J’étais à la fois heureuse et étonnée par sa proposition.
— Pourquoi pas ? répondis-je d’une voix que je voulais naturelle.
— J’espère que ton fiancé n’aura aucun problème avec mon invitation, lança-t-il avec un sourire en coin.
Mon cœur fit un bond.
— Non, aucun problème.
— Vraiment ? reprit-il. Tu es une très belle femme… À sa place, je serais fou de jalousie.
Ce mot-là, prononcé avec tant de naturel, me fit rougir. Heureusement qu’il n’était pas à côté de moi, sinon j’aurais été incapable de cacher mon trouble.
— Eh bien… tout simplement parce que je n’ai pas de fiancé, dis-je enfin. Et toi, tu es fiancé ?
Un silence s’installa, suivi de sa voix grave :
— Oui… depuis quelques semaines.
Il y avait dans son ton une nuance que je n’arrivais pas à définir. Était-ce de la lassitude ? De la déception ? En tout cas, je sentis la mienne, inattendue, me serrer le cœur.
— Félicitations, réussis-je à dire.
— Je te laisse à tes occupations, je ne veux pas t’embêter davantage.
— Et qui t’a dit que tu me dérangeais ?
— Déjà parce que tu ne dis plus rien.
— C’est juste… que j’ai un petit creux, avouai-je pour détourner la conversation.
Apprendre qu’il était fiancé était déjà assez difficile à digérer.
— Tu as raison, je dois y aller, repris-je. J’ai super faim.
— Très bien. Ce fut un plaisir de te parler. Bonne nuit, chère amie… si je peux utiliser ce mot pour définir notre relation.
Cela aurait dû me réjouir. Mais pourquoi ce mot ami sonnait-il comme une défaite ? Pourquoi étais-je déçue ?
— Bien sûr, Will. Mon ami… Et au fait, comment as-tu eu mon numéro ?
— Ton assistante me l’a donné avant que je quitte la banque.
Anaïs ! J’avais envie de l’étrangler… mais aussi de la remercier.
— Bonne nuit à toi aussi, Will. À demain.
— J’ai hâte d’être à demain…
Je souris malgré moi à cette petite remarque. Je n’avais pas envie de raccrocher, comme si je voulais encore l’entendre, encore et encore. Mais je finis par murmurer :
— Au revoir…
Un au revoir chargé de sous-entendus.
Après avoir raccroché, je restai figée, le téléphone toujours à l’oreille, incapable de le reposer. Comme si j’attendais un dernier appel. La sonnette de ma porte me ramena à la réalité : c’était le livreur.
Je touchai à peine à mon repas. Moi qui avais juré avoir faim quelques minutes plus tôt… Puis, après avoir vaguement regardé la télévision, je me glissai dans mon lit. Le sommeil tarda à venir. L’image de Will, son sourire, ses yeux, tournaient en boucle dans ma tête.
Au matin, mon réveil sonna comme d’habitude. Jogging, café, douche : mon rituel ne changea pas. À huit heures, j’étais déjà en route pour le travail. Mais une étrange nervosité me rongeait. Le seul rendez-vous qui me stressait aujourd’hui… c’était celui avec Will.
Dès que j’arrivai à l’étage, la première personne que je vis fut Anaïs, fidèle à elle-même, me rappelant mes rendez-vous de la journée.
— C’est tout ? demandai-je.
— Oui, je pense.
— Bien. Ferme la porte, je ne veux pas qu’on nous entende.
Elle obéit. Je croisai les bras, puis lâchai :
— Il m’a appelée.
Anaïs me regarda, interloquée.
— Qui ça ?
— Le pape… Mais enfin, Anaïs, Will !
— Oh… j’avais oublié de te prévenir. Désolée.
Je levai les yeux au ciel.
— Où en sont les recherches ?
— Dans ton tiroir.
— Bien. Est-il déjà arrivé ?
— Oui, depuis un bon moment. Il a même battu ton record.
Je restai un instant bouche bée. D’habitude, j’étais toujours la première cadre à arriver.
— Vraiment ? Bon… remets-toi au travail. Et préviens-moi quand il part déjeuner.
Une fois seule, j’ouvris le tiroir et sortis les dossiers. Mes recherches sur « monsieur beau mec », comme je l’avais surnommé, allaient enfin me révéler qui était vraiment William Anderson…