Suite chapitre X

5000 Words
quoi que ce soit. Ma fille Laura m’a été ce jour d’une grande utilité. Elle a fait de son mieux pour la persuader de m’épouser et elle a accepté de façon implicite. C’est pour cette raison que je l’ai envoyée avec ma fille vers votre bijouterie pour lui faire une surprise. Alors je te prie  de faire tout ce qui est nécessaire pour qu’elle soit comblée. Quant à ma fille, elle n’est pas si exigeante, mais  puisqu’elle  mérite le mieux,  donne lui ce qu’elle veut.       — Ok, mon ami, tes désirs sont des ordres, dit Milo en éclatant de rire comme à son habitude.       — Bien que ce proverbe dise charité bien ordonnée commence par soi-même, dit Mateo, toi, Milo, ta charité de cœur va en premier lieu à ceux que tu aimes et apprécies.        — Rassure-toi, mon ami, dit Milo, ces demoiselles seront bien accueillies et bien servies. Je sais comment m’y prendre avec les femmes. C’est mon métier et mon devoir de les traiter comme il se doit.      —  Je sais que tu es un vrai gentleman qui se comporte avec raffinement  et délicatesse vis-à-vis de ses clientes. Je sais que tu incarnes le portrait type d’une personne qui sait combiner courtoisie et gentillesse à l’égard d’une femme et je n’ai aucune raison d’en douter. Dis-donc, cher ami, c’est pour quand ta réception ?     —  Très prochainement. Avant que tu ne te maries, dit Milo en guise de plaisanterie amicale.      —  Et la sortie en forêt ? J’espère que ne l’as pas oubliée, dit-il.       —  Je n’oublie rien, dit Milo. Tout est programmé en tête et sur papier.      —  Dans ce cas, je te félicite de votre vigilance et te souhaite belle journée, dit Mateo avant de raccrocher.              Quand le traiteur a fini  sa conversation avec Milo, il donna le signal de départ à son chauffeur qui poireautait à l’intérieur de la voiture avec les deux demoiselles.              Sophie, qui n’avait rien compris à cette attente un peu longue, lui posa la question de savoir pour quelle raison, il était tenu à attendre l’appel du patron avant de prendre la route. Momo lui répondit :       — Le patron ne m’a rien expliqué. Il m’a seulement dit d’attendre son signal pour faire le départ. Comme tu le sais, je ne suis habitué à poser des questions et à m’immiscer dans des considérations qui ne sont pas de mon ressort. A vrai dire, cette attente était bénéfique pour moi qui ne souhaite pas conduire pendant les heures de pointe où l’embouteillage empêche la fluidité de la circulation.            — Alors, tant mieux ! dit Sophie. Mais peux-tu me dire où allons nous ?           —  Ne t’en fais pas Sophie, dit Laura. Mon père veut te faire une surprise à l’occasion de ton rétablissement.           Momo, qui connait ce genre de surprise venant de son patron, garda le silence et laissa Laura s’en occuper :    —  S’il ne t’a rien dit, c’est probablement pour te laisser le soin de découvrir son cadeau par toi-même. Où en sommes Momo ?     —  Nous sommes presque arrivés à notre point de destination, dit-il.      —  Moi, je connais cet endroit, dit Sophie. C’est exactement là où se trouve la grande bijouterie du fils des Louis.      —  Tu voulais dire monsieur Milo ? demanda Laura.      — Oui, oui ! dit Sophie. Maintenant, je commence à comprendre. Ton père veut appliquer les préceptes de ce proverbe qui dit qu’il faut frapper le fer quand il chaud.       —  Qu’est ce que tu veux insinuer, Sophie, demanda Momo en feignant de ne rien saisir.         —  Moi, dit Sophie, j’ai ma façon propre de comprendre les choses et je ne peux pour l’instant t’en faire part. Je pense que tu n’as pas à demander d’explication. Tu es major et vacciné et tu n’as pas  besoin  de clarification.              