Première partie, suite chapitre XI

5000 Words
t**************e et de blanchiment d’argent.              Face à ces menaces, qui provenaient de personnes inconnues, le juge d’instruction, aussi  inflexible qu’incorruptible, savait que ses gens à multiples visages étaient bel et bien dangereux, mais il se rendait toujours à l’évidence qu’avec la justice, on ne pouvait pas badiner et déroger sur un coup de tête aux règles de la loi en vigueur.           C’était à maintes reprises que la gouvernante de la maison tendait l’oreille aux conversations que ce couple se tenait au sujet de leurs activités.           A peine se mit-il à table pour le dîner avec sa femme et ses deux enfants, le juge dit d’entrée de jeu :      — Aujourd’hui, c’était une des journées les plus inoubliables dans ma vie de magistrat.      —   Qu’y a-t-il de particulier en cette journée, papa ? dit Laura.      —  Rien, ma fille, dit sa mère. Tout va bien ! —        — Quand tu grandiras, ma fille, répondit son père, tu pourras comprendre la particularité et l’importance de certains moments où l’on peut se targuer d’avoir réalisé soit disant un exploit et rendu justice aux hommes.     — Tu nous parles toujours de justice, papa, dit Laura, mais tu ne nous as jamais dit ce que c’est que exactement.    — Ce concept a plusieurs définitions, ma fille, mais pour faire simple, j’aimerais bien le définir du point de vue juridique.    — Alors explique-nous, maître, dit Adriana qui le regarde avec le sourire aux lèvres.     — Et toi, aussi, petit Antonio, tu en veux une définition ? dit le juge à son bébé qui entrera bientôt dans l’âge de quatre ans. Qu’est ce que tu veux être quand tu deviens grand ?     — Je veux être un héros comme Tarzan ou Zembla des b****s dessinées, papa.     — Pour combattre et vaincre les malfaiteurs en ce bas-monde ! dit sa mère.     —  Et toi Laura ! Qu’est ce que tu veux être dans l’avenir ? demanda son père.     —  Je veux être journaliste comme ma mère, dit Laura.                           Pour montrer à ses enfants l’amour et l’intérêt qu’il portait au travail effectué par leur mère, Maître Marco apprécia bien cette idée et dit :      — Tu feras, à coup sûr, une bonne journaliste comme ta mère, dit son père. Une vraie battante qui cherche, malgré les adversités, à triompher des ennemis de la société. Mais, pour réaliser ton rêve, tu dois d’abord te consacrer à tes études. A propos ! Je n’ai pas encore vu ton dernier bulletin.      — Quand je l’aurai eu, tu seras, cher papa, le premier à le voir, dit-elle, parce que j’ai de bonnes notes en tous mes derniers examens. Donc, je n’ai pas intérêt à te les cacher. N’oublie pas que tu m’as promis de m’acheter un vélo tout neuf au cas où mes résultats seront satisfaisants et de nous amener tous, pendant les grandes vacances à notre maison de la plage.         Malika, la gouvernante, qui se tenait d’aplomb près d’un coin de la table, intervint :     — Vu tes meilleurs résultats, tu mérites, ma petite chérie, plus qu’un vélo. Ton cher papa t’aime beaucoup et tu vas voir de quoi est-il capable.      — C’est vrai papa ? dit Laura. Alors puisque tu m’aimes, je veux que tu m’expliques ce qu’est la justice.      — Puisque tu insistes, mon petit cœur de soleil, je veux te donner une citation que je fais mienne depuis mon jeune âge. Voltaire disait : « l’homme juste est le plus tranquille de tous les hommes. ». Et tu peux en trouver d’autres quand tu commenceras à élargir tes connaissances.     — Et je peux savoir qui est Voltaire ? dit-elle en regardant sa maman avec les yeux brillants.   —  Bien sûr que tu peux le savoir, ma chérie, ajouta sa mère.    —  Et moi aussi, cria Antonio en levant le doigt comme s’il était en salle de classe.     — Ecoutez les enfants, dit leur mère, Voltaire est un écrivain et philosophe français du dix huitième siècle. Gardez ça en mémoire et quand vous serez au secondaire, on vous en parlera plus. Alors ne précipitez pas les choses, vous allez finir par tout apprendre en grandissant. Concentrez-vous sur vos assiettes ! Il faut que vous mangiez votre repas pour aller réviser vous cours avant de vous  mettre au lit. Laissez vos jouets de côté. Ils sont toujours là pour vous et personne d’autre que vous n’y touchera.         