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2363 Words
Je tiens à préciser que je n'ai Jamais lu racine encore moins '' Bérénice '' donc toute interprétation faite dans ce chapitre n'est que l'œuvre de mes recherches personnelles. Désolée de ne plus être régulière j'ai trop charges et je me suis liée d'amitié avec le syndrome de la page blanche donc c'est difficile de préparer mes chapitres à l'avance comme avant. ❤️ Bonne lecture ❤️ PS: titre du chapitre : ¿ Titus aimait-il Bérénice ? I'm Emzy ✍️ Le Doyen était sorti et lorsqu'il revint, ce fut accompagné de deux silhouettes qui firent sursauter toute l'assemblée. Les yeux en ronds, Nora observa pétrifiée la scène qui se déroulait devant elle. Non, ça ne pouvait pas être vrai, c'était sûrement une blague ou un cauchemar. Elle rejetait la réalité et ne voulait pas croire qu'effectivement, Ruslan se trouvait devant elle, plus beau que le diable. Nikolaï était comme invisible, seul son frère comptait pour elle. La jeune femme détestait la façon dont ses yeux s'étaient connectés au sien, le bond qu'avait fait son cœur. Une colère sournoise s'insinua dans ses pores, elle se rappela une énième fois tout le mal qu'il lui avait fait et si ce n'était pas pour éviter d'être à la une des commérages du campus, elle aurait quitté la salle. — Nous recevons aujourd'hui les représentants de la famille Petrov qui a fait un don incommensurable à l'université, monsieur Nikolaï Petrov et son frère Ruslan Petrov. Ces deux messieurs participeront à notre cours aujourd'hui, annonça le professeur Garcia. Des applaudissements s'élevèrent, mélangés à des sifflements, un bruit infernal qui faisait souffrir le martyre aux tempes de Ruslan. Mais il supporta parce qu'il ne voulait pas rater cette occasion de la voir, d'être à ses côtés, même séparés par une vingtaine de mètres. La première chose qu'il avait fais quand son pied avait touché le sol de l'amphi était de la chercher, et instinctivement, ses yeux avaient trouvé les siens, même cachée derrière une centaine d'étudiantes. Comme deux âmes en symbiose, elle lui avait communiqué par ses yeux qui le toisaient, toute sa colère. Et même s'il était blessé de savoir que le mal qu'il lui avait fait était si profond, il comprenait et ne lui en tenait pas rigueur. Il allait réparer ses fautes et remettre de la lumière dans ses iris qui seuls avaient le secret pour le fasciner autant et le piéger comme un insecte sur une toile d'araignée. Le professeur les informa de l'œuvre du jour et il faillit éclater de rire, le hasard faisait bien les choses. Bérénice et Titus, Nora et Ruslan, Deux amours interdits. Mais contrairement à l'œuvre de Racine, la fin ne serait pas tragique, il se le jura. Titus reconnaîtrait ses fautes et se battrait pour son amour pour sa Bérénice... Sa Nora. *** Ruslan et Nikolaï avaient pris place derrière la table du professeur Garcia, resté debout pour faire son cours, sur les chaises qu'on leur avait amenées. — De nombreuses personnes, après avoir lu l'œuvre ou la regardée, se sont posées des questions sur les réels sentiments de Titus envers Bérénice. Ce dernier l'aimait-il vraiment ? Il ne faut pas se focaliser uniquement sur les écrits de l'auteur pour se forger une opinion ; en tant qu'étudiants en littérature, vous devez faire votre propre analyse pour fonder votre conviction. Elle peut être à l'opposé de la pensée de l'auteur, ce qui ne rend l'analyse que encore plus intéressante. Alors, que pensez-vous de l'amour de Titus pour Bérénice ? Le professeur fit le tour visuel de ses étudiants pour choisir celui qui serait le plus amène à mener ce débat. Mais il ne prit aucun de ceux qui avaient levé la main et porta son choix sur la meilleure de ses étudiantes... — Mademoiselle Adams ? Qu'en pensez-vous, Titus aimait-il réellement Bérénice ? La jeune femme fut surprise que le professeur lui pose la question à elle, de nombreux étudiants avaient manifesté leur envie de partager leurs avis contrairement à elle. Elle jeta un œil troublé à Asia qui lui répondit d'un simplement haussement d'épaules. N'ayant pas d'autre choix, elle se leva tremblante de devoir prendre la parole devant les deux frères et se racla la gorge avant de répondre. — Je... je pense que Titus n'aimait pas Bérénice. Cela venait de plus profond de son cœur, de toute la colère qu'elle ressentait contre Ruslan pour l'avoir déçue. Elle aurait aimé suivre le raisonnement de Racine, mais c'était plus fort qu'elle, elle voulait d'une certaine manière qu'il sache ce qu'elle ressentait. — Okay, en voilà un raisonnement intéressant. Et dites-nous pourquoi vous pensez ainsi ? Nora s'arma