Alors que je me laissais envahir par de vaines pensées, mon corps finit par se laisser emporter par un sommeil qui amena avec lui toutes mes craintes. Cette nuit là, mon sommeil n'avait point connu d'illusion, j'avais l'impression à mon réveil de n'avoir pas fait de rêve. C'était comme si mon imagination avait été stérile toute la nuit durant. Je me réveillai de bonne heure, ce qui n'arrivait pas très souvent. Ça avait été brusque, mais mon cerveau ne l'avait pas commandé. Je me lévai de mon lit, alors qu'Haley dormait encore profondément. Je sortis de la maison et marchai dans Newall green alors que j'étais encore en pyjama. Jamais encore, je n'avais senti ce quartier aussi calme, ce silence était presque envoûtant. C'est fou comme la rue paraissait belle quand elle était dépourvue d'homme. Cette apparence de Newall green était ce que j'avais toujours recherchée, ce silence berçant. Jusqu'ici, j'avais juste suivi mon instinct en sortant de la maison mais alors que j'étais dehors, je compris ce que mon instinct avait essayé de me faire comprendre en me poussant dehors. J'avais juste envie de revoir ce quartier de Wythenshawe qui m'avait vu grandir une dernière fois, c'était une sorte d'au-revoir. Il n'y avait pas grand monde dans les rues, ceux que je vis se hâtaient vers leurs besognes. Alors que j'étais dehors à m'émerveiller pour un rien, les signaux que m'envoyait le ciel me montraient qu'il fallait faire vite avant que le temps ne se gâte d'avantage. Les nuages qui jusqu'ici étaient plus bas, devenus brume. Je me hâtai de rentrer à la maison. Ma mère et Haley étaient toutes les eux encore endormies. En regardant à mon téléphone, je me rendis compte qu'il n'était encore que six heures. Revenu à mon lit, je m'y couchai comme si je ne l'avais jamais quitté. Mon corps tout entier n'était plus disposé à se livrer au sommeil. Au final, ça n'avait été qu'une fausse alerte, dame nature ne nous arrosa pas comme j'avais pu le croire il y a peu encore. Mes yeux firent donc le tour de la pièce une bonne dizaine de fois mais ma chambre semblait plus nue qu'auparavant. C'était chose normal car je me rappelais bien avoir fait le grand ménage des jours auparavant. J'avais aussi fait mes affaires des jours avant, toute guidée par l'excitation que je ressentais. J'étais ainsi faite, je n'attendais jamais la dernière minute afin de me préparer, je le faisais toujours assez tôt, raison pour laquelle mes valises étaient toutes prêtes pour Londre. J'étais accoutumée depuis l'enfance à faire les choses de manière ordonnée. Je préparais toujours mes tenues du lendemain la veille. Haley ne comprenais pas cette manière de faire car > disait elle. Pour Haley, mes tenues n'avaient rien d'exceptionnel pour que je m'embête à les préparer chaque soir avant de gagner mon lit mais je lui répondais toujours que faire un choix est la chose la plus compliquée sur terre. J'avais ces petites manies que je ne connaissais pas à ma mère, et mon sens du rangement en était une. Voilà pourquoi il m'arrivait de penser que je les tenais peut-être de mon paternel. Je me souviens être restée couchée pendant de longs instants avant que mon réveil ne sonne. Quand il se décida à sonner, Haley se réveilla. À son réveil, elle était différente, on aurait dit qu'elle sortait de réanimation. Il m'arrivait de la charier dessus. Au réveil, ses yeux étaient toujours enflés, sa bouche compressée et ses cheveux inqualifiables. C'était là le calvaire des jolies filles. Il n'y avait pas qu'Haley qui se réveillais dans cet état là, miss Chyna subissait aussi la malédiction des jolies filles. Tout comme Haley, ma mère était horrible à voir au réveil et si je n'étais pas certaine de la maternité de ma mère, j'aurais fini par croire qu'Haley était son autre fille.
- J'ai fait un rêve incroyable, me dit Haley, nous quittions toutes les deux wythenshawe pour continuer nos études à Londre.
