Leila fait semblant d’être calme. Elle baisse ses yeux larmoyants et dit :
- Elle reste avec toi jour et nuit, si elle travaille comme interprète, elle sera encore plus proche de toi, je crains que vous auriez de l’affection pendant la période des contacts.
Puisqu’elle n’arrive pas à cacher sa crainte, elle ne la cachera pas. Elle dit la vérité et essaie de dissiper les soupçons de Joseph. Tout ça, c’est parce qu’elle a peur de le perdre.
Elle ouvre ses grands yeux pleins de larmes.
- Tu me connais déjà depuis longtemps, et tu sais clairement mon affection pour toi...
Leila essaie de ne pas pleurer.
- J’ai peur de te perdre, donc... j’ai agi à ma guise quand je l’ai vue pour le poste.
Joseph fronce les sourcils, disant :
- Je t’ai dit que Mia et moi allons divorcer un mois après.
Si Leila ne savait pas que Mia est la fille qu’elle a envoyée dans la chambre de Joseph, elle aurait pu attendre. De toute façon, elle a déjà attendu tant d’années, attendre un mois de plus lui importe peu. Mais maintenant, elle ne peut plus attendre.
Elle ne peut pas laisser cette fille s’approcher de Joseph.
Non !
- Mia, c’est pour la table numéro deux, tu leur serviras.
Mia dit « oui ». Elle n’a pas bien dormi hier, en plus elle a travaillé toute la journée en restant debout, elle a mal au ventre inférieur.
Mia tient le plateau, se déplace vers la table numéro deux, et voit Leila, en face d’elle...
Pendant un court instant, elle hésite à avancer, mais c’est son travail, elle ne peut pas l’éviter.
Elle sourit et dit :
- Voici votre plat.
Mia se courbe et sort le plat du plateau.
Quand elle pose l’assiette devant Joseph, ce dernier attrape le poignet de Mia.
- Qu’est-ce que tu fais ? lui demande Joseph d’une voix froide et interrogative.
Ses yeux fixent sur ses habits : chemise blanche, veste noire, une jupe qui ne couvre qu'à peine les fesses, les jambes claires et alignées exposées à l'extérieur.
Son regard est resté quelques secondes sur ses jambes, puis il devient plus sérieux.
- Pourquoi cette tenue ? À qui veut-elle se montrer ? En plus, elle est déjà mariée, qu'est-ce qu'elle fait ici en portant ces vêtements ? pense-t-il.
Mia garde toujours le sourire aux lèvres.
- Je travaille.
La colère émerge entre les sourcils froncés de Joseph. Hier, elle lui a demandé de l'argent pour le document traduit, et aujourd'hui elle fait ce genre de travail, la famille Lambert est-elle vraiment perdue à ce point ?
- Lâche-moi, s'il te plaît.
Mia trouve qu'il n'y a rien de mal, puisqu'elle gagne de l'argent par ses propres moyens.
Leila tient la main de Joseph et dit :
- Joseph, beaucoup de gens sont en train de nous regarder. S'il y a un problème, sortons et parlons dehors.
Personne n'est au courant du mariage de Joseph et Mia, Leila ne veut pas que Joseph révèle ce secret.
Joseph fixe ses yeux sur Mia pendant un long moment, et réussit enfin à contrôler son tempérament, il la lâche en disant :
- Je ne veux pas que tu travailles ici.
Mia trouve qu'elle a de plus en plus mal au ventre, ses sueurs transpirent du front. Elle veut expliquer, mais son énergie est épuisée. Elle prend le plateau et s'en va sans rien dire.
Après avoir déposé le plateau, elle entre aux toilettes, elle a peur de cette sensation. Heureusement, il n'y a pas de trace de sang.
Elle sort de la loge et se met près du lavabo pour se laver les mains. Puis, elle baisse sa tête et touche son ventre, murmurant :
- Sois sage, mon bébé.
