GABRIEL L’aube s’est levée, mais je ne l’ai pas vue venir. Toute la nuit, je suis resté allongé, les yeux grands ouverts, les mains croisées sur ma poitrine comme un mort veillé par lui-même. Chaque tic-tac de l’horloge s’est abattu sur moi comme un coup de marteau. La nuit m’a paru sans fin, interminable, comme si le temps avait juré de m’étrangler avant de me livrer au matin. Sur le bureau, la lettre repose encore. Son sceau, froid, sec, semble veiller sur moi avec un jugement muet. Elle n’est qu’un rectangle de papier, et pourtant elle pèse sur ma poitrine comme une pierre tombale. J’ai tenté de la fuir en fermant les yeux, mais elle s’imposait toujours, là, brûlante, m’appelant. Lorsque enfin j’entends les premiers bruits de la ville , un chariot qui grince sur les pavés, un marchan