Comme il est habitué à exprimer ses désirs de telle sorte, Antonio s’arrêta de manger pour attirer l’attention de ses parents sur ses préoccupations ; il garda le silence en baissant les yeux pendant un laps de temps. Quand sa mère s’est aperçue de son attitude, elle lui demanda :     — Qu’est ce qui te préoccupe, mon ange, pour que tu ne te remettes pas à manger ? Ton assiette est encore à moitié pleine.    — Tu n’as pas faim, mon trésor ? dit la gouvernante en se penchant sur lui. Tu veux que je te serve autre chose.     —  Non ! dit le petit en hochant et en lançant un regard furtif vers ses parents.             — Toi, aussi, tu veux un vélo neuf ? lança son père.     —  Je veux autre chose ! dit-il, le vélo, j’en ai déjà.     — Mais dis-nous ce que tu veux exactement, mon fils, dit son père. Parle ! Exprime tes désirs !    — Je veux grandir vite et avoir la force et la carrure de Rambo, dit Antonio.        Laura qui connaît bien son frère et ses prédispositions enfantines expliqua ses raisons de dire des choses pareilles qui étaient le fruit de leur sujet de discussion :    — Antonio m’a dit qu’il voulait entrer dans un gymnase pour développer sa musculature et apprendre également le Kung Fu pour pouvoir ainsi être en mesure de nous défendre contre les vampires et les croques mitaines qui nous perturbent la vie.     — Je dois m’estimer heureux de vous entendre parler de ces choses, dit leur père, que même les grands de nos jours sont encore en difficulté de les vaincre et d’extirper le mal qu’ils sèment à leur passage. Je ne te promets pas monts et merveilles, mon fils, mais rassure-toi que de mon vivant, Je ferai de toi un homme apte qui jouirai de toutes les capacités physiques et intellectuelles pour jouer le rôle de bon citoyen crédible et bien intentionné. Ton repas risque de refroidir, finis-en avec cette assiette pour sortir de table.          Malika, qui a été passionnée par cette discussion d’un père avec ses enfants, se félicita de louer ses services à des gens honnêtes, indulgents, difficile à soudoyer et  imbus de compassion et d’empathie. Et pour l’exprimer haut et fort, elle dit :     — Je suis très contente de vivre parmi vous cette ambiance familiale emprunte de chaleur humaine et de convivialité. Je ne cesse guère de parler de vous et d’encenser votre bonhomie. Ma sœur Amina, avec qui je partage de temps en temps quelques moments de plaisir, souhaiterait vous voir pour vous proposer ses services en cas de besoin.   —  Et quel âge a-t-elle ? dit-il.   —  C’est sa cadette, dit Adriana.     —  Tu la connais, toi ? dit-il à sa femme.    — Je l’ai croisée plusieurs fois lorsque je faisais les courses avec Malika. C’est une femme charmante et agréable. Elle ne diffère en rien de sa sœur.     —  Et que fait-elle dans la vie ? dit-il.      — Ma sœur est directrice du foyer de l’enfance, dit-elle. Vous connaissez cet endroit, monsieur le juge ?     — Oui, je le connais, mais je n’ai jamais eu l’occasion de m’entretenir avec cette femme pour déduire enfin qu’elle est ta sœur. Je pense qu’elle est en train de faire du bon travail. Elle a pu accueillir des dizaines d’enfants mineurs, issus de milieux sociaux défavorisés et sur un coup de tête, abandonnés à leur sort dans la rue, et les sauver de la déperdition de volonté. La majorité de ces garçons occupent aujourd’hui des postes non négligeables. Je serai très content de recevoir sa visite chez nous. Tu peux l’amener le jour où je ne serai pas trop occupé.             En entendant ces belles paroles venant d’un magistrat de qualité, Malika se sentait aux anges et elle ajouta :       — Elle sera très fière, monsieur, de faire votre connaissance. Je l’amènerai ici quand la situation est opportune.     —  Est-ce qu’elle est mariée ? dit-il.   —  Elle est veuve et sans enfants, avoua-t-elle.         Pour consoler la gouvernante, qui semblait ressentir ce complexe de l’instinct maternel non assouvi, Adriana se porta à son secours en disant :      — Avec ces enfants qui l’entourent jour et nuit dans ce foyer, je pense qu’elle est amplement comblée et que cet état de veuvage dans lequel elle se trouve ne pèse pas lourd sur sa situation.     — Elle est bien dans sa peau. Toutes celles et ceux qui ont vécu au sein de cet endroit, la traitaient comme leur seconde génitrice et l’appelaient «  ma mère ». Certains d’entre eux viennent la voir de temps à autre, histoire de la remercier de les avoir éduqués et de veiller  sur leur instruction.          Quand tout le monde a fini de manger et sorti de table, Malika ramassa les couverts et les amena à la cuisine pour les laver. Pour aider les maîtres de maison à digérer le copieux repas qu’ils viennent de savourer, elle leur prépara un digestif et l’apporta au salon de séjour où ils se sont installés pour regarder la télévision et discuter entre temps de leurs perspectives d’avenir.            Adriana qui était une fouineuse invétérée, habituée de passer du coq à l’âne, prit le journal apporté ce soir par son mari qui ne l’a peut-être lu qu’en diagonale, l’ouvrit sur la page des faits divers et son regard tomba sur la photo d’Anna publiées dans la case des disparus.             A peine eut-elle pris connaissance de l’information qu’elle fut sur le point de la lui annoncer, son mari remarqua son agitation spontanée et lui posa la question d’en savoir le motif, Adriana lui tendit le journal et dit :      — Tiens ! lit ce qui est écrit en regard de cette photo si tu ne l’as pas fait.     — Je ne l’ai pas lu, ce journal parce que j’étais tellement pris par plusieurs affaires à instruire. Qu’y a-t-il à lire ?    — Cette enfant qui figure parmi ces disparus est la fille du médecin Rose, dit-elle, la sœur de Maria dont on vient à peine de ramasser le corps carbonisé et l’enterrer dans une ambiance de tristesse et de consternation.          N’étant absolument pas surpris de la nouvelle, qui a bouleversé sa femme, au point de l’avoir quasiment déconcertée, le juge d’instruction, qui demeura de marbre, ne montra aucune sorte d’empathie, mais il n’a pas pu s’empêcher pour autant de se prononcer sur le fait :    — Je pense que la disparition de cette fille n’est qu’un cas parmi tant d’autres. La police va se charger de cette affaire pour la retrouver. Ce que tu dois faire maintenant, c’est d’appeler sa mère pour lui demander de ses nouvelles. Moi, je ferai de mon mieux pour faire activer les recherches.         Adriana prit son téléphone et chercha dans le répertoire, mais elle n’a trouvé que le numéro de Maria qu’elle gardait encore. Elle se tourna vers son mari et lui dit :    — Veux-tu m’aider à trouver un autre moyen pour contacter Rose ? Je n’ai pas son numéro.    —  Mais dis-moi, c’est qui son mari ?          Sans prendre le temps de chercher dans sa mémoire, elle répondit spontanément :    —  C’est le proprio de l’hôtel Diego. Mais attends, j’ai peut-être trouvé la solution.           Le juge se remémora rapidement les soupçons qui tournaient autour de Diego et ses associés, mais il ne voulait rien  avoué à sa femme et s’intéressa uniquement au sujet dont il était question et demanda :    —  Je peux savoir quelle est cette solution ?          Andria se rappela que Lina, la sœur de Rose et Maria, lui avait laissé son numéro de téléphone le jour où elle l’avait croisée à l’hôpital.     —  Je vais appeler sa sœur Lina, dit-elle.          Le juge d’instruction qui resta focalisé sur la moralité douteuse de Diego, lui dit :     —  Appelle-la ! Elle pourra avoir le numéro de Rose ou de son goujat de mari.     —  Pourquoi est ce que  tu le traites de goujat ? dit-elle.           Le juge d’instruction en savait trop sur Diego. C’était à ses yeux un mufle d’une indélicatesse rare envers les gens de la plèbe. Il incarnait le portrait type d’un misogyne qui n’aimait les femmes que pour profiter d’elles et les molester à la manière d’un macho. En revanche, c’était un timoré, voire un trouillard qui faisait montre d’une obséquiosité excessive envers ses manipulateurs.          Mais en guise de réponse brève à sa question, il lui dit :   —  Parce que c’est un homme grossier et tu peux deviner tout ce qu’on pourrait attendre de mal ce genre de personne.           Adriana n’avait aucune idée contraire sur la personnalité de Diego pour réfuter les paroles de son mari. Elle les a prises pour argent comptant et dit :     — J’espère que le sujet de notre discussion ne soit pas de l’ordre de la médisance et du dénigrement.     —  Ce n’est qu’un jugement de valeur, dit-il.         