Trois jours.
Il m’avait fallu trois putains de jours pour redescendre.
Le soleil s’infiltrait à peine dans la villa, filtré par les longs rideaux de soie ivoire. Les murs baignaient dans une lumière pâle, presque irréelle, comme si le temps s’était figé dans cet espace hors du monde.
Je flottais entre deux états.
Ni tout à fait éveillée, ni complètement endormie.
Je portais encore la robe de nuit en satin noir que j’avais enfilée sans réfléchir. Le café refroidi sur la table basse, mon portable vibrait quelque part, mais je m’en foutais.
Je ne me souvenais pas de la dernière fois où j’avais autant ri. Où j’avais autant dansé.
Sienna m’avait traînée sur cette piste comme une furie, et moi, j’avais lâché prise. Complètement. Une version de moi que j’avais presque oubliée.
La femme libre.
La jeune fille vivante.
La gamine qui n’avait pas encore vu son père mourir, ni sa mère vendre sa dignité pour une ligne de poudre.
Je passai une main dans mes cheveux emmêlés, étalée sur le grand canapé blanc crème, les jambes nues repliées sous moi.
Sienna m’avait dit :
"Tu vois ? T’es encore capable d’exister sans tout contrôler."
Et p****n, elle avait raison.
Je fermai les yeux. J’aurais pu rester là des heures. Laisser le monde brûler pendant que moi, j’oubliais. Juste un peu. Juste pour respirer.
Mais bien sûr, mon téléphone se remit à vibrer. Insistant.
Je soupirai et tendis le bras.
TOM – s’affichait sur l’écran.
Je levai les yeux au ciel, esquissai un sourire. Un de ces sourires faux, paresseux.
Tom.
Un des rares hommes à m’approcher sans se brûler. Pas assez fou pour croire à une histoire. Pas assez idiot pour croire qu’il comptait plus qu’un instant.
Il était beau, je ne mentirai pas. Corps d’athlète, mâchoire taillée, regard de chien fidèle.
Un amant régulier. Pratique.
Propre.
Sans complication.
Je décrochai.
— T’as disparu, murmura sa voix grave. J’ai cru que t’étais morte.
— Déçue ? répondis-je, un sourire moqueur aux lèvres.
— Un peu. J’me suis dit que j’aurais pas droit à mes dernières nuits torrides si tu crevais sans prévenir.
— T’inquiète pas, chéri. Je meurs pas sans laisser un souvenir…
Il rit. Un rire doux, presque sincère. Je savais pourquoi il appelait. Il voulait me voir. Passer. Jouer au couple d’une nuit.
Mais ce matin-là , je n’étais pas d’humeur.
J’étais encore dans l’après.
Dans le creux.
Et surtout… je n’avais pas envie de lui.
J’avais quelqu’un d’autre en tête.
Putain, Noam.
Il ne m’avait pas adressé un mot. Pas un message. Rien. Et pourtant, il était partout. Dans mon esprit. Dans mes rêves.
Dans mon p****n de miroir.
J’avais même surpris mon reflet me fixant d’un regard que je ne reconnaissais plus. Un mélange de peur, d’excitation et de colère.
Il m’avait réveillée. Rouverte. Ravagée.
— Thalia ? Tu m’écoutes encore ?
— Ouais. Je suis là . Mais pas dispo.
— Pas de souci. Préviens quand tu veux… mordre un peu.
Je raccrochai sans répondre.
Et lĂ , le silence revint.
Lourd. Tranchant.
J’aurais voulu appeler Sienna. Lui dire que j’avais encore cette boule dans le ventre. Que rire ne suffisait pas à effacer la menace.
Mais je savais ce qu’elle me répondrait.
"T’as vu le diable. Maintenant, t’as plus qu’à le traquer."
Je posai ma tête contre le dossier du canapé, les yeux rivés au plafond.
Ma villa avait tout du rêve : vue sur l’océan, mobilier design, sécurité renforcée.
Un royaume d’élite.
Mais ce matin, elle avait l’air vide.
Pas Ă cause du luxe.
À cause de cette présence invisible qui me suivait partout, comme un souffle derrière ma nuque.
Noam ne faisait pas que revenir.
Il s’infiltrait.
Dans ma mémoire.
Dans mon présent.
Et je craignais de le voir bientôt dans mes décisions.