PROLOGUE
Décembre 2006
Dans moins de dix secondes, il allait mourir. Il le savait puisque c’était lui qui avait donné l’ordre de l’abattre à l’endroit où sa vie avait basculé. L’heure du bilan final avait sonné : deux meurtres et une vie passée à courir après des chimères. Il avait cependant la conscience tranquille. Doux comme un agneau, il n’avait jamais voulu tuer, mais le désir de vengeance nous emmène toujours plus loin que la raison.
Après le premier assassinat, il avait été soulagé. Sa victime l’avait supplié et il avait éprouvé un immense sentiment de satisfaction. Il ne lui avait pas mis directement une balle entre les deux yeux. On ne tue pas tous les jours, alors autant en profiter et prendre son temps. Il avait tout d’abord attaché le vieil homme sur une chaise de cuisine ; à l’aide d’un marteau, il lui avait fracassé la seule rotule encore valide, puis lui avait dessiné une belle croix sur le front avec un cutter un peu rouillé. La balle, c’était le bouquet final, la cerise sur le gâteux.
Pour la deuxième victime, il avait fait les choses à l’envers. Peut-être parce qu’il s’agissait d’une femme. Il l’avait rapidement étranglée pour ensuite lui ouvrir le bas-ventre post mortem et y insérer une poupée Barbie. Il n’y a que les tueurs en série qui reproduisent froidement la même méthode. Lui n’avait rien prémédité, il avait suivi ses pulsions.
C’était dans les années soixante, il y a si longtemps ! Les deux êtres qui avaient gâché sa vie étaient morts depuis plus de quarante ans et depuis, par procuration, il avait veillé sur celle qui donnait encore un sens à sa vie.
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