Chapitre 1
Je cours aussi vite que je peux.
Je cours pour sauver ma vie, sous la pluie et le froid. Oh, j'ai tellement, tellement froid. Mais cela n'a pas d'importance pour l'instant. Tout ce que je peux faire, c'est continuer de courir, le plus loin possible, le plus vite possible.
Les larmes coulent sur mes joues avec la pluie.
"Reviens ici ! s****e !"
J'entends sa voix derrière moi, et la peur me fait courir encore plus vite. Il me poursuit, crie comme un fou, m'insulte horriblement dans la nuit. Comment peut-il faire cela ? Comment a-t-il pu me faire ça ? Qu'ai-je bien pu faire pour mériter une telle chose ? C'est mon propre frère !
Je prends un virage à droite dans une ruelle étroite, cherchant un endroit pour me cacher, ne sachant pas où aller. Est-ce que je peux vraiment lui échapper ? La pluie diluvienne est mon unique alliée, car je sais qu'elle masque mon odeur. Je continue de courir, pieds nus sur l'asphalte, je cours pour ma vie en essayant de fuir mon unique membre de la famille...
Il y a deux semaines
"Nadia !"
Je tremble de peur. La voix qui m'appelle d'à côté fige aussitôt mes mains. Il entre, les yeux pleins de colère. Je devine ce qui va arriver ensuite. Je halète et mords ma lèvre. La petite cuisine paraît bien trop étroite à cet instant, car je recule instinctivement quand il s'approche davantage.
Il lève la main, et avant que je puisse dire un mot, il me gifle.
"Ne fuis pas quand je t'appelle !"
Je sens la brûlure sur ma joue, et je fais tout mon possible pour baisser les yeux. Si je le regarde dans les yeux, il se mettra encore plus en colère. Il se déchaîne sur moi, sa voix résonne de colère dans la pièce.
"Pourquoi le repas n'est pas prêt, hein ? Tout le monde attend à cause de toi ! Tu crois que tu peux faire attendre tout le monde ? Ça te fait plaisir de nous faire poireauter ? Déchet inutile ! L'Alpha est même en colère contre moi à cause de toi !"
Les gifles pleuvent avant même que j'aie le temps de répondre. Il ne se soucie pas de mes explications. Pourquoi est-ce aussi injuste ? Ce n'est pas ma faute ! Rory et Bill sont arrivés tard avec les courses qu'ils devaient apporter des heures plus tôt ! Je n'ai pu commencer qu'avec retard, et j'ai vraiment essayé de finir le plus vite possible, mais c'était une tâche impossible. Pourquoi est-ce moi qui prends les coups ?
Mon frère s'en fiche ; il ne m'écoute pas. Il n'est qu'une bête enragée et pleine de haine. Je ne peux que tenter de me protéger le visage avec mes bras pendant que les coups continuent de pleuvoir.
"Frère, s'il te plaît, arrête !" je supplie pendant que mes larmes coulent
"Qui appelles-tu ton frère ? Je n'ai pas de sœur déchet inutile comme toi !"
Mais je suis sa sœur ! Nous avons le même père, la même mère, comment peut-il dire ça ? Ses paroles font aussi mal que ses coups. Alec se souciait de moi autrefois. Il m'aimait, sa petite sœur, et jouait avec moi. Mais c'était il y a très longtemps, pendant notre enfance. Tout a empiré quand notre mère est morte. Il avait douze ans, et moi huit ans.
Il a trouvé ma mère et moi tard dans la nuit, une nuit d'orage, dans une mare de sang. Je me souviens de l'horreur sur son visage - la stupeur dans ses yeux, et comment il a fui la scène. Son attitude a complètement changé après cela, tout comme la meute.
Il arrête enfin de me frapper, à bout de souffle, toujours rouge de colère. Ça fait tellement mal. Je garde les bras autour de moi, au cas où il déciderait de recommencer. Mais il recule.
"Dépêche-toi ! Je te tue si tu ne te dépêches pas ! Maudite fille !"
Il quitte la pièce, et je baisse lentement les bras, encore tremblante. J'essaie de ne pas pleurer alors que je sens les larmes remplir mes yeux. Je me lève et ignore la douleur pour retourner cuisiner. Je me dépêche. Je sais que ses menaces sont réelles. Je ne peux pas répondre, je ne peux que me concentrer sur ma tâche.
Je touche les endroits douloureux avec hésitation. Ça fait un mal de chien... De nouvelles bleus viennent s'ajouter à ceux que j'ai déjà. Parfois ça fait mal pendant des jours, et la douleur m'empêche de dormir. Est-ce que je pourrai un jour fuir tout ça ? Parfois j'ai peur qu'il me tue.
Je termine enfin de cuisiner et apporte les assiettes dans la salle à manger. Beaucoup de paires d'yeux suivent chacun de mes gestes. Certains membres de la meute me sourient méchamment, d'autres font comme si je n'existais pas. Je préfère ces derniers. Je garde les yeux baissés et pose une assiette après l'autre sur la table, espérant que personne n'a envie de m'embêter aujourd'hui.
Je suis presque finie de servir quand je sens soudain quelque chose sur ma cuisse. Une grosse main m'agrippe ! Je m'éloigne de ce toucher dégoûtant en frissonnant, et réalise que la main est celle de Marcus. Il a plus du double de mon âge et c'est un vrai pervers. Je ne peux pas retenir un petit cri de dégoût et recule précipitamment. Au bout de la table, l'Alpha Vince frappe la table du poing aussitôt qu'il m'entend, ce qui me fait sursauter.
"Nadia ! Tais-toi et sors d'ici ! Qui a envie de voir ta figure quand nous allons manger ! Pars !"