A l’autre bout du fil, la voix d’une femme s’entendit  faiblement. C’était bel et bien Lina. Elle avait l’air d’avoir le cœur brisé à cause du chagrin et du sentiment de désarroi qui l’accablait.    —  C’est Lina ? dit Adriana.      —  Oui, c’est bien moi, laissa-t-elle entendre.     — Je suis vraiment désolée pour tout ce qui vous arrive. Je viens de l’apprendre par la presse écrite. Je voulais parler à Rose pour lui exprimer ma tristesse et mon inquiétude à propos d’Anna, mais je n’ai pas son numéro de téléphone.    — Ne raccroche pas s’il te plait. Elle est là avec nous, chez mes parents.          Nino qui ne lâchait pas d’une semelle Lina, pendant ses heures de repos voulut savoir la provenance de cet appel.  —  C’est qui alors ? dit-il.  —  Personne ! rétorqua-t-elle.        Lina qui ne supportait pas les imbécilités de son mari, sortit de sa chambre pour aller voir sa sœur assise dans le salon avec ses parents. Elle lui tendit le téléphone et dit :    —  Un appel pour toi, ma sœur. C’est Adriana, la collègue et amie de notre défunte sœur.    —  Allô ! Adriana, je suis Rose. Comment vas-tu ?    — Disons bien, mais je suis grandement désolée pour ce qui vient d’arriver à ta fille. Je viens juste de l’apprendre. Et où en êtes-vous avec ses ravisseurs ?    — Je te remercie de m’avoir appelée pour m’apporter ton soutien. Ma fille a disparu de la maison le jour où j’ai assisté aux funérailles de Maria. Je l’ai laissée à la maison sous la garde de la gouvernante. Et quand je suis revenue chez moi, je n’ai pas fait attention de voir immédiatement si elle était dans sa chambre comme elle me l’avait dit Alberta.     —  C’est qui Alberta ? dit Adriana.     —  C’est notre gouvernante, répondit Rose.     —  Excuse-moi, il ne m’était jamais donné de connaître son nom. A propos ! Que dit la police ?     — Les recherches sont déjà entamées, mais les chances de la retrouver sont minimes et moi, je meurs de chagrin au jour le jour.     — Ne désespère pas tant que les ravisseurs n’ont proféré aucune menace à ton égard, dit Adriana.            Rose qui ne voulait pas mêlé tout le monde à ses problèmes avec Diego qui pourrait être à l’origine de cette situation, ne lui a rien dit à propos des messages qu’elle avait reçus du maître chanteur.      — Désespérer ou pas, ça ne changera rien dans le cours des choses. Ces criminels sans cœurs m’ont portée un coup trop dur à supporter. On dirait que la fatalité nous frappe exprès. Tous les membres de ma famille se sentent déjà dépités et désemparés à cause de l’assassinat de ma sœur qui comptait beaucoup pour eux et la disparition de ma fille vient d’en rajouter une couche.     —  Je ressens ce que tu ressens, chère Rose. Mais, en pareilles circonstances, je te suggère de prendre ton mal en patience et de reste optimiste dans l’attente d’une éclaircie.     —  Merci de cet appel, Adriana, je te saurai gré de ces mots consolateurs qui vont droit au cœur           Après avoir raccroché, Rose fondit en larmes. Sa mère et sa sœur Lina éclatèrent elles aussi en sanglots. Lucas, le père de la famille, qui restait stoïque malgré son état de santé fragile, soutenu par Nino, son beau fils, se portèrent à leur secours pour les soulager et essuyer leurs larmes.     —  Avec qui tu parlais au téléphone, ma fille ? dit son père.     —  Lina qui tenait le coup mieux que personne répondit à la place de Rose.    —  C’était Adriana, la journaliste. Elle voulait savoir où l’on en était avec l’e********t d’Anna et soutenir Rose en même temps. Tu connais cette femme, je suppose !     — Bien sûr qu’il la connait, dit sa mère. C’est l’amie de classe et collègue de notre Maria qui l’invitait à maintes reprises à nous rendre visite.          En remémorant le visage sublime de cette fille, Lucas confirma les dires de sa femme :    — Comment je peux oublier ce beau visage qui m’inspirait aussi bien de la vivacité que de la curiosité et de la motivation à chaque fois que je la regardais ?            Aux yeux de Rose, Adriana est le genre de personne qui, quand elle s’engage dans un terrain de jeu, de quelque nature que ce soit, et une fois que le décor est planté, elle n’abandonne pas au moindre écueil rencontré.           Elle et Maria incarnaient le portrait type de vraies journalistes. Autrement dit, elles jouissaient d’une certaine élégance métaphysique et avaient le don et la faculté de créer une alchimie avec toutes les catégories de personnes, du teenager jusqu’au vieillard.           