CHAPITRE 14 : Le Procès

1407 Words
L'ascenseur privé montait. 30ème étage. Je sortis mon téléphone. Mes mains ne tremblaient pas. C'était l'adrénaline de combat. Je pris en photo les trois pages les plus accablantes du contrat : le montant de la dette de William, la cession du terrain pour le gazoduc, et la signature de Charles. J'ouvris la conversation avec Sam. « Envoi de 3 images. » « Si je ne t'appelle pas dans une heure, envoie ça à Sabrina. Et ensuite, quitte la ville. » Sam répondit instantanément par un émoji crâne. Il avait compris. L'ascenseur afficha le 45ème étage. Je rangeai le téléphone, remis mon masque de marbre et ajustai ma veste. Je gardai les documents originaux dans ma poche. Ils étaient ma monnaie d'échange immédiate. Ding. Les portes s'ouvrirent. Le Penthouse était plongé dans une lumière tamisée. Pas de musique. Pas de domestiques. Juste le bruit du vent qui fouettait les baies vitrées. Victoria était assise dans son fauteuil en cuir blanc, jambes croisées, un verre de vin rouge à la main. Elle ne portait pas de tenue de nuit cette fois. Elle était en tailleur noir, stricte, prête pour le tribunal. À côté d'elle, debout près de la cheminée, Charles nettoyait un club de golf avec un chiffon. Le fer brillait à la lumière du feu. La menace était subtile, mais claire : il était là pour l'exécution physique si nécessaire. Mme. St-James : Entre, Noah, dit Victoria sans se lever. Magalie m'a dit que tu t'intéressais de très près à notre stratégie d'expansion énergétique. J'avançai jusqu'au milieu du salon, restant debout. Je ne m'assiérai pas. On ne s'assoit pas quand on est sur le banc des accusés. — Je m'intéresse surtout à la traite d'êtres humains, Victoria. Je ne savais pas qu'Optimum Corp s'était diversifié dans la vente de jeunes femmes contre des gazoducs. Charles arrêta de frotter son club. Il leva ses petits yeux porcins vers moi. — Attention à ce que tu dis, gamin. Tu parles de ma fille. — Justement, Charles. Je parle de votre fille. Celle que vous vendez à un escroc fauché pour éponger ses dettes de jeu et récupérer un terrain. 15 millions de livres ? C'est le prix de Sabrina ? Je pensais qu'elle valait plus que ça. Victoria posa son verre. Le choc du cristal sur la table basse résonna. Elle se leva et s'approcha de moi. Elle n'avait pas peur. Elle était furieuse. Mme. St-James : Tu es un idéaliste, Noah. C'est mignon, mais c'est stupide. Tu crois quoi ? Que le monde tourne grâce à l'amour ? Aux bons sentiments ? Elle s'arrêta à un mètre de moi. Mme. St-James : William est un idiot, oui. Mais il a un nom. Un titre vieux de quatre cents ans. Sabrina sera Comtesse. Elle sera protégée. Elle aura une position sociale qu'aucun de tes petits "sentiments" ne pourra jamais lui offrir. Et nous... nous assurons l'avenir de l'entreprise. L'avenir de la famille. — Elle va le détester. Elle va être malheureuse. Mme. St-James : Elle me remerciera plus tard ! cria-t-elle soudain, perdant son calme. Tu crois que j'étais heureuse quand j'ai épousé Charles ? Tu crois que c'était un mariage d'amour ? Le silence tomba. Charles grogna dans son coin, mais ne dit rien. La vérité éclatait enfin. Victoria avait été vendue, elle aussi. Et elle reproduisait le schéma. C'était une chaîne de douleur dorée. Mme. St-James : Donne-moi les papiers, Noah, dit-elle plus calmement, en tendant la main. Je reculai d'un pas. — Non. Si je vous les donne, je n'ai plus aucune garantie de sortir d'ici vivant. Charles s'avança, le club de golf à la main. Il le tenait comme une batte de baseball. — Tu crois que tu es en position de négocier, petit merdeux ? Tu as volé des documents confidentiels. Je peux appeler le commissaire maintenant et te faire coffrer pour espionnage industriel. Tu prendras dix ans. Ta carrière sera finie. Ta vie sera finie. — Faites-le, Charles. Appelez la police. Mais avant qu'ils arrivent, ces documents seront dans la boîte mail de Sabrina. Et dans celle du Journal de Montréal. Victoria leva la main pour arrêter Charles. Elle comprit que je ne bluffais pas. Elle connaissait