Le jet privé avait à peine posé ses roues que je sentais déjà le poids de chaque regard. Le silence dans le hall privé était lourd, presque oppressant. Mon équipe était là , figée, comme si le moindre mouvement risquait de tout faire basculer.
Sienna se tenait à mes côtés, calme et solide, son regard fidèle et protecteur. Elle était la seule à ne pas vaciller face à ce que je dégageais.
Mais Malik et Joss… leur attitude était différente. Leurs yeux évitaient les miens, et quand ils parlaient, c’était avec cette pointe de reproche à peine voilée.
« Thalia, » cracha Malik, la voix rude, presque blessante. « On dirait que la montagne t’a calmée… trop. Tu n’es plus la même. »
Joss hocha la tête, le ton chargé de rancune.
« T’es moins tranchante. Moins féroce. On te voit hésiter. C’est dangereux. »
Je serrai les poings, sentant la colère monter.
« Vous me jugez sans savoir ce que j’ai traversé. Je suis peut-être différente, mais je suis toujours la Reine. Et je ne vais pas laisser vos doutes me paralyser. »
Sienna s’interposa, ses yeux lançant des éclairs :
« Assez. Vous oubliez que c’est elle qui nous a sortis de situations que vous n’auriez jamais osé affronter. Si vous doutez, le problème vient de vous, pas d’elle. »
Malik pesta, croisant les bras.
« Peut-être, mais une Reine qui doute, ça devient une cible. »
Un silence pesant s’abattit. Je sentais le fossé grandir entre moi et certains de mes hommes, un mur invisible que la peur creusait.
J’essayai de les regarder dans les yeux, de trouver ce qui avait changé.
« Vous savez ce que je veux. Noam. Il est derrière cette attaque. Et je compte bien lui faire payer. »
Joss ricana, un rire amer.
« Tu fonces tête baissée. C’est ça qui va nous perdre. »
Je sentais les autres reculer, leurs regards plus froids, plus méfiants. Et pourtant, Sienna restait un roc, un phare dans cette mer de doutes.
Elle se tourna vers moi, douce mais ferme :
« Ne les laisse pas t’atteindre, Thalia. Ce sont eux qui craignent le changement. Pas toi. »
Je respirai profondément, reprenant le contrôle.
« Préparez-vous. Cette guerre n’est pas finie. Ceux qui veulent ma chute vont apprendre à quel point je peux être implacable. »
Sienna posa une main sur mon épaule, un geste silencieux d’alliance.
« Et moi, je suis là . Jusqu’au bout. »
Je la regardai, reconnaissante. Dans cette trahison rampante, elle était mon dernier rempart.
Et je savais que je devrais jouer serré. Parce que les ennemis ne sont pas toujours ceux qu’on croit.
Point de vue Vest :
Je m’appelle Vestiano Del Re. Mais ce nom, vous pouvez l’oublier. Ici, dans l’ombre, on me connaît par bien pire.
J’étais proxénète. Le pire genre. Celui qui achète, qui vend, qui s’approprie. J’ai acheté Thalia quand elle était enfant, à cette s****e de sa mère. Un marché sordide, un échange de misère et d’argent sale.
Elle n’était qu’un bout de chair à mes yeux, une marchandise à dompter. Mais elle, elle avait un feu qui brûlait trop fort pour qu’on l’éteigne.
Elle m’a tout pris, cette p****n de fille. L’innocence que je lui est voler, la puissance que je croyais contrôler. En grandissant, elle est devenue ce cauchemar dont je ne pouvais plus me débarrasser.
Elle a volé mon empire de la douleur et l’a transformé en royaume de sang. En Reine noire.
Mais je ne l’ai jamais détruite. Non. J’ai préféré la laisser vivre. Laisser ce venin d’envie s’insinuer en elle et en moi. Pour qu’elle sache ce que ça fait de goûter à la souffrance. De sentir chaque jour le poids du passé, du sang, des trahisons.
L’attaque dans son chalet en Suisse ? C’est moi qui l’ai orchestrée. Mes hommes, ma haine, mes ordres. Je voulais qu’elle crève là -bas, loin de tout, loin de sa ville, loin de tout ce qu’elle avait volé.
Mais elle s’est relevée. Cette g***e est une bête sauvage, plus coriace que je ne le pensais. Ça m’a brisé et allumé un feu encore plus noir en moi.
Alors j’ai changé de tactique.
Je vais la pourrir de l’intérieur.
Je sais qu’elle doute. Qu’elle sent la trahison rôder. Je vais attiser cette peur, ce poison. Je vais faire en sorte que ses hommes, ses proches, se retournent contre elle.
Elle croit que je ne suis plus qu’un souvenir ? Qu’elle a gagné ?
Je suis là , tapis dans l’ombre, prêt à lui montrer que rien n’est jamais fini.
Je vais lui rappeler ce qu’elle est. Une enfant vendue, une reine blessée. Une femme qui ne peut pas faire confiance à personne.
Parce qu’elle n’a jamais été seule.
Moi, je suis toujours lĂ .
Le fantôme de son passé, le cauchemar de son présent.
Et bientôt, le maître de son empire.