Mia a besoin de gagner de l'argent pour mieux s'occuper de sa mère et du bébé.
Leila entend ses paroles quand elle entre, elle fixe ses yeux sur le ventre de Mia et son visage devient blanc.
Mia l'a vue et lui explique :
- Ce n'est pas le bébé de Joseph, ne t'inquiète pas.
À ces mots, Mia se remet en forme, passe devant elle, et sort des toilettes.
- Ton bébé, il a deux mois ? demande Leila en se retournant.
Mia s'arrête et tourne sa tête.
- Comment tu sais ?
- J'ai .. j'ai deviné par la forme de ton ventre.
- Elle est enceinte ? Joseph est le père de ce bébé ? Voilà, je n'aurais pas dû laisser cette femme en vie ! pense-t-elle.
À ce moment-là, Leila veut tuer Mia, pour que cette dernière disparaisse du monde de Joseph.
Dès que Mia est sortie des toilettes, Joseph attrape son poignet et ils sortent du restaurant.
Mia ne se sent pas bien, de base. Et après avoir été tirée par Joseph, elle sent encore plus la douleur de son ventre qui s'est normalement atténuée.
- Lâche-moi.
Elle a envie de le gronder, mais elle manque de force et d'énergie.
Joseph la tire jusqu'au bord de la rue, puis la lâche et lui dit avec un ton sévère et intimidant :
- Tu peux me dire que tu n'as pas d'argent, tu n'as pas besoin de faire semblant d'être pauvre devant moi !
Il ne croit pas que la famille Lambert est perdue à ce point. Il y a deux jours, George a amené sa femme et sa fille au magasin de luxe pour consommer, mais aujourd'hui elle travaille en tant que serveuse au restaurant ?
Mia s'appuie contre le panneau publicitaire, sinon elle va tomber. Elle essaie de rester calme.
- Nous sommes époux, mais nous savons que c'est juste un échange, chacun prend ses besoins, tu ne dois pas être fâché contre ce que je fais.
- Puisque tu es ma femme, tu me fais honte en faisant ce genre de travail !
Joseph ne comprend pas cette femme, ces actes sont troublants.
Mia pince les lèvres et supporte la douleur silencieusement.
Lorsqu'elle va tomber, Serge court rapidement vers elle en disant :
- Mia, je suis venu ici pour te chercher, je ne pensais pas que j'allais te… tu ne te sens pas bien ?
En tant que psychologue, Serge sait faire des observations subtiles sur la posture des personnes. Bien que Mia ait fait de son mieux pour cacher son malaise, il l'a quand même remarqué.
Après leur séparation, il est allé chez Jeanne et a obtenu toutes les informations sur Mia, y compris comment elle est devenue enceinte.
Il ne sait pas ce qu'il ressent précisément, mais en tout cas il ne sent pas bien.
Pourquoi ne l'a-t-elle pas cherché, alors qu'elle était en difficulté ?
Il voulait la retrouver, mais il ne connaissait pas son adresse, c'est pourquoi il est venu au lieu où ils se sont rencontrés et il a eu
de la chance.
Mia ne peut pas s'en soucier maintenant, car sa douleur au ventre la fait stresser. Elle attrape le bras de Serge en disant :
- Accompagne-moi à l'hôpital, s'il te plaît.
Serge jette un coup d’œil sur le ventre de Mia et il se courbe pour la porter dans ses bras. Tout à coup, une force tombe sur son épaule et il tourne la tête. Il ne voit que le visage assombri de Joseph.
- C'est ma femme.
Le ton n'est ni lourd ni léger, mais avec dissuasion !
C'est comme un avertissement pour informer que sa femme ne peut pas être touchée par d'autres hommes que lui.
Serge rit avec moquerie.
- Ah oui ? Vous êtes époux ?
Il n'attend pas la réaction de Joseph et il continue :
- C'est juste un échange, tu n'épouseras jamais une femme enceinte d'un bébé d'autrui.
