Le poste de police est désert et silencieux, les seuls bruits proviennent des ordinateurs qui ronronnent doucement et des murmures lointains des agents dans les bureaux adjacents. L’atmosphère est lourde et calme, comme si le temps s’était arrêté dans cette ville où le soleil est roi.
Soudain, la porte s’ouvre avec fracs, faisant sursauter les quelques agents présents. Katarina, les cheveux échevelés et les yeux fatigués, déboule dans le poste de police comme une tornade, son accent sicilien se mêlant à son désespoir.
« Il faut faire quelque chose ! » Hurle-t-elle, sa voix tremblante de désespoir. « C’est Giulia, je suis sûre que c’est elle qui le garde ! Il faut le retrouver, mon père n’est pas mort. »
Les agents se tournent vers elle, surpris par son irruption soudaine. L’un d’eux, un homme d’âge moyen avec une expression calme et un accent palermitain, se lève de son siège et s’approche d’elle.
« Jeune fille, que se passe-t-il ? Qu’est-il arrivé à votre père ? »
« Il a disparu le soir de la confrontation entre les deux mafia. Mon père est Donato Russo. Je suis sûre que c’est Giulia qui l’a kidnappé. Elle le cache quelque part. »
A l’entente de ce nom depuis son bureau, le capitaine Bianchi sort de demande aux autres de vaquer à leurs occupations. Il invite Katarina à le suivre dans son bureau où se trouve Pablo.
« Vous pouvez vous asseoir, » Dit-il en lui montrant le fauteuil. « Un verre d’eau ? »
Elle hoche la tête et il lui sert un verre d’eau qu’elle boit d’une traite.
« Que disiez-vous tout à l’heure ? » Lui demande le capitaine.
« Je sais que dès lors que vous mettrez la main sur mon père, vous le mettrez directement en prison mais je préfère le savoir en prison que sous l’autorité de cette g***e. Elle est dangereuse. Je ne peux pas le prouver mais cette fille n’est pas claire. »
Le capitaine lance un regard suspicieux à Pablo. Il ne sait pas si cette fille parle ainsi à cause de la disparition de son père ou s’il devrait réellement se méfier de Giulia.
« Et cette femme, qui est-elle pour votre père ? »
« Sa compagne, » répond Katarina avec un goût amer dans la bouche. « Giulia est la compagne de mon père et ce dernier lui a tellement fait confiance. Elle est douce en sa présence mais faut voir quand il n’est pas là. Depuis la disparition de mon père, elle a pris le pouvoir. »
Le capitaine se redresse dans son fauteuil en écoutant sa dernière phrase. Giulia ne lui avait pas dit cela et pourtant elle est censée rendre compte de tout ce qu’elle fait concernant la mafia Russo.
« Je peux avoir plus de détails ? »
« Le lendemain du soir où mon père a disparu, elle a tenu une réunion, pas pour organiser sa recherche mais pour dire qu’il fallait bien s’occuper du réseau de peur qu’il ne tombe. Juste quelques jours plus, elle se proclamait la nouvelle cheffe de la mafia Russo, ce qui devait en temps normal me revenir de droit. Aujourd’hui c’est elle qui dirige la mafia Russo comme bon lui semble alors, si tous les mafieux sont des criminels aux yeux de la loi, vous devez l’arrêter et rechercher mon père. »
Des questionnements ne cessent de défiler dans l’esprit du capitaine. Il se demande ce que Giulia cherche exactement à faire. C’est l’un de leurs meilleurs éléments au commissariat de Palerme depuis des années et il lui a toujours aveuglément fait confiance.
« Vous devez rentrer, mademoiselle Russo. Nous vous ferons signe dès qu’on aura la trace de votre père. »
Elle hocha la tête et se lève. Elle suit le capitaine jusqu’à la porte et ce dernier la laisse sortir.
Il se tourne vers Pablo et lui demande de reconnecter tous les fichiers concernant l’attaque à la villa de Marco Conti. Il sait parfaitement que c’est dangereux de douter de son agent qui a mis sa vie en danger en s’infiltrant dans un réseau de mafia mais aussi, il ne peut pas passer outre de ce que pense Catarina même si c’est à cause du désespoir.