Pour abonder dans le sens de son père, elle apprécia ses paroles sincères :    —  Ton jugement est tout à fait pertinent. Tu as sans conteste le sens et l’art d’évaluer les gens à leur juste valeur.     —  Est-ce qu’elle est mariée, elle aussi ? dit Nino par esprit de curiosité.    —  C’est l’épouse du maître Marco, l’un des juges d’instruction les plus éminents de notre ville, rétorqua Rose. C’est quelqu’un d’honnête et d’intransigeant qui ne se laisse pas soudoyer.     —  Et comment tu peux en être sûre ? dit Nino     — Si tu ne le sais pas encore, dit Rose, rends-toi près du  tribunal et tends l’oreille au commérage et aux conversations des uns et des autres et tu finiras par savoir qui est le juge, Marco.            Nino, l’homme craintif qu’il était, n’a jamais fait de mal à une mouche et se croyait vulnérable à tout les coups. C’était quelqu’un qui manquait de trop d’audace pour s’approcher des tribunaux ou nouer de quelconques relations  avec  les justiciers.           Mais pour cacher ses points faibles à ses beaux parents et encore moins à sa femme, Lina, il répondit à l’injonction de Rose :       — Moi, je connais les coulisses des tribunaux tout comme ma poche et je sais très bien ce qui se trame entre les hommes de loi et certains bons vieux magnats des affaires.      — Arrête ton cirque ! Toi tu ne connais rien de rien, grogna Lina. Tu n’es qu’un vantard, un grippe-sou. Voilà ce que tu es ! Tu ne remplis même pas ton rôle de père pour t’occuper de ton fils qui a besoin de lait en poudre, de shampooing, de savonnettes, d’une  nouvelle layette ou que sais-je encore.      — Alors ça suffit Lina ! cria Rose. Ce n’est maintenant ni le lieu ni le moment pour parler des choses pareilles.           Lina qui a donné naissance à un garçon, qu’on a appelé Flavio, il y avait presque six moi, ne s’entendait pas bien avec Nino et sa relation avec lui allait de mal en pis.            Pour calmer la situation entre les deux époux, son père qui n’a jamais aimé Nino pour son comportement de minable qui laisse beaucoup à désirer, enjoignit à sa fille de garder son calme :       — Il vaut mieux que tu sois un peu sage, ma fille. Laisse ses choses de côté et n’en parle plus devant nous. Moi, je ne veux être témoin d’aucune sorte de scène de ménage. Les moments de détresse que nous traversons sont largement suffisants pour accentuer notre mélancolie. N’en rajoutez pas une couche, s’il vous plaît !    — Avant que de laisser la situation s’envenimer entre vous, conseilla Emma, il faut envisager la possibilité de changer vos  attitudes pour mieux cohabiter et sauver pour ainsi dire votre mariage, sinon vous risquerez de ne jamais vous entendre.                                               XII              Afin de s’évader de cette ambiance stressante et remplie de tristesse, Nino prit congé de ses beaux parents et quitta la maison sous prétexte d’aller à l’hôtel pour finir un travail qu’il a laissé en instance.         Au beau milieu de la nuit, dans la rue presque déserte, au moment même où il était planté sous la lumière, assez faible, d’un lampadaire, en train d’attendre l’arrivée de quelque taxi en maraude, deux inconnus, gaillards et vigoureux, cagoulés, arrêtèrent brusquement à sa hauteur et descendirent prestement d’une moto. L’un d’eux lui pointa un coutelas sur la gorge, l’autre lui fouilla les poches pour le délester de son argent et de tout autre objet de valeur.         Afin de le neutraliser et ne lui laisser, d’aucune manière, le temps de réagir, ils le firent tomber par terre, le bâillonnèrent, lui lièrent les mains derrière le dos, lui mirent une bonne raclée et avant de prendre la poudre d’escampette, ils le jetèrent dans un buisson de ronces  à proximité de la bordure de route.              Il restait sur le carreau, affalé de tout son long comme un chien grièvement blessé, le visage barbouillé d’un filet de sang et le corps à moitié inerte, qui, puisque incapable d’aboyer sur les méchants pour alerter son maître et appeler à la rescousse, il geignait du mieux que faire se peut pour qu’un noctambule déambulant, qui se rendît compte de ses gémissements,  pouvait se porter à son secours.              