de courage en gonflant ses poumons de toute l'air de la salle, le cœur en plein marathon contre la panique qui la gagnait déjà. — Je pense pour ma part que quand on aime, on doit être prêt à se battre pour cet amour, ce que Titus n'a pas fait. Plus elle parlait et plus elle prenait courage et pouvait affronter le regard de Ruslan, son interlocuteur secret. Elle sentait ses yeux sur elle et même si elle avait peur de se laisser emporter par ses émotions, elle le supporta. — Plusieurs éléments le montrent. Je peux citer : - La fin de leur relation : Titus a finalement renvoyé Bérénice de Rome, ce qui pourrait indiquer qu'il n'était pas aussi attaché à elle qu'on le pensait. - Le manque de mariage : Malgré les promesses de mariage, Titus et Bérénice ne se sont jamais mariés. Cela pourrait indiquer que Titus n'était pas sérieux dans ses intentions ou qu'il n'était pas prêt à faire face aux conséquences politiques d'un tel mariage. - Les autres relations de Titus : Il y a des indications que Titus avait des relations avec d'autres femmes pendant son règne, ce qui pourrait suggérer qu'il n'était pas exclusivement attaché à Bérénice. - La distance émotionnelle : Certains historiens suggèrent que Titus était plus attaché à son pouvoir et à son statut qu'à Bérénice elle-même, ce qui pourrait indiquer une certaine distance émotionnelle dans leur relation. Ruslan avait compris qu'il ne s'agissait pas de l'œuvre et qu'elle parlait de leur relation. Et si c'est ainsi qu'il devait lui prouver qu'il l'aimait, alors il relèverait le défi. — Moi, je pense le contraire, dit-il d'un calme olympien. Son intervention effara Nora, qui ne s'y attendait pas et aurait souhaité qu'il ne dise rien. Toutefois, au fond d'elle, elle voulait bien savoir ce qu'il avait à dire pour sa défense, car elle savait qu'il avait compris son manège. Ruslan se leva, son regard fixé sur Nora, et commença à parler avec conviction. — Je pense que s'il ne l'aimait pas, il n'aurait jamais entretenu de relation avec elle au risque de se faire désavouer par son peuple. — Eh bien sachez que Titus était donc un homme lâche si son amour pour cette pauvre Bérénice était réel. Comme le dit Simone de Beauvoir «Aimer, c'est se mettre en danger, se livrer à l'autre». Titus n'avait pas assez de cran pour se battre pour celle qu'il appelait son amour et a préféré son pouvoir. — Tout le contraire de Romeo, Éluda t-il. — Effectivement. Roméo est l'incarnation du courage, ses sacrifices sont nombreux : Tout d'abord, il renonce à sa famille et à son nom pour être avec Juliette, la fille des Capulet, la famille rivale des Montaigu. Ensuite Il se marie avec Juliette en secret, ce qui signifie qu'il doit abandonner sa vie publique et ses relations avec sa famille. Et il se sacrifie finalement pour Juliette en buvant un poison pour éviter d'être capturé et emprisonné, ce qui permet à Juliette de s'échapper. — Ces sacrifices montrent l'amour profond et la dévotion de Romeo pour Juliette, ainsi que sa volonté de protéger celle qu'il aime, tout le contraire de Titus! — Laissez moi vous détromper. Titus lui aussi a pris de nombreux risques avant même le début de sa liaison avec Bérénice. Oscar Wilde dit je cite : «Le courage est de continuer à aimer, même lorsque l'on sait que l'on sera blessé». Titus savait qu'en tant que roi de Rome et elle, reine de Judée, leur amour était presque impossible. Cependant, Il a pris des risques pour être avec elle, malgré les obstacles politiques et sociaux. Il a choisi de suivre son cœur, même si cela signifiait aller à l'encontre des attentes de son peuple et de sa famille. C'est un acte de courage, pas de lâcheté. Il prit une pause, inspira pour décanter ses émotions qui commençaient à prendre le pas sur sa logique et pourrait le trahir puis continua : — Je pousserais le bouchon un peu loin en disant qu'il avait anticipé cette fin tragique de leur histoire, mais cela ne l'a pas empêché de leur donner une chance, en sachant qu'il la perdrait peut-être. — Il s'est donc joué de Bérénice et lui a fait de fausses promesses en sachant pertinemment que leur amour avait de grandes chances de ne pas être accepté par son peuple ! Ruslan secoua la tête, son regard intense fixé sur Nora. — Non! Tout comme Romeo, il a fait des sacrifices. Il montre du courage en acceptant de renoncer à Bérénice pour des raisons d'Etat , même si cela lui coûte beaucoup personnellement. Titus est également un homme qui a lutté contre ses propres sentiments et ses désirs pour faire ce qu'il croit être son devoir envers l'État et envers lui-même. Il est prêt à renoncer à son bonheur personnel pour faire ce qui