Son rêve était le prototype même du rêve, une illusion plaisante. Seulement, je savais à quel point cette situation attristait Haley, c'était son désir profond et elle en faisait même des rêves. Néanmoins, la tonalité de sa voix quand elle me parlait de son rêve laissait dégager une grande déception. Je me sentis donc obligée de faire appel à mon humour hors du commun combiné à une touche de sarcasme pour la détendre.
- Ravie de savoir qu'au moins une personne dans cette chambre a passé une bonne nuit dis je. J'ai passé une nuit quelconque qui m'a tout de même parue très longue.
Rien à faire, sa mine ne changea pas. Haley était toujours aussi déconcertée. Elle ne pu se retenir et me fit un grand câlin. C'était rare mais ce geste signifiait beaucoup pour toutes les deux. Aussi loin que je me souvienne, cela fut le tout dernier câlin qu'Haley et moi nous fîmes. Et maintenant, je suis toute pleine de regrets car je me sens coupable de n'avoir pas tenu la promesse que j'avais faite à cette chère Haley. Aujourd'hui, alors que je suis sur le point de mettre fin à mon existence, Haley et moi ne sommes plus du tout amies et c'est bien de ma faute. Je l'ai abandonné à elle même dans cet endroit et pourtant, il y avait eu des promesses. Ce qu'on dit est peut-être vrai au final, >. Ce n'est que maintenant que je regrette mon indifférence, alors que je me passe le film de ma vie.
- Tu me manques déjà, me dit Haley, toute larmoyante.
- Et toi donc, répondis je, je n'arrive pas à croire que j'irai sans toi.
- Ne t'en inquiète pas car je compte te rejoindre l'an prochain, déclara Haley.
Aujourd'hui, quand j'y repense, au vu de tout ce qui s'est passé par la suite, n'importe qui pourrait croire que je n'ai jamais été une amie sincère avec Haley. Mais c'est faux, car j'étais très sincère et cette fille, je l'aimais comme une sœur, comme la sœur que j'avais trouvé en elle. Je l'appréciais énormément et j'aurais aimé posséder certaines de ses qualités mais hélas, nous sommes tous différents. Sa capacité à ne jamais s'avouer vaincu, voilà ce que j'admirais le plus chez ma chère Haley. Je me souviens avoir changé de sujet car j'étais au bord des larmes et j'avais l'impression qu'Haley aussi. Comme chaque matin à notre réveil, nous fîmes tout d'abord le ménage et ensuite, direction la douche pour chacune. Tout allait toujours vite lorsque nous étions toutes les deux. Après sa douche ce matin là, Haley rentra chez elle, pas loin de chez moi. Nous avions prévu que ma mère et moi la récupèrerions devant chez elle un peu plus tard. Je ne savais toujours pas quelle avait été la décision de ma mère. J'étais toute prête mais elle n'était toujours pas sortie de sa chambre. De toutes manières, il n'y avait pas le feu et nous avions encore largement du temps avant de nous rendre au lycée pour la cérémonie. Je profitai de ce moment seule pour refaire l'inventaire de tout ce que j'emporterais à Londre. Ma tête n'était pas remplie de rêves fous comme elle aurait dû l'être. Je n'avais pas prévu de faire des choses bien extraordinaires. Je m'étais juste dit qu'une fois à Londre, je travaillerai dur pour obtenir mon diplôme et qu'ensuite, je gagnerai assez d'argent pour pouvoir faire construire ma petite maison, celle dont j'avais toujours rêvé. J'étais loin d'imaginer tout ce qui était sur le point de m'arriver. Alors que je faisais toujours le point de toutes mes affaires, j'entendis la porte de la chambre de ma mère s'ouvrir. C'était plusqu'évident que la belle au bois dormant s'était enfin réveillée. Je fonçai vers sa chambre avec beaucoup de curiosité car je voulais connaître sa décision. Je n'avais pas oublié ce qui s'était passé entre nous la veille et je voulais savoir ce qu'elle avait décidé de faire. En la voyant ce matin là, je n'eus plus du tout besoin de lui poser des questions, elle était toute apprêtée. Cela ne voulait juste dire qu'elle était toujours partante pour assister à la cérémonie, et cela malgré l'incident de la veille. C'était bien ma mère telle que je la connaissais, elle n'avait pas l'intention de se laisser attrister par les paroles vaines d'une inconsciente de dix-sept ans
- Bonjour maman, lui dis je, je te trouve magnifique.
