Chapitre 3

2166 Words
-         N'y pense même pas, Daniel.     Winston mit une main sur le front de Daniel et le repoussa rapidement en arrière.     -         Est-ce que tu peux arrêter de tout le temps essayer de m'embrasser ?! Grogna-t-il en s'éloignant de Daniel. -         Pourquoi ? -         Parce que je n'aime pas ça ! -         Tu n'aimes pas l'idée que quelqu'un t'embrasse ? -         Non, je n'aime pas l'idée que tu m'embrasse !     Daniel bouda à cette réponse.     -         Pourquoi?  Je ne suis pas attirant ? -         Ça n’a rien avoir avec le fait que tu sois attirant. C'est juste que je n'ai pas envie que tu m'embrasse, c'est tout. -         Donc tu me trouves attirant ?   Winston trouva le sourire sournois de Daniel plus agaçant que jamais.     -         Oui, répondit-il tout de même d’un ton irrité.     À quoi bon le nier? Après tout, il ne serait pas mannequin s'il était moche.     -         Alors pourquoi tu ne veux pas m'embrasser ? Demanda Daniel.     Un grand et long soupir s'échappa de la bouche de Winston. Quand il discutait avec Daniel, il avait toujours l'impression de parler à un enfant.     -         Je n'ai pas... Commença Winston. Soupir. Je ne veux pas embrasser quelqu'un pour qui je n'ai aucun sentiment... Amoureux. Tu comprends ?     Daniel croisa ses bras et le fixa d'un air amusé.     -         Ne me dis pas que tu attends « l'homme de ta vie » ? -         Hm... Si, en quelques sortes. -         Donc, le jour où tu me laisseras enfin t'embrasser, ça signifiera que tu seras tombé amoureux de moi ? -         Soupir. Probablement. Espérons que ce jour n'arrive jamais... -         Moi, je l'attendrai avec beaucoup d'impatience. -         Oui, c'est ça. Maintenant, continue à manger, que tu puisses déguerpir d'ici rapidement. -         Si je ne te connaissais pas mieux, j'aurai pensé que tu as envie de me chasser de chez toi. -         C'est le cas. J'ai très envie de te chasser. -         Oh, Winston... Là, tu me fais vraiment de la peine. -         Je m'en fiche. -         Je te signale que mon appartement est toujours infesté d'araignées. -         Daniel, il ne peut pas y avoir d'araignées chez toi. Pourquoi y aurait-il des araignées dans un immeuble aussi luxueux ? Même dans le mien, il n'y en a pas ! -         Mais j'en ai vu, de mes propres yeux ! Je ne suis pas dingue, quand même ! -         OK, OK, je te crois ! Je vais appeler quelqu'un et voir ce qu'on peut faire pour régler ce problème le plus vite possible. -         Merci, mon chéri. Même si je sais que tu fais tout ça pour que je parte de chez toi. -         Oh mon Dieu, tu viens de me démasquer ! Lança Winston d'un ton faussement apeuré.     Daniel roula des yeux avant de se rassoir sur sa chaise et de manger ses céréales. Winston, lui, alla chercher l'annuaire téléphonique et composa le numéro d'une quelconque équipe en désinfection.     Ça ne prend pas beaucoup de temps de désinfecter une maison, si ? Je suis sûr que ça ne durera que quelques heures, une demi-journée tout au plus.     ****     Le cœur de Winston faillit lâcher sous l'effet du choc.     -         Comment ça, ça prendra une semaine ?! Cria-t-il. -         Vous m'avez très bien entendu, monsieur, répondit l'un des spécialistes qu'il avait fait venir chez Daniel. Apparemment, cet appartement n'est pas seulement infesté d'araignées mais aussi de termites. Il va falloir les exterminer également, si vous tenez à ce que vos meubles restent en bon état. -         Mais ça doit vraiment prendre toute une semaine ?! Déglutit Winston. -         Oui, monsieur. Ça va durer à peu près sept ou huit jours, sans parler du fait que ça risque de coûter plus cher. Je serai vous, je commencerai à emballer mes affaires. -         Très bonne idée, répondit Daniel avant de s'engouffrer dans l'appartement.     Winston se gratta nerveusement la tête avant de s'approcher lentement l'homme avec qui il était en train de parler. Celui-ci le regarda en levant un sourcil.     -         Hum... Commença Winston. Vous êtes sûr que ça ne peut pas durer moins longtemps ? -         Oui, parfaitement sûr. Je suis un pro, faites-moi confiance. -         Si c'est un de vos plans pour avoir plus d'argent, je peux vous payer le double, non, le triple de ce que je vous dois! Je serai prêt à vous donner tout l'or du monde et même mon âme, mais je vous en supplie, faites en sorte que ça dure moins longtemps !     Ne m'obligez pas à vivre avec Daniel pendant toute une semaine !     