est juste. — Donc, oui, Titus est un homme courageux, mais son courage est également accompagné d'une grande douleur et d'un profond sens du devoir. — « L'amour est le seul courage qui ne soit pas suivi de regrets », dixit Victor Hugo, conclut-elle, pas du tout impressionnée par les arguments avancés par son ancien amant. La colère la rendait aveugle et sourde, mais aussi insensible au désespoir de ce dernier dans sa plaidoirie. Elle se tenait face à lui, ses yeux flamboyants de colère et de douleur. Elle était blessée, elle se sentait trahie. Ruslan était debout, son regard brûlant d'intensité, son cœur battant à tout rompre. Il savait qu'il jouait peut-être sa dernière carte, qu'il devait convaincre Nora que son amour était sincère. Tout au long de leur débat, il avait parlé avec un feu intérieur, un désir ardent de faire comprendre à Nora que l'amour vrai ne connaît pas de limites. Toute la salle avait suivi, scotchée mais aussi épatée, leur échange, mots leurs volant comme des flèches, chacun cherchant à toucher l'autre au plus profond de son âme. Même Nikolaï en était resté coi, il n'aurait deviné que son frère avait d'aussi grandes connaissances en littérature. Les deux anciens amants venaient de donner un spectacle que le professeur ne voyait pas tous les jours, et il aurait été ravi que ses cours se passent ainsi tous les jours. À chaque fois que l'un prenait la parole, on pouvait sentir leur volonté à faire flancher l'autre, à défendre corps et âme leurs postures. Le professeur Garcia croyait voir Titus et Bérénice ressuscités, et il était sûr que si on avait donné la chance aux deux amants antiques de s'expliquer, le débat se serait passé textuellement ainsi, le passage de Roméo remplacé par Pyrame ou Orphée. Le professeur sourit, satisfait de la passion et de l'intelligence de ses étudiants. Il savait que ce débat resterait gravé dans les mémoires de tous, et qu'il avait été témoin de quelque chose de spécial. Il se demanda ce que l'avenir réservait à ces deux jeunes gens, qui avaient montré tant de passion et de conviction dans leur débat. Ce qui était sûr, les deux amants n'avaient laissé personne indifférent et avaient en plus des paroles transmis des émotions. Le cours s'acheva, et le professeur Garcia remercia Nora et Ruslan pour leur passionnante intervention. Les étudiants applaudirent spontanément, reconnaissant la qualité du débat. Nora sortit précipitamment de la salle, suivie par Ruslan qui la poursuivit jusqu'au parking. — Arrête de me suivre ! Lui intima-t-elle, agacée. — Je veux juste te parler, lui répondit Ruslan, déterminé. Nora se mordit la lèvre, frustrée, et lui dit : — Nous nous sommes déjà tout dit à l'intérieur. — Nous devons parler posément, je... commença Ruslan, mais Nora l'interrompit. — Laisse-moi tranquille, Ruslan. Toi et moi, c'est fini, c'est toi-même qui l'as dit. Alors laisse-moi vivre. Ruslan fit un pas vers elle, mais Nora le stoppa d'un geste ferme. — Garde tes distances. Je ne veux plus de toi dans ma vie, Ruslan Petrov. Ni entendre ce que tu as à me dire. Ruslan comprit qu'il n'arriverait à rien ce jour-là et déposa les armes. Il regarda Nora s'éloigner, la douleur lui étranglant la gorge. Il savait qu'il avait encore du travail à faire pour regagner sa confiance. Le professeur le rejoignit sur le parking quelques secondes après le départ de Nora, suivi de Nikolaï. — Je tenais à vous remercier de l'accueil que vous avez réservé à mon étudiante pendant son séjour en Russie, dit le professeur. Ruslan le regardait avec lassitude, ne voulant pas aborder le sujet. Mais le professeur continua : — Vous savez, Nora est une jeune femme qui a des difficultés à sortir de sa zone de confort. En lui donnant ce devoir, j'avais espéré qu'elle sorte son nez de ses bouquins et vive un peu. Vraiment, merci de lui avoir accordé cet entretien, j'avoue que je croyais qu'elle n'y arriverait pas. Ruslan était abasourdi. L'entretien était pour Nora ? Il regarda Nikolaï, qui semblait tout aussi dérouté. — L'entretien, c'était pour elle ? demanda Ruslan, incrédule. — Mais oui, je leur avais donné un exercice particulier. Mes étudiants en journalisme devaient étudier des œuvres, les critiquer, et pour ceux de littérature, faire des entretiens sur un sujet ou avec une personnalité précise. Et c'est tombé sur vous... Ruslan n'écoutait plus. Il était sous le choc. Nora lui avait menti, elle s'était moquée de lui pendant tout ce temps. Furieux, il les laissa à nouveau en plan et gagna sa voiture pour partir, l'esprit embrumé par le brouillard obnubulant de la trahison .
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