Sans prendre le temps de lui répondre, Momo passa directement au parking,  remisa la voiture, ouvrit les portières et dit :        — La bijouterie est ici, mesdemoiselles, vous pouvez descendre maintenant. Moi, je vous attends ici.          —  Merci de nous avoir amenées à cet endroit, dit Sophie. Je pense que  Milo est en train d’attendre notre arrivée.        —  Je n’en doute pas, dit Laura qui marcha à ses côtés. A propos,  Milo va prochainement organiser une réception chez à la maison des Louis. Je pense que, toi aussi, tu figures parmi ses invités les plus appréciés.        —  Tout comme ton père, cet homme m’apprécie beaucoup et je lui en suis très reconnaissante.        — Quand tu étais en convalescence, dit Laura, nous nous sommes parlé au téléphone et il m’a invitée à me rendre à sa bijouterie.       —   Et comment tu le trouves ? demanda Sophie.       —  D’après son expression et encore moins mon sixième sens,  dit-elle, je pense que c’est un gentleman doux et affable.        — Ton sixième sens ne t’a pas menti, dit Sophie. Ce monsieur est non seulement l’un des personnes les plus agréables et avenants, mais il est aussi l’homme le plus  convoité par certaines filles de notre bourgeoisie qui le désirent chacune à sa manière comme futur époux. Moi, je pense que vu ton charme, ta beauté  rayonnante d’esprit et de corps, tu mérites amplement cet homme. Si tu veux mon aide, je peux servir d’intermédiaire pour vous rapprocher l’un de l’autre. Grâce à mes contacts fréquents avec Milo, je crois avoir avec lui certaines affinités. Qu’en dis-tu ?               Laura, qui a été surprise par les compétences de la secrétaire, affichées dans ce genre de médiation, n’en crut pas ses oreilles et en guise de réponse à sa question, elle esquissa un sourire aimable à son endroit, qui en disait long sur son envie pressante d’être la future fiancée de Milo.               Dès leur entrée dans la bijouterie, les deux demoiselles furent amenées directement au bureau de monsieur Milo, qui les attendait depuis un certain  laps de temps.               Aussitôt qu’elles furent leur entrée, le joaillier se leva de son fauteuil à bascule pour leur serrer la main avant de les prier à s’installer en face de lui.        —  Quel plaisir de vous voir ! dit-il. Je suis très content de votre venue dans notre bijouterie qui ne peut vous recevoir qu’à bras ouverts. Mon ami Mateo, qui vous a réservé, à toutes les deux, une grande surprise, m’a chargé de vous présenter vos cadeaux et moi qui vous apprécie tant, je me suis arrangé à ce qu’ils soient de bon aloi.       — Des cadeaux, tu dis, monsieur Milo ? demanda  mademoiselle  Sophie.       —  Oui, des bijoux de la meilleure qualité que ton patron a voulu bien t’offrir, à toi, et à sa fille Laura qu’il chérit beaucoup. Il vous a fait cette surprise pour des raisons personnelles que, moi, j’ignore.                Milo se leva de son fauteuil et alla chercher les deux paquets de bijoux, déposés dans son armoire. Il remit à chacune des demoiselles son cadeau et téléphona à Mateo pour l’en informer.                Afin de laisser le champ libre à Milo, le traiteur qui commença à mettre son plan à exécution, le pria de lui passer sa secrétaire. Le joaillier lui tendit l’appareil et dit :        —  Tiens, c’est monsieur Mateo, il veut te parler.        —   Oui, patron, dit Sophie. Que puis-je pour vous ?        —  Je veux que tu laisses Laura seule avec Milo et que tu retournes au bureau pour un travail urgent.        —  Monsieur Milo, le patron m’a demandé de rejoindre mon poste car j’ai un travail urgent à faire. Laura pourrait discuter avec vous des modalités d’organisation de la réception.       —  C’est une bonne idée, dit-il. Tu peux t’en aller. Moi, j’ai besoin de connaître Laura au mieux pour lui prévoir un poste dans ma joaillerie. Monsieur Mateo m’en a déjà parlé.      —  Je l’espère bien, monsieur Milo, dit Laura. Travailler à vos côtés me donnera un nouveau souffle et me permettra à coup sûr d’acquérir de l’expérience dans le monde des affaires.      —  Prenez soin d’elle, monsieur Milo, dit Sophie avant d’aller chercher un taxi.     —  Attends, dit-il, je vais appeler mon chauffeur pour qu’il te ramène à ton travail. Je ne te laisse pas rentrer en taxi.     —   Merci, monsieur, c’est très gentil de votre part.             Pour le joaillier, la présence de Laura  en face de lui était parlante et significative en tous points de vue. C’était le début d’une histoire d’amour qui allait commencer grâce à l’instigation du père de cette fille qui voulait que les choses arrivassent à sa manière et selon son désir et sa stratégie.               Laura, qui se trouvait seul à seul avec le fils des Louis, était d’ores déjà prédisposée à se laisser conquérir par ce richissime qui incarnait pour elle l’homme idéal de sa vie.                 Ainsi, afin de le subjuguer par la forme elliptique de ses seins qui avaient l’air d’avoir subi une opération de chirurgie plastique et de sa poitrine idéale de fille rayonnante de beauté et de charme, elle se mit debout, enleva son par-dessus de tweed, l’accrocha au porte-manteau et se rassit sur son fauteuil visiteur bureau.               Quand elle croisa les jambes toutes nues de façon ostentatoire en se croyant sortie de la cuisse de Jupiter et laissa ses cheveux lisses et brillants lui tomber sur les épaules pour mettre en valeur et davantage son joli visage de princesse, Milo, tout émerveillé, se mit à l’admirer comme si c’était la première fois de sa vie qu’il lui a été donné de combler ses lacunes en matière de sensations  et d’amour.                 En laissant le cœur percevoir cette beauté éclatante et le regard long et scrutateur de ses yeux écarquillés se promener comme une tête chercheuse et filoguidée d’un projectile qui devait prendre sa vraie trajectoire pour faire mouche, le joaillier, qui avait passé la moitié de sa jeunesse se rendit compte que c’était sa première expérience de reluquer ce corps qu’il trouva idéal et angélique.               En s’apercevant de son ébahissement instantané, Laura changea de position en joignant les pieds, croisa les bras un instant puis elle se releva pour remettre son pardessus en disant :         — Moi, j’aime la fraicheur de la température de ce bureau d’où il se dégage spécialement et au premier abord des bouffées de chaleur humaine et de passion. A vrai dire, vous me semblez, monsieur Milo, comme un prince charmant qui fait rêver les femmes d’antan, mais vivant seul dans sa tour d’ivoire, il s’avère inatteignable.               Sans vouloir répondre à cette comparaison intelligente, venant d’une fille qui savait ce qu’elle disait pour le provoquer émotionnellement, le joaillier lui demanda :       —  Est-ce que tu as vraiment froid pour remettre ce pardessus  que je trouve si lourd qu’un fardeau  ou tu veux simplement partir et me laisser seul ? Ta présence dans cet espace doit être habituelle et ininterrompue. Je vais faire en sorte à ce que tu restes à mes côtés pour toujours. Qu’en penses-tu ?              Laura, qui voulait profiter tout comme son père de cette opportunité accepta la proposition de Milo et lui dit :       — Si vous voulez que je reste à vos côtés dès maintenant, je ne dis pas non. Comme vous le savez via mon père, je suis une jeune fille ambitieuse et pleine de volonté depuis ma première enfance. Mon désir est de chercher à avoir une vie stable et sereine.      —  Cesse de me vouvoyer, dit-il. Tu risques un jour de devenir mon âme sœur et tu trouveras à ce moment beaucoup de difficultés de te départir de cette habitude de t’adresser à moi en me vouvoyant.            Laura soupira de soulagement et leva les yeux au plafond et dit :      —  Je vais le faire dès maintenant. Tes désirs sont des ordres. Mais, dis-moi, comment ça se fait que tu m’as lancé à l’emporte-pièce et sans préliminaire le fait que je sois un jour ta future âme sœur.      —  Mon sixième sens m’en a informé et je ne doute pas que ça arrive, dit-il.      —  Tout est possible, dit-elle. Moi, je rêve d’une personne qui a les qualités requises d’un mari compréhensif, aimable, sincère, regardant et bien attentionné. L’une de mes priorités, c’est me marier et faire des enfants qui grandiront entourés d’amour et d’affection.     —  C’est ma priorité aussi, qui ne diffère en rien de la tienne, dit-il. Si tu acceptes de m’épouser, je serai l’homme le plus heureux du monde. Qu’en dis-tu ?       —  J’accepte, mais je veux que mon père soit mis au courant de ce projet de mariage et j’aimerais bien que tu lui en parles.       —  Je le ferai à condition que tu te débarrasses tout de suite de ce pardessus et que tu t’approches de moi pour que je puisse écouter les tic-tacs de ton cœur et sentir l’odeur de ton joli corps.       — Laura qui n’est pas du genre à céder facilement aux avances amoureuses, lui dit :       —  Tu m’intrigues, Milo, parce que je suis un peu timide à tel point que le sang me monte au visage et mes poils se hérissent de frayeur d’approcher un homme et encore moins de le laisser attoucher mes points sensibles. Laissons chaque chose prendre sa place.        —  Est-ce que tu veux m’insinuer que la fille du traiteur n’est pas facilement accessible ?       —  Je te le dis expressément  pour que tu saches que c’est la vérité. Tu connais mon père peut-être aussi bien que moi. C’est un homme permissif et latitudinaire qui nous laisse toujours faire nos quatre volontés, mes frères et moi, mais dans des limites parce qu’il  se garde d’être à cheval sur les principes. En sa qualité d’être comme tel, il ne m’a jamais autorisée à n’en faire qu’à ma tête.      — Nous sommes pareils, Laura, moi aussi, j’ai reçu une éducation stricte et sévère du vivant de mes parents. Je n’ai jamais osé sortir des normes pour faire des frasques de quelque nature que ce soit ou me comporter comme un jeune adolescent extravagant et capricieux. Quand je suis devenu adulte, je me suis consacré à plein temps aux affaires et même l’idée de me faire une petite amie avec laquelle je pourrais fricoter pendant mon temps libre  ne m’a jamais effleuré l’esprit. Mais, sincèrement parlant, en ce moment précis où je me mets à admirer ton aménité et ton charme rayonnant qui n’en finit pas de m’éblouir et de se propager autour de moi et aux quatre coins de ce bureau, ma vision des choses de la vie a changé subitement et puisque tu as gagné mon cœur et que j’ai jeté mon dévolu sur toi, j’ai maintenant l’intention et de te faire sentir en ma compagnie comme  une princesse au paradis.       —  Puisque je me fie à toutes tes promesses d’homme honnête et sincère en éprouvant un sentiment tendre et loyal, je m’autorise volontiers à honorer notre première rencontre, mais c’est à toi que revient l’initiative d’agir.              Après avoir approuvé de tout cœur cet échange de paroles nobles et sincères, Milo, se leva de son fauteuil, l’attira vers lui lentement et avec délicatesse et l’embrassa sur la bouche pour sentir la douceur mielleuse de ses lèvres pulpeuses et l’odeur de son corps chaleureux.                 De son côté, Laura, qui se trouva serrée dans les bras de son futur fiancé, se sentit tellement flotter sur un petit nuage qu’elle s’abandonna corps et âme aux étreintes de son nouvel amoureux.     