Bien que tout roué de coups, la victime de cette agression qui se remit à peine de ses douleurs, se releva tant bien que mal et retourna à la maison de ses beaux parents tout en titubant à la manière d’un vieillard décrépit ou plutôt comme un rescapé de guerre qui ne pouvait marcher qu’en traînant lourdement ses jambes à cause de ses graves blessures.             N’étant pas en mesure de se relever entièrement pour atteindre le bouton de la sonnette, il frappa si faiblement à la porte capitonnée que personne de la maisonnée ne l’avait entendu. Un policier en uniforme, voisin du palier, qui rentra de son service, le trouva ramassé sur lui-même et blotti contre l’embrasure extérieure de la porte à cause du froid.          Quand il le toucha sur l’épaule pour voir ce qu’il est advenu de lui, l’agressé cria de douleurs.    —  Qu’est ce que tu as ? dit le policier.           Nino qui articula à peine ses mots comme s’il a avalé sa langue répondit :     —  On m’a agressé sur la voie publique.     —  Qui ? dit le policier.     — Deux inconnus qui avaient le visage masqué. Ils m’ont arraché entre autres mon portefeuille avec tout mon argent.     —  Et quoi d’autre ? dit le policier.      — Il y a d’autre chose, mais sans importance, dit-il en feignant de dire la vérité.            Le policier, qui le dévisagea de la tête jusqu’aux pieds, remarqua seulement quelques ecchymoses sur son visage et dit en plaisant:      — Il me paraît que tu as reçu un coup de poing en plein figure ! Je dirai même que tu viens de sortir d’un ring tout vaincu !      — Tu ne vois que ce qui est apparent sans savoir que j’ai reçu une bonne raclée et que toutes les parties de mon corps m’ont font très mal. Ces malfaiteurs ont failli me tuer pour me dérober.            Le policier ne connaît pas Nino parce qu’il n’a jamais rendu visite à ses beaux parents pour la seule raison qu’il est toujours absorbé par le travail à l’hôtel.       — Mais, dis-moi, que fais-tu devant cette porte ? Je ne t’ai jamais vu ici, dit-il.       — Ici, comme tu dis, c’est la maison de mes beaux parents que j’ai quitté tout à l’heure pour me rendre à mon poste de travail, mais étant agressé, j’y suis  revenu pour leur demander de l’aide. J’ai beau frapper à la porte et crier du mieux que j’ai pu, personne ne s’est rendu compte de ma présence. Il paraît que toute la maisonnée  dort à poings fermés.           Sur deux coups de sonnette donnés par le policier, Lucas s’est réveillé, alluma son abat jour puis la lumière du patio et se dirigea vers la porte en traînant ses pieds      —  Qu’y a-t-il, dit-il ?       — Ouvrez s’il vous plait ! C’est votre beau fils. Il s’est fait agresser, dit le policier.              Sans poser plus de questions, Lucas ouvrit la porte prestement et quand il a vu l’état dans lequel était Nino, il a été pris de compassion à son égard.            Dès qu’il se pencha sur lui pour mettre sa main sur son épaule et le regarder dans le visage, la victime gémit de douleurs comme s’il avait une balle logé dans le ventre.            Après avoir pris congé du policier, il aida l’agressé à se relever et l’amena à l’intérieur de la maison. Rose qui avait l’habitude de s’occuper de ses patients au milieu de la nuit, se tourna plusieurs fois dans son lit avant de croire entendre la voix de Nino qui geint de douleur. Elle alluma sa veilleuse et tendit l’oreille pour s’assurer si c’était un rêve ou une réalité.          Au bout de quelques secondes, son père,  attiré par la lueur de la lumière, se dirigea vers sa chambre et l’appela à voix basse :     —  Rose ! Rose ! Lève-toi et viens vite. On a besoin de toi.     —  Qu’y a-t-il, papa ? dit-elle en sortant de sa chambre.     — On vient d’agresser Nino, susurra-t-il. Il est dans un état lamentable.      —  Où est-il ? demanda-t-elle. Je dois le voir pour l’examiner.      —  Viens ! Entre ! Je l’ai allongé dans le salon.             Rose, le médecin qu’elle était, le regarda dans le visage et dit :        — Et cet œil au beurre noir ?! Un coup de poing d’un vrai boxeur, je suppose.       — Ces criminels m’ont pris au dépourvu pour me piétiner, dit-il pour se justifier. Mais                                           
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