Je fuis pour quitter cette pièce pleine de regards de haine et de dégoût. Certains membres de la meute sourient même méchamment ou sifflent quand je passe près d'eux. Je lève la main pour toucher ma cicatrice par réflexe et la cache rapidement avec mes cheveux en sortant de la pièce. Je ne peux respirer à nouveau que quand j'arrive enfin dans la cuisine vide. Doucement et vite, je trouve des restes d'hier dans le frigo et remplis une petite assiette pour l'emporter en bas. Je ne veux pas être là quand tout le monde sort de la salle à manger.
Le sous-sol de la maison principale est une grande pièce poussiéreuse, remplie de meubles usés, d'objets cassés et de vieilleries dont personne ne veut.
Et moi. Je me retire sur un vieux canapé jaunâtre et délabré et m'assois pour manger ma lasagne froide. C'est l'endroit où je suis le plus en sécurité. Personne ne vient ici, et je doute que beaucoup de gens sachent même que j'y vis réellement. Oui, c'est ma chambre. Ça fait neuf ans que c'est le cas...
J'ai essayé de le ranger un peu pour me sentir un peu plus à l'aise, mais je ne m'y habitue jamais. C'est poussiéreux peu importe combien de fois je nettoie, et il n'y a qu'une petite fenêtre. Pas de chauffage non plus. Les nuits d'hiver sont presque insupportables, même quand je rassemble tous les vieux vêtements et draps que je peux pour me couvrir.
Face à moi, un grand miroir cassé montre mon reflet brisé.
Les réprimandes de l'Alpha me reviennent à l'esprit. J'avais oublié ma cicatrice. J'ai dû mettre mes cheveux derrière mon oreille sans réfléchir pendant que je cuisinais… Je ne l'aime pas non plus. Elle part de mon sourcil jusqu'à ma mâchoire en une ligne rouge vive et irrégulière. Je passe les doigts dans mes cheveux, essayant de cacher cette hideuse cicatrice avec mes boucles sombres.
Je trouve la fille dans le miroir tellement pitoyable… Elle est maigre, petite et pâle. On dirait une enfant malade alors que j'ai déjà dix-sept ans. J'envie les autres filles de la meute. Des filles comme Jessica ou Amber, avec leurs traits féminins, leurs corps galbés et leur assurance. Elles ont le même âge que moi, mais c'est comme si nous venions de mondes différents. Tout ce que je peux faire, c'est essayer de vivre aussi discrètement que possible, éviter la colère de mon frère et les regards méchants des membres de la meute. Ils me haïssent tous.
Soudain, je me réveille, toujours sur le canapé. Oh Déesse de la Lune, est-ce que je me suis endormie ici ? Mon frère va me tuer ! Je me lève aussi vite que possible et cours vers les escaliers, mais à peine sortie du sous-sol, je l'entends déjà.
"Nadia ! Monstre inutile ! Où te caches-tu ! Attends que je t'attrape !"
Je me fige près des escaliers du sous-sol. Quelle heure est-il ? J'essaie de trouver une explication pour mon absence, mais rien ne me vient à l'esprit. Alec crie encore, je pense de l'extérieur. Il doit me chercher en pensant que je suis allée dans la forêt. Notre meute est installée à la périphérie de la ville, ce qui nous permet d'aller courir quand nous le voulons. Pour ceux qui peuvent se métamorphoser….
Je fais quelques pas dans la cuisine, hésitante. Est-ce que je devrais essayer d'aller dans la salle à manger et commencer à nettoyer comme si rien ne s'était passé ? Je pourrais essayer de monter me cacher dans l'une des chambres...
Soudain, une vague de douleur me frappe le cuir chevelu. On m'attrape violemment les cheveux par derrière, et je perds l'équilibre en étant tirée de force.
"La voilà !" dit une voix féminine. "Alec, j'ai ta s****e de sœur !"
C'est Amber, qui ne me lâche pas peu importe comment j'essaie de lui échapper. Mon frère fait irruption et me frappe très fort, tellement fort que je m'écrase au sol.
"Pardon ! Pardon !" je supplie, déjà en sanglots "Alec, je suis désolée je viens juste de..."
"Veux-tu bien te taire p****n ! Où te cachais-tu, s****e ! Tu pensais que les corvées se feraient toutes seules ? Ou espérais-tu que quelqu'un le fasse pour toi, hein ?"
"Pourquoi diable l'Alpha garde cette fille, encore une fois ? Elle est tellement inutile et bête !" dit Amber.
"Pardon, je le fais tout de suite ! Pardon !" je sanglote.
Je me lève pour aller jusqu'à l'évier et ouvre l'eau pour commencer à laver la vaisselle, essayant de retenir mes larmes. Mon frère et Amber continuent de parler, mais au moins il a arrêté de me frapper. Il ne devient pas trop v*****t avec moi quand quelqu'un d'autre est dans la pièce, surtout une fille.
"Si tu fuis ou te caches de tes corvées encore une fois je te tue !" il jure en quittant la pièce, suivi d'Amber qui ne peut pas s'empêcher de me sourire méchamment.
J'en ai tellement marre.
Quand est-ce que ça s'arrêtera ? C'est mon enfer, jour après jour. J'ai essayé de fuir, je l'ai fait. Mais mon frère est bien plus rapide que moi, et je ne peux distancer aucun loup quand je ne peux pas me métamorphoser moi-même. J'ai pris la pire raclée de ma vie quand ils m'ont attrapée. Je pensais vraiment qu'ils allaient me tuer à ce moment-là. Mais ils ne l'ont pas fait.
J'aimerais tellement qu'ils me laissent partir, mais où irais-je ensuite ? Je n'ai pas d'autres parents ni d'amis. Je n'ai pas un centime non plus. Où pourrais-je aller... ?
Ne pleure pas, Nadia. Arrête.
Ça ne sert à rien.