ce regard. C'était le sien. Mme. St-James : Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle. De l'argent ? Une promotion ? Combien ? — Je veux que vous annuliez le mariage. Elle éclata de rire. Un rire sec, sans joie. — Impossible. Les contrats sont signés. L'argent a déjà été viré aux Caïmans. Si on annule, William garde l'argent et nous perdons le terrain. Optimum Corp fait faillite, Noah. Et si Optimum coule, tu coules avec nous. Elle s'approcha encore, envahissant mon espace vital. Elle posa ses mains sur mes épaules, ses yeux gris plongeant dans les miens. Elle changea de tactique. Elle passa de la menace à la séduction. Mme. St-James : Noah... réfléchis. Tu es brillant. Tu as de l'avenir. Tu es mon bras droit. Bientôt, tu seras mon associé. Charles prendra sa retraite... et il n'y aura plus que toi et moi pour diriger l'empire. Elle caressa ma nuque. Mme. St-James : Sabrina est une enfant gâtée. Elle s'en remettra. Elle aura ses châteaux, ses amants, sa vie dorée. Ne gâche pas ton destin pour une passade. Je sentis le piège se refermer. Elle avait raison sur un point : annuler le mariage maintenant détruirait l'entreprise. Je perdrais tout. Ma richesse, mon pouvoir, ma seule chance de monter assez haut pour être l'égal de ces gens. Mais je pensais à Sabrina. À son regard dans le bureau. "Je préfère la boue." — Je ne peux pas la laisser faire ça sans qu'elle sache, dis-je. Mme. St-James : Si elle sait, elle nous détruira tous, murmura Victoria. Elle est impulsive. Elle brûlera la maison avec nous dedans. Est-ce que tu veux ça ? Retourner à la case départ ? Redevenir un inconnu fauché ? Elle m'embrassa doucement sur la joue, près de l'oreille. — Donne-moi les papiers, Noah. Sois le témoin vendredi. Sois mon homme. Et je te promets que je te donnerai tout ce que tu as toujours voulu. Même elle... plus tard. Quand elle sera mariée et qu'elle s'ennuiera. Nous pourrons partager. Le dégoût me donna la nausée. Elle proposait de partager sa propre fille comme une marchandise. C'était monstrueux. Et c'était ma seule porte de sortie ce soir. Je devais survivre. Je devais sortir de cette pièce pour pouvoir agir. Si je disais non maintenant, Charles m'ouvrirait le crâne avec son club de golf et Victoria dirait que je l'ai agressée. Je plongeai ma main dans ma poche. Je sortis les documents froissés. Le visage de Victoria s'illumina de triomphe. Charles baissa son arme. Je tendis les feuilles à Victoria. Elle les arracha presque de mes mains et les jeta immédiatement dans le feu de la cheminée. Nous regardâmes les preuves brûler. Les chiffres, les signatures, le destin de Sabrina... tout partit en fumée. Mr. St-James : Sage décision, dit Charles en se resservant un verre. Mme. St-James : Tu vois, dit Victoria en me caressant la joue. Tu fais partie de la famille, maintenant. Pour le meilleur et pour le pire. — Je suis fatigué, dis-je d'une voix blanche. Je peux partir ? Mme. St-James : Bien sûr. Repose-toi. Tu as un discours de témoin à écrire. Fais quelque chose d'émouvant. Je me dirigeai vers l'ascenseur. Mes jambes étaient en coton. Dès que les portes se refermèrent, je m'appuyai contre le mur, tremblant de rage. J'avais donné les originaux. J'avais capitulé. Ils pensaient avoir gagné. Ils pensaient m'avoir acheté une seconde fois. Je sortis mon téléphone. Le message à Sam était toujours là. « Envoi de 3 images. » Je ne l'effaçai pas. Je composai un nouveau message pour Sam. « Garde-les. Ne les envoie pas. Pas encore. J'ai un meilleur plan. » Ils voulaient que je sois le témoin ? Très bien. Je serais le témoin. Le mariage était vendredi. J'avais quatre jours. Quatre jours pour transformer leur "Mariage du Siècle" en leur pire cauchemar. Je n'allais pas annuler le mariage. J'allais le saboter de l'intérieur, devant tout le gratin mondial. L'ascenseur arriva au parking. Je montai dans ma voiture. Je n'étais plus le directeur loyal. Je n'étais plus l'amant soumis. J'étais le Loup. Et cette fois, j'allais mordre à la gorge.
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