- Je sais bien mais pas la peine d'essayer de me flatter. Bonjour chérie.
- Quelle grosse prétentieuse tu fais, lui dis je de nouveau.
- C'est une qualité que possède malheureusement très peu de personnes, me dit elle, où se trouve Haley?
- Chez elle, nous passerons la chercher lorsque nous iront à la cérémonie, dis je.
- Ses parents n'iront ils pas avec elle?
- Je n'en sais rien mais Haley dit que non, dis je.
- On verra alors, dis ma mère, viens là, nous devons discuter.
Elle alla dans le salon et moi, sans émettre de quelconques réserves, je l'y suivis. Toutefois, je craignais qu'elle ne me parle de ce qui s'était passé la veille car je ne voulais vraiment pas en parler, c'était embarassant. De plus, c'était chose très rare que ma mère veuille avoir une conversation avec moi. J'étais enfin dans le salon, en face d'elle.
- Mais pourquoi me regardes tu ainsi me dit elle.
Elle avait raison d'avoir peur car je la fusillais du regard, j'essayais de l'intimider et ça avait l'impression de marcher.
- J'essaie juste de t'intimider car je ne veux pas que tu me parles de l'incident d'hier, dis je.
- Je ne parlerai pas de ce qui s'est passé hier, dis ma mère, mais mets toi bien dans le crâne que ce n'est pas parce que tu essaies de m'intimider.
- Alors, je suis impatiente et disposée à t'écouter maman.
- Je tiens à m'excuser, déclara t-elle.
J'étais toute confuse, mais pourquoi s'excusait elle et pourtant, j'étais celle qui l'avait blessée il y avait quelques heures encore. Puisque j'étais assise en face d'elle, je changeai de place pour être plus proche d'elle. Je sentais bien qu'elle était triste et je lui tins les mains.
- Je ne vois pas pourquoi tu t'excuserais auprès de moi maman, dis je.
- Je te connais bien et j'aimerais que tu me laisses parler sans m'interrompre, dis t-elle, pardon chérie. Je sais à quel point tu as dû lutter toutes ces années et je sais aussi que je ne suis pas étrangère à toutes les peines que tu as dû ressentir. Je sais bien que tu as eu plein de problème au lycée à cause de moi et je m'en excuse. Tout ce que j'ai toujours fait, c'était juste pour toi, pour que tu aies un avenir brillant mais ce n'est que maintenant que je me rends compte que je n'ai fait que détruire ta vie. Mais comprends moi, devenir proxénète était ma seule alternative et si je n'avais pas fait tout cela, nous n'aurions certainement jamais eu un toit décent où vivre. Je sais aussi que tu as été victime de harcèlement à l'école mais jamais tu ne m'en as parlé mais j'ai gardé le silence juste par respect de tes décisions. Aujourd'hui c'est un grand jour pour toutes les deux et je tenais à t'ouvrir mon cœur car aujourd'hui pour toi commence une nouvelle vie. Je t'aime Chérie.
Elle était toute en larmes et moi aussi. Jamais elle ne m'avait tenue un tel langage.
- Ne t'en fais pas pour moi maman, dis je, je suis fait d'une matière indestructible et je t'aime.
On papota encore un peu et ensuite, il était déjà temps de s'en aller. Nous étions passés prendre Haley chez elle mais il semblait qu'elle était déjà partie avec ses parents. J'étais heureuse pour elle. La cérémonie fut satisfaisante et enfin, je fus libérée. Nicolas et Haley étaient assis pas très loin de moi mais à la fin de la cérémonie, j'avais tenu à faire mes adieux à ce cher Nicolas. J'étais bien heureuse de savoir que je ne verrai plus jamais certains visages. C'était fait, j'avais enfin le passeport tant voulu qui me permettrait de quitter wythenshawe, j'avais mon diplôme.