Joseph plisse les yeux et une sensation de danger se précipite, il demande d'un air sombre :
- Tu es le père de ce bébé ?
C’est lui que Mia a embrassé ce jour-là.
Si ce n’est pas lui, qui d’autre pourrait être le père du bébé de Mia ?
Le cœur de Serge se serre violemment. Si elle l’avait trouvé le jour de l’accident, elle ne serait pas dans un tel mauvais état maintenant.
Voyant la réaction de Serge, Joseph pense qu’il l’admet en silence. Joseph ricane et dit :
- Elle est encore très jeune...
- Qu’est-ce que tu en sais ?
Serge parle avec un ton lourd et les yeux un peu rouges, sachant ce que Joseph implique, rien de plus que Mia ne se comporte pas comme une femme sage.
Tomber enceinte à cet âge veut dire qu’elle mène une vie dissolue !
Mais est-ce qu’il connaît ce qu’elle a vécu ?
Serge regard de haut en bas Joseph. Celui-ci porte un costume notoirement cher qui vaut probablement l’équivalent d’une année de salaire pour une personne ordinaire.
- Un aristocrate comme toi a-t-il connu des difficultés ? Sais-tu ce qu’on ressent quand on n’a rien à manger ? Connaisses-tu l’impuissance quand on ne peut pas s’en sortir ? Tu ne sais pas ! Tu ne sais pas comment elle a survécu jusqu’à maintenant...
Mia attrape Serge et lui fait un signe en secouant la tête. Elle n’a pas besoin de pitié. Cela lui suffit d’essayer de survivre et de s’occuper de sa mère et du bébé dans son ventre.
- Emmène-moi à l’hôpital.
Elle ne peut plus se tenir debout.
- Ouais.
Serge se penche et la ramasse.
Mia regarde Joseph qui est un peu abasourdi par les paroles de Serge.
- Désolée, je ne peux pas m’arrêter de travailler. Mais ne t’inquiète pas. Je ne laisserai jamais personne savoir notre relation et je ne tarirai pas ta réputation, dit-elle.
Joseph fronce ses sourcils et ses yeux s’illuminent. Puis, il jette un regard sur le visage de cette femme...
Les autres ne connaissent pas l’état de Mia. Mais Serge qui la tient sait qu’elle est en train de trembler. Serge la porte jusqu’à la voiture et la réconforte :
- N’aie pas peur. Tout ira bien.
Serge monte vite dans la voiture et l’emmène à l’hôpital.
En fixant la voiture qui s’éloigne, Joseph se souvient des mots de Serge. Quel est le secret de Mia ?
En effet, ses actions sont tout à fait bizarres.
Afin de comprendre ce qui se passe, il sort son téléphone portable et appelle Paul.
- Va enquêter sur Mia.
- Enquêter sur quoi ?
- Sur tout.
Après avoir fini de parler, Joseph raccroche l'appel.
- Joseph.
Leila sort en courant du restaurant et prend son bras, disant :
- Tu m'en veux toujours de ne pas laisser Mia entrer dans la société ? Je sais que j'ai tort, mais je t'aime tellement...
- Non, allez, on rentre.
Sa voix et son expression restent impassibles.
Ses émotions sont cachées de manière que personne ne puisse les découvrir.
Leila se sent mal à l'aise.
À qui vient-il de parler au téléphone ?
Dans l'hôpital.
Mia est emmenée dans la salle d'opération.
Serge l'attend dehors. L'attente est toujours torturante. Il regarde de temps en temps dans la salle d'opération.
Une heure plus tard, la porte de la salle d'opération s'ouvre et un lit roulant est poussé dehors où Mia s'allonge. Serge s'empresse de se diriger vers elle.
- Comment va-t-elle ? demande Serge.
Le médecin enlève son masque et répond :
- Il y a des signes de fausse couche provoqués par le stress. Elle va bien maintenant. Mais il faut qu'elle se repose. Sinon, elle pourra ne pas avoir autant de chance la prochaine fois.