Ça fait deux heures qu’ils essaient d’obtenir quelque chose mais tout se mélange.
« Vous me semblez très pris. »
Ils lèvent tous deux leurs têtes et voient Giulia qui les regarde curieusement.
« Quand es-tu arrivée ? » Lui demande le capitaine.
« J’ai frappé et comme je ne recevais pas de réponse et que la porte était à moitié ouverte, je suis entrée. »
Elle se rapproche du tableau sur lequel ils sont en train de travailler et semble surprise. Elle les regarde tour à tour avant de pointer le tableau du doigt.
« On n’est pas censé faire des recherches sur la réelle identité de l’homme qui a été tué par la mafia des Conti et son lien avec Valentino Rizzi ? »
Le capitaine se racle la gorge et s’éloigne du tableau, suivit de près par le regard de Giulia.
« C’est une même affaire, Giulia. Tu sais bien que ce qui a déclenché toute cette histoire de Valentino Rizzi et de son cousin est la disparition de Donato Russo. Je suppose que si on arrive réellement à savoir où se trouve Donato Russo, vivant ou mort, on aura des réponses. »
« Oui mais je suis certaine que si on mettait vraiment la pression sur Valentino, il nous dirait ce qu’il a fait de Donato. »
Le Capitaine se tourne vers elle, les bras croisé sur son torse et la tête sur le côté.
« Tu n’as pas tort. Mais dis-moi, comment ça se passe désormais chez les Russo ? Leur mafia. Le Leader est hors-jeu depuis un moment alors qui la dirige désormais ? »
Giulia ne s’attendait pas du tout à cette question. Elle doit répondre honnêtement de peur de perdre la confiance du capitaine s’il venait à apprendre la vérité.
« J’ai décidé de diriger la mafia Russo. »
Le capitaine, un homme d’expérience avec des années de service dans la police, est pris au dépourvu par l’annonce de Giulia. Il la regarde, les yeux écarquillés, comme s’il ne peut pas croire ce qu’il vient d’entendre.
« Que viens-tu de dire ? » Demande-t-il la voix basse et incrédule.
« Je sais que j’aurais dû vous en parler depuis le début mais jamais vous n’aurez accepté. Ecoutez, Capitaine, laisser ce réseau entre les mains d’un autre criminel ne nous aurait avancé en rien. Tant que je dirige tout sous la couverture de la police, il nous sera facile de libérer Rome de tous ces malfrats. »
Le capitaine sent un frisson lui parcourir l’échine. Il a toujours su que Giulia était une femme intelligente et ambitieuse, mais là, c’est différent. Il se demande si elle est sérieuse.
Il commence à douter d’elle. A se demander si elle n’est pas en train de jouer un jeu plus grand qu’elle. Est-ce qu’elle est vraiment capable de diriger une organisation aussi puissante ? Ou est-ce qu’elle est juste une pionne dans un jeu complexe.
Le capitaine sent son esprit s’emballer, essayant de comprendre les motivations de Giulia. Est-ce qu’elle cherche à se venger de quelque chose ? A prouver quelque chose ? Ou est-ce qu’elle a simplement un goût pour le pouvoir.
Il la regarde, essayant de lire dans ses yeux, mais Giulia est une experte pour cacher ses émotions. Il ne voit que de la détermination et de la confiance, mais il sait que cela peut être trompeur.
« Il y a une personne qui croit fermement que tu es derrière la disparition de Donato Russo, » lui annonce le capitaine.
Giulia ne semble point troublée par cette annonce parce qu’elle sait que cette personne ne pourra jamais prouver.
« Qui donc, capitaine ? »
« Katarina Russo. Celle qui espérait succéder son père. »
Giulia serre les poings et détourne son regard de celui du capitaine. Elle se demande ce que cette gamine lui veut réellement.
« Elle est juste troublée par la disparition de son père et c’est pour cela qu’elle raconte n’importe quoi. »
« Je le crois aussi mais fais attention à toi. »
Ils échangent encore quelques minutes et elle s’en va.
« Vous pensez qu’on devrait la faire suivre, capitaine ? » Demande Pablo.
« Pas tout de suite. Elle est très intelligente et si jamais elle n’a rien fait de mal, ça nous causera des ennuis. »