Le monsieur éclata de rire, surement à cause du ton désespéré que Winston ait utilisé en lançant sa phrase.     -         Je regrette mais je ne peux rien y faire, répondit-il. Allez, une semaine, ce n'est pas très long.     Winston avait envie de se laisser tomber au sol et de fondre en larme, mais il se retint, évidemment.     Une semaine, pas très long?! Ça fait sept jours, cent soixante-huit heures, dix mille quatre-vingt minutes et six cent quatre mille huit cent secondes ! Pardon mais je trouve ça très long, moi !     -         WINSTON ! Cria Daniel.     Winston soupira.     -         Et je vais devoir supporter ça pendant une semaine ? Se plaignit-il. -         Vous ne vivez pas déjà ensemble ? Demanda le monsieur. -         Hein ?! Non, pas du tout ! -         Oh. Mais ce n'est pas votre petit ami ? -         Quoi– NON ! Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?! -         Je ne sais pas, vous aviez juste l'air proche. -         Oui, et bien on ne l'est pas tant que ça alors arrêtez de le penser ! -         D'accord, si vous le dites.     Le monsieur avait dit ça mais il avait ce petit sourire en coin sur le visage qui disait à Winston qu'il ne le croyait pas du tout, ce qui ne fit que l'agacer encore plus.     Mêlez-vous de ce qui vous regarde, d'abord !     Winston abandonna le monsieur à ses occupations et pénétra dans l'appartement en bougonnant que les gens voyaient de l'amour partout, de nos jours. Il entra sans frapper dans la chambre de Daniel et vit celui-ci en train d'essayer péniblement de fermer une valise qui avait l'air d'être déjà bien remplie.     -         Tu en as mis, du temps ! Lui dit Daniel. Aide-moi à fermer cette valise. -         Attends, mais qu'est-ce que c'est que ça ?! -         Euh, je viens de le dire : c'est une valise. -         Je ne parle pas de ça mais de TOUT ça ! Comment tu as fait pour remplir toutes ces valises ?!     Il y avait au moins huit valises (et pas des petites) dans la pièce, sans compter celle qu'il essayait de fermer. Daniel lui lança un petit sourire charmeur.     -         Tu sais, commença-t-il, quand on est un mannequin célèbre et pourchassé par les médias comme moi, on se doit d'être bien habillé et à la pointe de la mode, tout le temps. Ces vêtements sont mes petits trésors, je ne peux pas les abandonner ici.     Cela fit rouler Winston des yeux.     -         En attendant, on n'a qu'une seule voiture alors à moins que tu sois prêt à faire le va et vient entre ici et ton hôtel, tu vas devoir laisser quelques-uns de tes trésors au bercail. -         Mon hôtel ? -         Oui, ton hôtel.     Oui parce qu'en fait personne n'a dit qu'il avait à habiter avec moi ! Il peut dormir à l'hôtel ! Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ?! Ouf, un grand merci à ceux qui ont inventé les hôtels, vous m'avez sauvé de toute une semaine de torture !     La phrase "vous m'avez sauvé" tourna en boucle comme une douce mélodie dans la tête de Winston et celui-ci s'imagina au paradis, habillé tout en blanc, avec pleins de petits anges autour de lui qui chantonnaient "vous l'avez sauvé" en refrain de sa chanson. Ce fut le claquement de deux doigts qui apparurent comme par magie devant ses yeux qui le fit revenir sur terre.     -         Ouh, Winston ! Ici la terre ! -         Hm ? Ah oui. Je disais donc : tu vas dormir à l'hôtel. -         Mais pourquoi ?! -         Parce que je n'ai pas envie de t'avoir sur mon dos pendant toute une semaine. -         Mais Winstoooon ! Je te promets que je serai aussi sage qu'une photo prise par Anse Adams ! -         Non, Daniel. Tu vas dormir à l'hôtel, un point c'est tout. -         Dormir à l'hôtel, pendant sept jours? Ça risque de me ruiner ! -         Ça, c'est si tu dors dans un hôtel cinq étoiles. Je connais plein de petits endroits où tu pourras loger pendant une semaine sans te ruiner. -         Comme ton appart', par exemple ? -         Non, mon appart' est totalement hors-budget pour toi. -         Rien n'est hors-budget pour moi, Winston. -         Si. Mon appartement. -         Soupir. S'il te plait, laisse-moi rester avec toi ! -         Mais pourquoi est-ce que tu tiens tellement à rester moi ?! -         Parce que tu es le seul ami que j'ai. -         Tu as des tas d'amis qui accepteraient volontiers de te loger, même pour toujours. Et puis, tu as un grand frère, non ? Tu n'as qu'à aller habiter chez lui. -         Je te rappelle qu'il est marié et père de famille. Et puis, ce n'est pas trop l'amour fou, entre nous. -         Et entre nous, c'est l'amour fou ?!     