silence de la nuit, mais Winston était déjà beaucoup trop fatigué pour que ça puisse le déranger.
Soudainement, il sentit un b****r se déposer sur sa joue gauche. Par réflexe, il aurait dû ouvrir les yeux mais n'en eut pas la force.
- Bonne nuit, Winnie, murmura Daniel à son oreille. Fais de beaux rêves...
Et c'est sur cette belle phrase que Winston s'envola dans un monde remplit de licornes magiques et de petits poneys enchantés.
****
Le lendemain matin, une main vint tendrement caresser la joue de Winston et il faillit ronronner à la douce sensation qu'elle lui procurait. La main continua à caresser sa joue encore quelques secondes avant de monter dans ses cheveux et d'y faire de même. Cette fois, Winston ne pût se retenir de lâcher un petit soupir de satisfaction.
J'adorerais me faire réveiller comme ça tous les jours...
- Debout, ma chère belle aux bois dormants.
Winston ouvrit presque immédiatement les yeux.
Je ne connais qu'une seule personne capable de me donner la chair de poule rien qu'avec sa voix !
- Daniel ?! Qu'est-ce que tu–
Winston cligna des yeux plusieurs fois, comme pour essayer de savoir s'il était toujours en train de rêver, puis la mémoire lui revint.
- Ah oui, c'est vrai, dit-il. Les araignées.
Daniel, qui était accroupi près de la tête de son lit, lui sourit. Mais pas n'importe quel sourire, non. Le genre de sourire qui illumine votre journée, celui qui vous fait chanter Happy de Farrell Williams et qui vous donne envie de remercier la personne qui vous l'envoie (mais bon, Winston n'allait pas remercier Daniel).
Winston ne pût s'empêcher de scanner son visage (qui, d'ailleurs, était beaucoup trop près du sien) : il avait les cheveux ébouriffés, le teint frais et les yeux pétillants.
Alors c'est à ça qu'il ressemble, le matin ? Pas que ça m'ait déjà intéressé, mais bon. N'empêche... Il n’est pas mal. Quoi ? Bon OK, il est peut-être plus que pas mal. OK, il est magnifique, ça vous va ?!?
- Qu'est-ce que tu marmonne ? Demanda Daniel.
- Hein ? Euh, rien du tout.
- Tu as passé une bonne nuit ?
Winston se releva en se frottant les yeux et s'assit sur le bord de son lit avant de répondre :
- Oui, très bonne. Et toi ? J'espère que le sol n'était pas trop dur.
- Je suis mort de rire, Winston. Allez, viens !
- Qu'est-ce que– ?!
Avant qu'il n'ait le temps de répondre quoi que ce soit, Daniel lui prit la main et l'entraina en courant vers la salle de bain. Une fois à l'intérieur et malgré les plaintes de Winston, Daniel prit la brosse à dent de celui-ci et mit de la dentifrice dessus avant de la lui tendre :
- Brossons-nous les dents ! Lança-t-il joyeusement.
Winston le regarda comme s'il avait perdu ses esprits.
- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Demanda-t-il.
- Eh bien, j'ai envie que l'on se brosse les dents ensemble, comme un couple, tu comprends ?
- Daniel... On n'est pas un couple !
- Je le sais bien mais j'ai juste envie de savoir quel effet ça fait ! Tu n'as qu'à faire semblant !
- Mais je n'ai pas envie !
- OK, je vais faire semblant pendant que toi, tu fais comme d'habitude ! Allez, je ne te demande pas la lune non plus !
- OK, c'est bon ! Sérieusement, plus bizarre que toi, tu meurs !
Daniel éclata de rire pendant que Winston mouilla sa brosse à dent et la mit dans sa bouche.
Ainsi, commença un des moments les plus étranges de la vie de Winston. Daniel et lui se brossaient les dents de manière presque synchronisée (pendant un moment, Winston a même dû s'arrêter pour que leurs brossages soient légèrement décalés) et se jetaient des petits regards en souriant, comme quand tu es dans les toilettes du lycée avec quelqu'un de ta classe à qui tu n'as jamais vraiment parlé.
Ce Daniel est vraiment quelque chose...
Daniel se rinça la bouche puis regarda Winston faire de même.
- Joli pyjama, lança-il. Dora ? Ouh, j'adore.
Winston sentit le feu lui embraser les joues. Il avait totalement zappé ce détail. Ce pyjama, il l'avait depuis des années (à l'époque il était trop grand mais maintenant il est pile à sa taille), si bien qu'il est devenu son "pyjama porte-bonheur" en quelques sortes.
- Oui, bah moi au moins je... ! Commença-t-il.
- Je... ?
Winston passa son regard sur chaque partie du corps de Daniel à la recherche du moindre défaut qu'il pourrait critiquer mais n'en trouva vraiment mais VRAIMENT aucun.
- Oui, bah... Continua-t-il.
- Oui ? Tu as quelque chose à dire ? Je t'écoute.
- Pff, ferme-la.
Winston sortit en grognant de la salle de bain pendant que Daniel y mourrait de rire. Il entra dans sa cuisine et était sur le point de se servir un bol de céréales quand il se souvint que, grâce au génie de Daniel, il s'était déjà brossé les dents, et il détestait manger après s'être brossé les dents.
- Super, marmonna-t-il. Pour une fois que j'ai faim le matin, je ne peux pas manger !
- Alors, qu'est-ce qu'on fait, aujourd'hui?! Demanda Daniel en rentrant dans la pièce.
- Ce qu'on va faire, c'est que TU vas rentrer chez toi et me laisser tranquille !
- Mais euh~!
- Quoi, « mais euh » ?!
- Mais j'ai envie de rester avec toi!
Daniel bouda et croisa ses bras, exactement comme ferait un enfant de 5 ans.
- Arrête de faire le gamin, Daniel, souffla Winston. Aujourd'hui, j'ai des tas de choses à faire !
- Je pourrais peut-être t'aider !
- Non, tu ne peux pas !
- Pourquoi ?!
- Parce que !
- Ce n'est même pas une réponse.
- Je vais finir par perdre patience.
- Et alors ? Quelques minutes de relâchements ne te feront aucun mal.
- Dégage de chez moi.
- Non.
- Si.
- Non.
- Si. Sérieusement. Et tout de suite ou je sens que je vais tuer quelqu'un.
Ce fut à ce moment-là que le ventre de Daniel se mit à gargouiller et à remplir la cuisine de grondements honteux.
- Hum... Je n'ai pas trop eu le temps de manger hier soir, lança Daniel.
Winston soupira longuement avant de se diriger vers son frigo et d'en sortir la brique de lait. Puis il prit un bol dans son étagère, le remplit de céréales auxquels il rajouta un peu de lait et le plaça devant Daniel :
- Tiens, lui dit-il. Tu partiras plus tard.
Lorsque ses yeux croisèrent ceux de Daniel, son cœur ne pût s'empêcher de battre plus fort. Daniel le fixait avec tellement de tendresse dans le regard que cela faisait scintiller ses magnifiques perles bleues.
- Oh, Winston... Peu importe à quel point je t'énerve, tu te préoccupe toujours de moi.
- Non, ce n'est pas–
Tout à coup, Daniel se leva de sa chaise, ce qui coupa la parole à Winston, et marcha (couru presque), vers celui-ci avant de mettre une main dans ses doux cheveux bruns, d'attirer sa tête vers la sienne puis de fermer les yeux et de–
- N'y pense même pas, Daniel.