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La beauté sur la Terre

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Juliette, une jeune cubaine orpheline de dix-huit ans, débarque un beau jour dans un village vaudois...

Par un jour pluvieux de printemps, Milliquet, aubergiste de son état, accueille sa jeune nièce Juliette, partie de Cuba à la mort de son père.

Sa présence va éveiller la convoitise des uns et la jalousie des autres. Renvoyée par la patronne, elle passera l’été en compagnie de pêcheurs, semant le trouble chez les hommes du village qui seront amenés chacun à rêver et à projeter son enlèvement.

Mais peut-on vraiment s’approprier la Beauté ? Tout comme dans le défilement des saisons, dans l’ordre du monde et sa nature parfois sauvage, « rien ne dure sur la terre, nulle part la beauté n’y a sa place bien longtemps. »

Postface de Vincent Verselle du centre de recherches sur les lettres romandes à Lausanne (CRLR).

Un roman fort qui interroge sur le rôle et l'influence parfois néfaste de la beauté physique.

EXTRAIT

Il fallut trois semaines à la réponse de Milliquet pour parvenir à destination, ce qui nous mène au commencement d’avril ; une dépêche du consul peu après nous a appris que la jeune fille s’était embarquée. Milliquet avait été emprunter un atlas à l’instituteur ; il le feuilletait en compagnie de Rouge. Il leur avait fallu tourner beaucoup de pages, avant de trouver l’Amérique ; l’Amérique elle-même était en trois parties.

Une Amérique en trois morceaux ; ils avaient hésité avant de tomber sur le bon.

C’était au fond d’un golfe, dans une île : et plus au nord sont les Etats-Unis teintés en rouge, plus à l’ouest il y a le Mexique qui est vert ; au sud alors, ça se

recourbe, ça vient vers nous comme un bras qui se tend, c’est violet.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Dans la lignée d' Aline ou de La grande peur dans la montagne, Charles-Ferdinand Ramuz a su trouver l'équilibre fragile entre la fable métaphysique et la description de la bassesse des hommes. - L'Express

À PROPOS DE L'AUTEUR

Charles-Ferdinand Ramuz est né à Lausanne le 24 septembre 1878. Il a fait des études de Lettres à l’université de Lausanne et y a obtenu sa licence en 1901. Il a exercé la profession de maître d’études au Collège d’Aubonne avant de comprendre rapidement qu’il n’était pas fait pour l’enseignement. Il s’est alors rendu à Paris et a étudié à la Sorbonne où il a préparé une thèse sur Maurice de Guérin. Il y a vécu entre 1904 et 1914 et y a écrit Aline (1905), Jean-Luc persécuté (1909) ou encore Vie de Samuel Belet (1913) Il a aussi écrit des nouvelles, des chroniques et des poèmes (dont le recueil Le Petit Village en 1903). Les thèmes spécifiques ramuziens, tels que la solitude de l’homme face à la nature ou la poésie des terres, des vignes et du lac y étaient déjà présents. À Paris il a fréquenté des artistes et écrivains suisses et français tels que Charles-Albert Cingria, André Gide ou encore le peintre René Auberjonois.