- Je vois.
Serge pousse le lit roulant dans la chambre.
Regardant Serge, Mia dit du fond du coeur :
- Merci encore pour ton aide aujourd'hui.
Il est toujours là quand elle a besoin de lui.
- C'est bien que tu ailles bien.
Serge sourit doucement comme d'habitude.
- C'est toi qui as payé les frais pour moi, n'est-ce pas ? Mais je n'ai pas assez d'argent pour te rendre maintenant, désolée, dit Mia avec ses lèvres sèches.
- Ne parlons pas de ça maintenant. Tu as besoin de te reposer.
Serge n'aime pas ce qu'elle dit. Il ne veut pas qu'elle soit trop polie avec lui.
Ils entrent dans la salle. Mia le regarde et dit :
- Tu peux appeler ma mère, s'il te plaît ?
Elle ne veut pas causer trop de problèmes à Serge.
Serge pense que Jeanne lui manque. Quand les gens sont vulnérables, ils veulent toujours que leurs proches soient là.
Il prend son téléphone portable et appelle Jeanne, et il lui dit que Mia est dans l'hôpital et qu'elle lui demande de venir.
Lorsque Jeanne entend ça, elle panique et dit :
- Qu'est-ce qu'elle a ?
- Rien. Il faut seulement qu'elle se repose. Elle veut te voir.
En entendant ça, Jeanne pousse un léger soupir de soulagement.
Elle va à l'hôpital aussi vite qu'elle peut.
Quand Jeanne arrive, Mia laisse Serge partir.
- Oui, on t'a causé des problèmes, s'excuse Jeanne.
- Pas de soucis. Je vais d'abord rentrer aujourd'hui et je reviendrai te voir demain, dit Serge en la regardant, repose-toi bien.
- D'accord.
Dès que Serge part, Jeanne s'assoit au bord du lit et la couvre avec la couverture.
- Tu veux manger quelque chose ?
Mia secoue la tête. Elle est un peu pâle.
Jeanne est inquiète pour sa fille.
- Tu aurais pu avoir un bon avenir. Mais tu as arrêté tes études pour moi. Maintenant...
En pensant au bébé dans son ventre, Jeanne a le cœur qui s'étouffe de douleur.
- Tu dis que tu l'as eu au Pays A, alors cet enfant...
Jeanne s'inquiète que le père de ce bébé soit un local de Pays A.
- Maman, ce qui compte, c'est qu'il est mon enfant et ton petit-fils.
Mia ne veut pas se souvenir de ce qui s'est passé cette nuit-là, parce que ce qui a eu lieu là-bas n'est pas un bon souvenir pour elle.
- Au Pays A ?
Joseph vient voir Mia à l'hôpital. Il est sur le point de frapper à la porte. Mais quand il entend Jeanne parler à l'intérieur et décide de ne pas les déranger.
- Eh bien, quoi qu'il arrive, c'est mon petit-fils.
Jeanne pense que tant que sa fille se sent heureuse, elle est prête à l'accompagner et à prendre soin d'elle.
Peut-être aussi que c'est un signe du destin pour elle et l'enfant.
Après tout, ce bébé arrive seulement après une nuit.
Jeanne caresse son front et ne peut s'empêcher de se sentir attristée.
- Ma fille, tu as souffert en agrandissant avec moi.
- Elle n'a pas avorté ? pense Joseph.
Il a de plus en plus l'impression qu'elle est mystérieuse.
Ce jour-là, à l'hôpital, elle est clairement entrée dans la salle d'opération.
Alors qu'elles sont en train de parler, il ne veut pas entrer et les déranger. Il fait demi-tour et part.
Lorsqu'il est à la sortie de l'hôpital, son téléphone portable sonne. Il le sort. Le téléphone affiche le nom de Paul.
Il décroche l'appel.
- J'ai vérifié ce que vous m'aviez demandé d'enquêter.