Chapitre 11 — Les ruines de Valcrys

895 Words
Valcrys n’apparaissait pas. Elle se révélait. La terre devenait plus sèche à mesure qu’ils approchaient, comme si la vie avait appris à éviter cet endroit. Les arbres se tordaient selon des angles impossibles, leurs feuilles ternes malgré la saison. Même les oiseaux se taisaient. Aelyra sentit la magie avant de voir les ruines. Elle n’était ni hostile ni accueillante — simplement ancienne, indifférente à ceux qui marchaient encore. — Nous entrons dans un lieu qui se souvient, murmura-t-elle. Kaël ralentit instinctivement, sa meute restant à distance comme convenu. Il n’aimait pas cet endroit. Ses instincts hurlaient, sa peau le démangeait sous une menace qu’il ne pouvait pas nommer. — Les pierres sentent la mort, grogna-t-il. Eryndor, lui, semblait presque… attentif. — Non, corrigea-t-il. Elles sentent les choix. Les ruines surgirent enfin entre deux collines éventrées : des arches effondrées, des tours brisées, des cercles gravés dans la roche noire. Une cité qui n’avait pas été détruite par la guerre, mais par quelque chose de plus précis. Une décision collective. — Valcrys était un sanctuaire de convergence, expliqua Eryndor. Sorciers, loups, vampires… tous liés par un serment ancien. Aelyra pâlit. — Un serment raté, murmura-t-elle. Dès qu’elle posa le pied dans l’enceinte, la magie réagit. Des symboles s’illuminèrent sous ses pas, reconnaissant en elle quelque chose qu’ils n’avaient pas vu depuis des siècles. Le lien rituel vibra violemment. Eryndor porta une main à sa poitrine. — Tu l’actives sans le vouloir. — Je ne fais rien, répondit-elle, troublée. C’est Valcrys qui me… répond. Kaël se plaça immédiatement près d’elle. — On repart. — Trop tard, dit Eryndor. La pierre gémit. Une onde invisible traversa les ruines, fermant l’accès derrière eux. Les arches se reformèrent partiellement, les fissures se resserrant comme des cicatrices inversées. — Nous sommes enfermés…, souffla Kaël. — Non, corrigea Aelyra, les yeux brillants. Nous sommes mis à l’épreuve. Ils avancèrent lentement jusqu’au cœur du site : une place circulaire dominée par un obélisque brisé. Autour, des statues à demi effacées représentaient des figures hybrides — ni totalement loups, ni tout à fait vampires, ni purement humaines. — Ils ont tenté l’équilibre parfait, murmura Aelyra. Et ils ont échoué. Une voix s’éleva alors. Pas forte. Pas menaçante. Inévitable. — Aelyra de la Confluence. Elle se figea. — Valcrys te reconnaît comme héritière du refus. Kaël sortit ses griffes. — Montre-toi. La pierre se fissura devant eux, laissant émerger une silhouette translucide, façonnée de lumière cendrée. Un ancien gardien, lié au lieu depuis sa chute. — Pourquoi sommes-nous ici ? demanda Aelyra. — Parce que le monde répète ses erreurs, répondit l’entité. Et parce que toi seule peux choisir si Valcrys doit renaître… ou disparaître à jamais. Eryndor fronça les sourcils. — Que signifie “renaître” ? — Une nouvelle Convergence, répondit le gardien. Instable. Définitive. Violente. Kaël secoua la tête. — Elle n’a pas à porter ça seule. Le gardien se tourna vers lui. — Aucun choix de cette ampleur n’est solitaire. Le sol trembla soudain. Aelyra porta une main à sa tempe, submergée par des visions. Des loups hurlant sous une lune écarlate. Des vampires consumés par une soif qu’ils ne contrôlaient plus. Des sorciers effacés de la trame du réel. Puis autre chose. Kaël, debout au milieu des ruines, brisé mais vivant. Eryndor, seul sur un trône de cendres, victorieux mais vide. Et elle… absente. — Non…, murmura-t-elle. — Chaque futur exige un sacrifice, dit le gardien. Kaël posa les mains sur ses épaules. — Regarde-moi. Elle releva les yeux vers lui, tremblante. — Valcrys veut que je choisisse qui doit survivre. — Alors refuse, grogna-t-il. Eryndor s’approcha à son tour, plus grave que jamais. — Ou redéfinis les règles. Aelyra ferma les yeux. La magie monta en elle, mais cette fois, elle ne la laissa pas déferler. Elle la canalisa. — Valcrys, dit-elle clairement, je ne répéterai pas votre erreur. L’obélisque vibra. — Alors offre ce que les autres ont refusé. — Quoi ? demanda-t-elle. Le gardien répondit sans hésiter. — Une perte immédiate. Un cri résonna. Trop humain. Trop proche. Kaël se retourna juste à temps pour voir l’un de ses éclaireurs — resté à l’extérieur mais lié par le sang — s’effondrer au sol, frappé par une force invisible. — NON ! rugit-il. Aelyra sentit la rupture se produire. Un prix payé sans appel. Le silence retomba brutalement. Les ruines cessèrent de trembler. — Le pacte est scellé, déclara le gardien. Valcrys t’accorde un sursis. Kaël s’effondra à genoux, le souffle brisé. Aelyra resta figée, le cœur en miettes. Eryndor ferma lentement les yeux. — Voilà donc le coût…, murmura-t-il. Le gardien commença à se dissiper. — Souviens-toi, Aelyra. Ce n’est que le premier. La présence disparut. Les arches s’ouvrirent de nouveau. Mais rien n’était plus pareil. Aelyra s’approcha de Kaël, posa une main tremblante sur son épaule. — Je suis désolée… Il ne la regarda pas. — Tu savais, dit-il d’une voix rauque. Et tu as quand même choisi. Elle sentit quelque chose se fissurer entre eux. Eryndor observa la scène, grave. — Les Anciens n’ont plus besoin de nous attaquer, dit-il. Valcrys a commencé le travail. Aelyra releva la tête, les yeux emplis de larmes qu’elle refusa de laisser tomber. — Alors je finirai ce que j’ai commencé. La cité morte les regardait partir. Et Valcrys, pour la première fois depuis des siècles… respirait de nouveau.
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