CHAPITRE 1 : LA GAZELLE DE CHÂTELET ET LES LIONS DU SALON
CHAPITRE 1 : LA GAZELLE DE CHÂTELET ET LES LIONS DU SALON
POV : Kira
Moi, c’est Kira. Si tu me vois dans la cité, tu retiens deux trucs : mes boucles sauvages qui refusent d'obéir à n'importe quel gel, et mon regard de métisse qui te fait comprendre direct qu’il ne faut pas me chauffer. Je suis un mélange explosif, un cocktail de piment et de miel. Physiquement ? Disons que je ne passe pas inaperçue. J'ai des formes là où il faut, un teint caramel que le soleil de la cité jalouse, et un style qui ferait bégayer une influenceuse de Dubaï.
Côté diplôme, j’ai mon BTS Management en poche. Je ne suis pas juste une jolie tête, j'ai le cerveau qui tourne plus vite que la roue d'un scooter en plein rodéo. Mais en attendant de monter mon empire, je travaille à Châtelet, dans un magasin de sapes pour meufs. C’est mon terrain de jeu. Je vends des robes à des filles qui n'ont pas la moitié de mon charisme, et je passe mes journées à plier des jeans en rêvant de porter du Dior.
La faune locale : Bienvenue chez les Larbi
Chez moi, c'est pas un appartement, c'est une succursale du marché de Marrakech mélangée à un ring de boxe.
Il y a d'abord Baba. Son sport national ? Être affalé dans le canapé du salon, la télé branchée sur Al Jazeera ou des vieux matchs de foot, le tout avec un verre de thé qui semble être soudé à sa main. Il ne bouge que pour réclamer son dîner ou pour se plaindre que la box internet "fait des siennes". C’est le roi du salon, le gardien du canapé, le lion en repos éternel.
Puis, il y a les deux gardes du corps non officiels : mes frères. Moussa, l’aîné, qui croit que ses muscles lui donnent un droit de veto sur ma vie, et Yassine, qui le suit comme son ombre. Mon problème ? J’ai une bouche trop grande pour mon propre bien. On me surnomme "La Mitraillete" parce que je réponds plus vite que mon ombre.
— « Kira ! C’est quoi cette jupe ? On dirait un pansement ! » me hurle souvent Moussa.
— « C’est la mode, Moussa. C’est pas parce que tu t’habilles encore en Quechua de 2012 que tout le monde doit souffrir avec toi ! » je lui réplique.
Généralement, ça finit par une baffe "éducative" qui siffle à mes oreilles. Ils disent que c'est pour me calmer le caractère, moi je dis que c'est parce qu'ils n'ont pas d'arguments. On s'adore, mais on se traite comme des ennemis jurés du lundi au dimanche.
La cuisine : Ma zone de guerre
Ma mère, Yama, c'est la sainte de la maison. Elle passe sa vie entre les fourneaux et ses prières. Et son plus grand combat, c'est moi.
— « Kira ! Ahlili ya benti, viens m’aider à rouler le couscous ! Laisse ce téléphone un peu, tu vas finir par avoir les yeux carrés ! »
Moi, je suis allongée sur mon lit, ou pire, sur le fauteuil à côté de Baba, les doigts qui fusent sur l'écran. Je snap, je check i********:, je réponds à des DM inutiles. La cuisine ? Pour moi, c'est un concept abstrait.
— « Maman, tu sais bien que si je touche à la marmite, elle va exploser par solidarité féminine. Je suis faite pour déguster, pas pour suer devant la vapeur ! »
Yama lève les bras au ciel, sa louche à la main, me regardant avec un mélange de tendresse et de désespoir :
— « Wallah, j’ai pitié de ton futur mari. Le pauvre, il va manger ses chaussettes ! Tu passes ton temps à te prendre en photo, mais tu sais même pas si on met du sel ou du sucre dans la sauce. Qu’Allah lui donne la patience, parce qu’avec une femme comme toi, il va finir au kebab tous les soirs ! »
Baba, depuis son canapé, lâche un rire gras sans quitter l'écran des yeux :
— « Son mari ? Il faudra qu'il ait un compte en banque solide pour payer les livraisons Uber Eats, parce que celle-là, elle va nous ruiner en data internet avant de savoir peler une pomme de terre ! »
Inès : La traitresse amoureuse
Au milieu de ce chaos, il y a Inès, ma besty. Elle est tout le temps fourrée chez nous. Officiellement, elle vient me voir. Officieusement ? Elle a un énorme faible pour Moussa. C'est plus un "faible", c'est une chute libre sans parachute.
Dès que Moussa entre dans la pièce en sueur après sa salle de sport, Inès devient toute rouge et commence à bafouiller des trucs incompréhensibles sur la météo ou sur le prix du pain.
— « Salut Moussa... ça va ? T'as... t'as pris des bras, non ? » elle demande avec une petite voix de souris.
Moi, je la regarde avec dégoût (et beaucoup d'humour) :
— « Inès, arrête. On dirait que t'as vu un prophète. C'est juste mon frère, il sent la transpiration et il a le QI d'une huître en fin de vie. »
Moussa me lance un regard noir, Inès me pince le bras, et Baba rigole dans son coin. Dans l'immeuble, c'est pareil. Ça crie, ça rigole, les voisins s'insultent pour une place de parking avant de partager le café dix minutes plus tard. C’est la cité, c’est chez nous. On s’affiche, on se baffe, on rit fort, mais au fond, on est une meute.
Sauf que je ne savais pas encore que Baba avait déjà prévu de me vendre au plus offrant pour sauver ses propres meubles. La "mitrailleuse" allait bientôt rencontrer son silencieux.