Quand il la libéra de son enlacement, il la regarda dans les yeux et lui appliqua encore une série de baisers pleins d’amour et de passion.              Sur ces entrefaites, Momo le chauffeur s’inquiéta du retard des deux demoiselles. Pour lever le doute, il téléphona à Sophie.     — Allo, qu’y a-t-il ? dit-elle. Tu n’as pas encore ramené Laura ?      —   Et toi où es-tu ? demanda-t-il un peu surpris.       —  Moi, je suis au travail, j’ai déjà quitté la bijouterie, mais sans Laura. Je pense qu’elle est encore là-bas. Le mieux est que tu restes sur place jusqu’à ce qu’elle finisse son entretien.       —   De quel entretien, tu parles ? demanda-t-il.        —  Ce n’est pas important pour toi,  dit-elle. Oublie-ça et ne me pose plus  ce genre de questions, veux-tu ?              Sans répondre à ce qu’il considère comme étant une insolence de sa part, Momo lui raccrocha au nez et dit : « Cette sainte nitouche qui se prend pour la patronne commence, elle aussi, à me donner des ordres au téléphone en cherchant à me clouer le bec comme si je suis un espion. »              Quand Mateo sortit de son bureau pour vérifier avec elle quelques chiffres de comptabilité, Sophie était au téléphone.        —  C’est qui ? dit-il, lorsque le téléphone a coupé.       —  C’est Momo, dit-elle. Il m’a appelée pour se rassurer si tout allait bien pour  nous. Je lui ai dit de rester sur place pour ramener Laura.      —  J’ai l’impression, dit-elle, que Milo la retient encore pour discuter avec elle de la réception qu’elle va organiser chez lui. Ne l’oublie  pas, toi aussi, tu es invitée. C’est une occasion pour nous de promouvoir la qualité de nos services et d’élargir notre influence sur de nouveaux clients.        — Exactement, dit-elle. Dès aujourd’hui, je vais tenir une réunion avec nos meilleurs employés pour les sensibiliser sur la nécessité de faire de leur mieux pour que nos prestations en matière de qualité- quantité et services aient un impact positif sur le maximum d’invités à cette réception. Milo compte beaucoup  sur nos services pour que les choses se passent dans de bonnes conditions. N’oublions pas que c’est grâce à sa renommée que nous évoluons vers des résultats satisfaisants.              Avant qu’il n’ait terminé de parler avec sa secrétaire, le téléphone sonna. C’était Laura qui avait l’air bien réjoui.       —  Allô, papa, tu m’entends bien ?       —  Oui, oui, ma fille, dit-il. Est-ce que tu es toujours à la bijouterie ?              En éludant de répondre à sa question, Laura se précipita de parler d’autre chose.        — Si vous voulez rappeler le chauffeur pour le libérer de cette attente qui va être un peu longue, je n’en ai aucun problème.     —  Monsieur Milo m’a proposer de sortir avec lui pour manger dans un restaurant et, moi, je n’ai pas pu décliner son invitation.            Le traiteur, qui pensa que ce fut pour sa fille le début d’une histoire d’amour qui commença à pointer le bout de son nez à la manière du soleil levant, lui dit :    — Tu as bien fait d’accepter sa proposition, Laura. Le restaurant est l’endroit idéal qui te permettra de faire connaître tes vrais sentiments. Je te conseille de mettre à profit cette sortie et de ne pas rater ta chance de lui mettre le grappin dessus. Milo est un type généreux et bienveillant ; il te comblera de joie et de satisfaction. Prends donc le temps qu’il te faut pour lui éprouver tes  qualités foncières de fille  prude, chaste et bien éduquée. En l’épousant, tu vas à coup sûr toucher le pactole et dire adieu à la petite somme d’argent que je te donne au bout de chaque semaine.       — Milo vient de me déclarer sa flamme amoureuse en me disant  ouvertement qu’il s’est entiché de moi. Nous devons nous préparer pour le recevoir chez nous. Il va sûrement te demander ma main.       —  Je suis très content pour toi, ma fille, dit-il. Tu as toute ma bénédiction.      —   Merci, cher papa, dit-elle avant de raccrocher.             Sur un coup de fil reçu de la part de Sophie, Momo, qui poireautait au parking depuis plusieurs heures, retourna au travail. Après avoir passé voir le patron pour lui rendre compte de la situation, il rentra à la maison, qui avait l’air d’être déserte, remisa la voiture et se dirigea vers la cuisine pour chercher quelque chose à mettre sous la dent.               Dès qu’il a senti l’odeur d’un plat qui était en train de chauffer  sur un feu doux, il cria de joie :      — Quelle surprise ! Je suis arrivé à point nommé. Tu sais quoi ? J’ai une faim de loup.       —  Prends ton souffle, dit la servante, et attend à ce que le plat soit bien cuit, sinon tu mangeras cru comme un crudivore.              Curieux comme il était, Momo passa voir la marmite. Quand il voulait en soulever le couvercle pour voir ce qui bout à l’intérieur, il a perdu l’équilibre en glissant sur le sol mal nettoyé et renversa la marmite qui tomba par terre et cassa tous les verres à thé  que Nora a posés sur un plateau après les avoir lavés et essuyés.              Effrayée par ce spectacle inattendu, la servante resta bouchée bée en le regardant se relever avec les mains et les vêtements tous aspergés de quelques éclaboussures de la sauce brûlante.       —  Est-ce que tu t’es fait brûler ? dit-elle, l’air désemparé.          —  Non, non, ce n’est pas grave, dit-il. Excuse-moi d’avoir été inattentif. On dirait que j’ai la guigne aujourd’hui.      — Effectivement tu portes la poisse, dit-elle. Laisse-moi maintenant ramasser ses tessons de verres avant que cette harpie de Layla n’arrive.      —   Mais où est ce qu’elle est partie ? demanda-t-il.      —  Ces derniers jours, elle est très occupée avec ce fameux jardinier, dit-elle. Ils sortent et rentrent ensemble tous les jours. Je ne sais pas ce qu’ils sont en train de fabriquer en ville.       —  Ce pourrait être une bombe à retardement qu’elle placera un jour sous l’oreiller de Mateo, dit-il.       —   Et moi je pense qu’il ne sera pas la seule victime, dit-elle, mais il y aura des dégâts collatéraux et, nous, en tant qu’employés, qui n’ont rien à voir avec leurs problèmes, nous devons être sur le qui-vive pour sortir indemnes de cet imbroglio  qui est en train de s’affirmer.        —  Tes paroles sont équivoques et ambiguës et je ne sais pas de quoi tu parles, dit-il. Sois un peu précise sinon je ne pourrais jamais parler le même langage avec toi tout simplement parce que tu es énigmatique.        —  Je ne peux pas être plus claire que je le suis maintenant, dit-elle. Toi, tu as passé de longues années à travailler pour cette  famille et tu feins de ne pas être au fait de leurs problèmes ! Ne fais pas l’ignorant  naïf. Je te connais sur les bouts des doigts.      —  Est qu’est ce que tu veux que je sache pour ne pas être l’ignorant naïf ? dit-il.      —  Il vaut mieux pour toi que tu ne saches rien, dit-elle. Même en sachant des choses, on ne peut pas les avouer pour le plaisir et encore moins quand on est sûr qu’une fois divulguées, elles font mal.      —  Je suis d’accord avec toi, dit-il. Il vaut mieux garder ses distances et ne pas mettre son grain de sel dans les démêlés des autres si l’on n’est pas en mesure de pallier leur situation conflictuelle. Cessons de parler de nos patrons et voyons voir s’il y a quelque chose d’autre à manger. Nourrir son estomac au quotidien est une nécessité impérieuse à laquelle on ne peut jamais faire abstraction. Si tu me donnes du pain, du fromage et de la confiture, je peux apaiser ma faim plus ou moins en attendant que tu prépares un autre plat.     —  Ouvre le réfrigérateur et en prends ce que tu veux, dit-elle, moi je ne vais rien préparer. Débrouille-toi et va-t-en dans ta chambre avant que la maîtresse de maison n’arrive.              Au moment où la serveuse était en train de parler à Momo, Layla, suivie du jardinier, fit irruption dans la cuisine. Elle était toute en rogne et ne savait quoi dire.             Sans  aucun préalable, elle s’en est prise à Nora pour avoir laisser entrer le chauffeur dans la cuisine.             Momo, qui ne supportait plus les engueulades venant de cette chipie, riposta sur le champ :        — Arrête, madame, de nous traiter comme des esclaves. N’oublie pas que nous sommes, nous aussi, des êtres humains dignes de ce nom et que nous ne sommes pas là pour subir passivement tes insultes. Je suis venu chercher quoi manger. La cuisine ne m’a jamais été un endroit d’accès interdit. Mon patron, que je considère toujours comme un homme permissif et bienveillant, ne lésine d’aucune manière sur les moyens pour m’offrir le gîte et le couvert et c’est à lui seul que revient la décision finale  de me laisser ce droit ou de me l’enlever. Toi, tu ne diffère en rien de nous. Tu n’es qu’une pauvre femme qui vit aux dépens des autres.      — Arrête, Momo, dit le jardinier. Tu as outrepassé les limites. En t’en prenant à la maîtresse de maison, tu risques de payer le prix fort. Ne crois pas que le patron va te donner raison.     —  Ferme ta gueule, cria Momo, tu n’es qu’une poule mouillée et moi, je n’ai pas la patience pour écouter tes imbécilités. Dis donc, de quel droit tu te permets de me prodiguer tes conseils de moralisateur de comptoir.     — En tant qu’ancien employé de cette maison, j’ai le plein droit d’arrêter tes grossièretés écœurantes et de te remettre à ta place que tu le veuilles ou non. Afin de ne pas arriver avec toi à ce stade, évitons les croche-pieds, restons solidaires et unis dans cette maison et ramons dans la même direction  pour le bien de nous tous.              Layla et la servante de maison restaient tellement sidérées que ni l’une ni l’autre n’avait la force ni  le pouvoir de stopper cet échange de propos calomnieux et d’empêcher que ce malentendu ne  tournerait pas au vinaigre entre les deux hommes qui ont failli  en venir aux mains.                  Afin de mettre un terme à cette prise de bec qui risquerait de tourner en bain de sang, Layla téléphona à Mateo pour le prévenir du mauvais comportement de Momo et de son manque de respect vis-à-vis de sa personne.             Le patron qui était pris par son travail appela Momo et lui ordonna de se rendre immédiatement au bureau de Sophie pour s’expliquer sur les raisons de son manque de politesse à l’égard de Layla.              La secrétaire, qui avait reçu des consignes strict de la part du patron avait reçu le chauffeur à son bureau. Elle lui a posé plusieurs questions pour faire un rapport à Mateo.        — Dis-moi, que s’est-il passé avec cette psychopathe ? Je sais a priori que c’est elle la fautive.      —  Quand j’étais dans la cuisine avec la servante, la soit disant maîtresse de la maison, suivie de cet obséquieux jardinier, entra à l’improviste et se mit à nous gronder et moi, qui ne supporte plus les grossièretés de cette femme, j’ai riposté en faisant fi des conséquences de mes agissements.      —  Et pourquoi s’en est-elle prise à vous ? demanda Sophie.      — C’est elle qui devra répondre à cette question puisque j’ignore les motifs qui l’ont poussée à agir de la sorte.      — Tu connais Layla, dit-elle. C’est une femme, pathétique, acariâtre et grincheuse qui ne cherche qu’à faire du mal aux  
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