Daniel sourit.     -         Évidemment, même si tu n'es pas encore prêt à l'avouer, pour le moment. -         Soupir. Crois ce que tu veux. Quoi qu'il en soit, tu ne peux pas rester avec moi. Comme je te l'ai déjà dit, j'ai une montagne de paperasse à régler, et je dois le faire ce week-end vu que la semaine prochaine je travaille. Tel que je te connais, je risque de passer ces deux petits jours de liberté à te baby-sitter, et ça, c'est hors de question. -         Je te laisserai toute la semaine prochaine pour régler tes affaires et je te payerai le double de ton salaire pour que je puisse dormir chez toi.     Winston ouvrit la bouche, prêt à lui balancer un grand "non" à la figure, mais réussit in extremis à bloquer sa voix et se mit à réfléchir.     Une semaine de liberté ? C'est vrai que, dans ma situation, avoir plus de temps libre ne serait franchement pas de refus... Et puis, qui au monde déclinerai un congé et une augmentation ?!     -         Hm, dit-il. Tu sais que ça te coûtera beaucoup plus cher de doubler mon salaire que de dormir sept jours dans un hôtel cinq étoiles ? -         Qui s'en soucie ? -         Euh, toi, Daniel ! Toi, qui ne voulais pas te ruiner ! -         Je pourrai donner tout ce que j'ai pour toi, mon Winston.     Winston le fixa sans rien dire pendant quelques secondes.     Pendant un moment... Il avait l'air... ...Non, non, non, Winston ! Je t'interdis d'avoir ce genre de pensées ! Tu sais mieux que quiconque où ça risque de te mener et c'est juste hors. De. Question !      Il se gifla mentalement pour se remettre les idées en place puis reporta son attention sur Daniel.     -         C'est d'accord. Mais attention, Daniel. Il y a certaines règles chez moi et je tiens à ce que– -         Merci, merci, merci, Winnie !     Avant même qu'il ait le temps d'y penser, Daniel se jeta sur lui et le serra fortement dans ses bras. Winston essaya de se libérer mais Daniel l'enlaçait si fort que s'il avait été un œuf, il serait déjà en miette à ce moment-là.     -         Tu m'étouffe! Réussit-il à prononcer contre le torse de Daniel.     Daniel déposa un grand b****r bruyant sur sa joue et le relâcha.     -         Je m'occupe de faire descendre les valises! Lança-t-il joyeusement avant de courir hors de la pièce en direction d'on ne sait où.     Winston secoua sa tête dans un geste de désapprobation mais ne pût empêcher un petit sourire d'apparaitre sur son visage.     Sérieusement, qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de lui ?     ****     Winnie roulait silencieusement en direction de chez lui, avec Daniel assit à sa droite et les huit valises (qu'ils ont par on ne sait quel miracle réussit à tasser dans la voiture) à l'arrière. Daniel chantait et bougeait de la tête sur une chanson qui passait à la radio, et Winston ne pût s'empêcher d'éclater de rire quand il essaya d'attraper une note trop haute pour sa voix grave et qu'il sortit un son ressemblant drôlement au cri d'un cochon qu'on égorge. En fait, Daniel chantait affreusement faux.     -         Et ben dis donc, fit Winston. Tu as de la chance d'avoir un joli visage ! -         Je ne sais pas si je dois prendre ça comme un compliment ou une insulte. -         Ce n'est pas un compliment.     Daniel croisa ses bras et se tourna vers lui en levant un sourcil.     -         Tu penses que tu peux chanter mieux que moi? Demanda-t-il avec amusement. -         Oh, bien sûr que non! Répondit ironiquement Winston. Ta voix est tellement cristalline, c'est incroyable. Tu n'aurais pas pris des cours de chant, par hasard ? -         C'est ça. Moque-toi de moi, Winston. Mais rira bien qui rira le dernier. N'oublie pas que je suis ton boss. -         Ah, c'est vrai...     Daniel ria de bon cœur. Ils continuèrent à discuter comme ça, joyeusement, tout le long du trajet et celui-ci ne pût que se sentir légèrement soulagé de constater que, quelques fois, il passait quand même de bons moments avec Daniel.     Peut-être que je ne vais pas le regretter, finalement.     Juste à  l'instant précis où il a pensé ça, il sentit la main de Daniel se poser sur sa cuisse et la caresser doucement.     -         On va bien s'amuser, Winston, lança aguicheuse ment Daniel.     Un long soupir s'échappa de Winston.     Je vais le regretter.
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