Chapitre 16: Xenia

1027 Words
J'atterris face à Austin, sa main dans la mienne. Il était trop proche de moi à mon goût. Je me reculai en fronçant le nez. Lui avait l'air embarrassé. Je lâchai sa main pour regarder autour de moi. Ça avait marché ! Je retins mon rire lorsque je vis Su et Lucy tombés par terre, l'un sur l'autre. Cette dernière se releva d'un bond en époussetant son jean d'un air dégoûté. Ethan et Nina étaient devant eux, l'air intacts. – C'est super, ça a marché, se réjouit Ethan. – Ouais, enfin j'aurais préféré ne pas tomber du ciel et ne pas me faire écraser par Lucy, se plaignit Su en se relevant. J'étouffai mon fou rire lorsque Lucy leva les yeux au ciel. Nina regarda l'heure sur une montre à l'ancienne. Je me demandais où est-ce qu'elle l'avait eue. Son regard croisa le mien pendant une fraction de secondes mais elle le détourna rapidement, gênée. – On est revenus au moment où nous avons disparu, dit-elle. Su se réjouit à cette annonce. – Génial ! Bon, je vais retrouver ma mère, avec Lucy, vu qu'elle passe la soirée chez moi. Je suis sûr qu'une vie civilisée lui fera du bien. Lucy le regarda en plissant des yeux. Il plaisantait, bien sûr, et les réactions de Lucy étaient encore plus amusantes car elle semblait hésiter à prendre ça au premier ou au second degré. – Ouais, je dois rentrer chez moi aussi, ajoutai-je. Sur un au revoir, nous partîmes chacun de notre côté, ou plutôt, chacun par deux, puisque Austin me suivit. Je m'arrêtai lorsque nous fûmes hors de portée des autres. – Qu'est-ce qu'il y a ? Tu dois rentrer chez toi aussi, il me semble, lui lançai-je. Je savais que ce n'était pas très sympathique de ma part, mais je ne supportais pas le comportement d'Austin avec tout le monde, lorsqu'il était en groupe, et aussi, je devais tout faire pour qu'il ne m'apprécie pas, comme ça, il s'intéresserait plus à Lauryne. – Xenia... Tu ne m'as pas répondu, lorsque je t'ai dit que je t'aimais, à la fin de la quatrième... J'écarquillai les yeux. J'avais complètement oublié, et pensais que depuis, il s'était désintéressé de moi. – Austin, je t'avais dit que Lauryne t'aime. Je ne peux pas lui faire ça. Donc tu as ma réponse. – Si c'est mon comportement qui te dérange, j'en suis désolé. Je n'ai pas envie de rentrer chez moi, parce que c'est l'Enfer, là-bas. J'éprouvai de la compassion, tout à coup. Je ne comprenais pas pourquoi il se confiait à moi, si soudainement, alors que j'étais si froide, avec lui. – Je comprends, mais que veux-tu que je fasse ? Si tu étais plus gentil avec les autres, que tu réalisais avec qui tu traînes, plutôt que de cracher dans le dos de tout le monde, peut-être qu'on t'aiderait mieux que ça. Tu sais très bien que si je reste avec vous, c'est uniquement pour Lauryne, pour la soutenir. – Elle n'est pas qui tu penses qu'elle est. Je sais que je n'ai pas à me mêler de ça, mais elle dit beaucoup de choses dans ton dos. Maintenant, je vais y aller, je pense. Merci au moins de ne pas m'avoir considéré trop méchamment, pour une fois. Je me sentais lâche de faire ça, mais je n'avais pas confiance en Austin. Finalement, peut-être qu'au fond, il n'était pas si mauvais que ça. Je le regardai s'éloigner et traverser la route, sans un regard en arrière. J'éprouvais de la pitié pour lui. Il disparut au coin de la rue. Je finis par reprendre mes esprits et poursuivre mon chemin vers l'arrêt de bus le plus proche. Je m'assis sur le banc de l'arrêt, vidée de mon optimiste et mon énergie habituelle. Je me sentais presque triste pour Austin. L'arrêt de bus était désert, et mon moyen de transport habituel ne tarda pas à arriver. Je m'assis au milieu du bus à moitié vide. J'habitais en banlieue de Grenoble, ce qui me faisait prendre le bus tous les jours, pour aller au collège. J'aurais pu aller au collège de ma petite ville, mais mes parents préféraient que j'aille à Grenoble. Je regardais le paysage défiler à travers la fenêtre. Je me posais toujours des questions sur ces soit disant pouvoirs magiques. Je n'avais aucune idée de quel pouvoir j'avais. J'observai ma main d'un air distrait, examinant l'œil que javais dessiné. Ça faisait quatre ans que je dessinais un œil sur ma main. Il était hypnotisant, presque réel. Je ne savais pas pourquoi j'avais décidé de faire ça. Peut-être était-ce un lien avec mon pouvoir ? « ...si elle va bien...depuis lundi...et puis mes parents vont divorcer...je ne sais plus quoi faire...les cours c'est nul...j'en ai marre...rien ne va...ah, c'est mon arrêt ! » Je sursautai et regardai en tous sens autour de moi. C'était comme si quelqu'un mavait parlée. Je vis un garçon de douze ans descendre du bus. Était-ce lui que je venais d'entendre ? Peut-être qu'il parlait tout seul... Je secouai la tête avant de revenir sur le paysage défilant derrière la fenêtre. Le bus venait de quitter Grenoble, ce qui voulait dire que je descendais dans trois arrêts. Normalement, mon père travaillait à domicile, donc il devrait être en pleine réunion lorsque j'arriverai. Ma mère n'avait pas encore repris le travail, et elle devait sûrement être sortie avec mon grand frère dehors. En rentrant chez moi, j'appellerai Lauryne en vidéo, comme presque tous les soirs, pour qu'elle me parle encore d'Austin, des vêtements qu'elle voudrait mettre le lendemain,... Je me contentais de l'écouter, en général, et d'ajouter quelques commentaires. Cette fois, peut-être que je devrais lui demander si elle avait parlé dans mon dos. Même s'il y avait quatre vingt dix neuf pour cent de chances quelle me dise que non, je savais repérer quand elle me mentait. À vrai dire, elle me mentait souvent, mais je ne disais rien. Peut-être qu'Austin avait raison, en disant qu'elle n'était pas celle que je pensais qu'elle était. Le bus venait de s'arrêter à mon arrêt habituel, et je descendis. Je devais marcher encore cinq minutes pour arriver chez moi.
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