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Chapitre premier
CHAPITRE PREMIER– Voyons, a dit le patron, tu ne vois pas que c’est un timbre d’Amérique ?... Santiago, dans l’île de Cuba. Et la lettre est une lettre officielle, pas moyen de s’y tromper. Qu’est-ce qu’il faut que je réponde ? – Ma foi, a dit Rouge, à ta place, moi, je la laisserais venir. – Tu crois ? Les deux hommes causaient près de la porte vitrée donnant sur la terrasse et qui était grande ouverte, bien qu’on ne fût qu’au mois de mars, mais il faisait un beau soleil ce jour-là ; ils n’étaient que les deux dans la salle à boire. Et Milliquet avait rouvert la lettre qui était une lettre tapée à la machine sur papier à en-tête, ce qui l’impressionnait : – Pas de doute... Georges-Henri Milliquet, 54 ans, mort le 23 février 27 à l’hôpital de Santiago de Cuba... Georges-Henri, c’est bien mon frère... Il a continué de lire à haute voix : Pour obéir à ses dernières volontés... Une somme de 363 dollars sur laquelle seront prélevés les frais de voyage, sauf avis contraire de votre part... Ah ! mon pauvre Rouge, qu’est-ce qu’il faut faire ? – Quel âge a-t-elle ? – Dix-neuf ans. – C’est un bel âge. – Oui, a dit Milliquet, mais Dieu sait comment elle aura été élevée et quelles habitudes elle aura prises dans ces pays chauds, ces pays de nègres... Il y a aussi la question du climat. – Oh ! elle arrivera pour la belle saison. – Oui, mais... Il bégayait, tout en hochant sa grosse figure molle ; une figure pleine de plis, qui, partant du menton, montaient en travers de ses joues comme des lignes sur un cahier : – C’est qu’il y a au moins trente-cinq ans qu’on n’avait plus eu de ses nouvelles (parlant de son frère) ; je le croyais mort depuis longtemps... – Eh bien ! tu vois que non et que tu te trompais, dit Rouge, ça arrive. Et il faut croire qu il n’avait pas la même opinion à ton sujet, ton frère, puisque c’est lui qui a donné ton adresse au consulat... Et, tu sais, un frère, c’est un frère... Tu ne peux pourtant pas laisser ta nièce à ces Américains. Milliquet haussa les épaules sous son gilet de chasse en grosse laine rousse, boutonné de travers sur une chemise sans col. Il disait : – Tu comprends, 363 dollars seulement... Et une fois les frais de voyage déduits... Qu’est-ce que ça peut bien coûter, ce voyage ? Et combien de temps est-ce qu’il dure, ce voyage ? hein, sais-tu ? – Tu n’as qu’à regarder le timbre. – Trois semaines. Eh bien ! compte seulement. Le billet de bateau, le train, la nourriture, l’hôtel... – La question n’est pas là. Si tu abandonnais ta nièce, qu’est-ce qu’on va penser de toi ? Et puis ce pauvre homme, penses-y un peu ; représente-toi tu es sur ton lit de mort... Tu es sans parents, sans amis, tu vas mourir, tu laisses une fille ; tu laisses une fille et point d’argent... Ah ! voyons, Milliquet, dis voir, car vers qui te tournerais-tu, à ces moments-là, sinon vers la famille et le pays, quand même tu les aurais quittés depuis cent ans ?... Il s’est dit : « Heureusement que j’ai un frère... » peut-être qu’on a eu juste le temps de faire venir le consul... – Oh ! dit Milliquet, il ne savait même pas mon adresse... Et il montrait à Rouge l’enveloppe toute corrigée, et recorrigée, couverte d’inscriptions au crayon encre, mais Rouge : – Quelle importance ça a-t-il ? Je te dis seulement une chose, c’est qu’il est mort tranquille, parce qu’il a cru pouvoir compter sur toi. Le reste, ça te regarde... Milliquet a soupiré de nouveau ; il porte la main à sa nuque, il se la passe à deux ou trois reprises dans la nuque : – Qu’est-ce que ma femme va dire ? Rouge vida le fond de sa chopine de trois décis dans son verre ; il ne répond rien. Il avait une grosse figure rouge, une casquette de marin à visière de cuir verni, la moustache presque blanche. Il portait un tricot de laine bleue à col montant, qui boutonnait sur l’épaule. Court, gros, carré, il se tenait le corps en avant sur son siège sans dossier, tirant de temps en temps sur la pipe qui lui pendait au coin de la bouche. Il n’a rien répondu, il a dit seulement : – Oui... Il a dit : « Oui », une seconde fois. Il prit son verre qu’il vida, ayant logé sa pipe dans la paume de sa main gauche ; il fit claquer sa langue, il s’essuya la bouche du revers de la main : – Tu n’as pas vu Décosterd par hasard ?... Milliquet secoua la tête. – Il faut que j’aille voir ce qu’il fait. Il se lève. Et c’est alors qu’il a repris : – Le consul ne te dit pas si elle est jolie ?... Il tira sur son maillot qui faisait des plis autour de son gros corps et qu’il a soulevé sur le côté pour aller prendre son porte-monnaie : – Quant à ta femme, a-t-il recommencé, dis-toi bien que tu auras une scène, quoi que tu fasses, mais tu en as l’habitude... Au revoir. Il sort par la terrasse. Milliquet tenait toujours la lettre dans sa grosse main molle aux poils roux. Il faisait un grand soleil que le lac renvoyait. On voyait les branches nues des platanes aller horizontalement à la rencontre l’une de l’autre comme les poutres d’un plafond ; elles projetaient leurs ombres jusque sur les tables de la salle à boire, dans le bout desquelles elles se cassaient, laissant tomber leur autre moitié sur le plancher. La lumière du lac venait par-dessus le mur bordant la terrasse, elle frappait de bas en haut les branches et les gros troncs verts. Milliquet a avancé un pied dans sa pantoufle de lisière, il avance l’autre pied : quoi faire ? ah ! mon Dieu, oui, quoi faire ? ayant une petite moustache sans couleur, et un poil rare et sans couleur sur ses grosses joues tombantes couvertes de taches de son. De nouveau, il avance le pied droit, puis l’instant d’après le gauche... Sa femme aurait bien fini par se douter de quelque chose ; en somme, il avait eu raison de mettre Rouge au courant de l’affaire ; Rouge, en cas de besoin, pourrait toujours lui donner un coup de main... Il avance le pied gauche, le droit : – Eh bien ! tant pis, tant pis ! Qu’elle vienne... Elle... Il s’arrêta un instant, puis, parlant tout haut (il s’agissait maintenant de sa femme) : – Elle, elle m’embête. Autant me débarrasser d’elle tout de suite. Il appela : – Rosalie... Hé ! Rosalie... Mme Milliquet parut dans l’escalier. Et la suite a été que les voisins, toute l’après-midi, ont entendu le bruit d’une violente discussion. C’est cette lettre d’Amérique, et une nièce que Milliquet avait là-bas, et qui lui tombait sur les bras. « Pourtant, disait-on dans le pays, il a bien fait de dire oui quand même... » On disait comme Rouge : « Un frère, c’est un frère... »

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