Chapitre 14

1507 Words
CHAPITRE 13 (Suite) : L’INVASION DES TANTES ET LE RÈGNE DE KIRA POV : Kira Mes frères n’avaient pas menti. À peine le petit-déjeuner terminé et les premières étagères de la chambre de Yanis montées (dans un vacarme de marteaux et d’insultes amicales entre Ismaël et Moussa), l’interphone se mit à hurler. — « C’est qui encore ? » grogna Ismaël, un tournevis entre les dents. — « Prépare-toi, c’est le GIGN du quartier », répondis-je en jetant un coup d'œil par la fenêtre. En bas, trois voitures étaient garées en épi. Une véritable marée de foulards colorés, de sacs de courses débordants et de plateaux de gâteaux émergeait des véhicules. Yama menait la charge, flanquée de la tante Zohra et de la tante Malika. Elles ne venaient pas pour une visite de courtoisie. Elles venaient pour l'inspection générale. Le tourbillon des daronnes Quand la porte s'ouvrit, Ismaël n'eut même pas le temps de dire « Salam » qu'il fut balayé par une vague de parfum à la fleur d'oranger et d'encens. — « Ahlili ! Regardez-moi cette maison ! C’est trop vide, il n’y a pas de rideaux ici ? » cria tante Zohra en entrant directement dans le salon. Yama, elle, se dirigea droit vers moi. Elle scruta mon visage, mes yeux, ma posture, avec cette expertise de daronne qui lit en toi comme dans un livre ouvert. Elle vit mon sourire, ma fatigue heureuse, et ses épaules se détendirent. Elle m’embrassa quatre fois sur les joues. — « Tu as bonne mine, ma fille. Mais Ismaël, qu'est-ce que tu lui donnes à manger ? Le frigo est rempli de trucs de sportifs, il n'y a pas de vraie viande ! » En un clin d’œil, elles prirent possession de la cuisine. C’était fascinant et terrifiant à la fois. Ismaël, le redoutable "Lion de la cité", se retrouva coincé dans un coin de son propre îlot central, obligé de tenir un sac de semoule tandis que tante Malika lui donnait des ordres pour trouver une marmite assez grande. — « Mais... c'est ma cuisine », tenta-t-il de murmurer. — « C’était ta cuisine quand tu étais célibataire, mon fils », rétorqua tante Zohra avec un clin d'œil malicieux. « Maintenant, c’est le cœur du foyer. Pousse-toi, tu gênes le passage du couscous ! » POV : Ismaël Je n’avais jamais vu ma maison aussi bruyante. Il y avait des femmes qui cuisinaient en chantant dans ma cuisine, mes beaux-frères qui montaient des meubles en haut en mettant du rap à fond, et Yanis qui courait entre les jambes de tout le monde en criant de joie parce qu'il recevait des bonbons à chaque passage. Je cherchai Kira du regard. Elle était au milieu du salon, entourée de ses tantes qui lui montraient des tissus pour les futurs rideaux. Elle avait l'air... à sa place. Elle n'était plus la fille révoltée qui voulait tout brûler. Elle était la maîtresse de ce chaos organisé. Je m'approchai d'elle et lui glissai à l'oreille : — « On va commander des boules Quies pour la nuit de noces numéro deux, ou c'est comment ? » Elle éclata de rire, un rire qui me fit oublier toute ma fatigue. — « Fallait savoir dans quoi tu t'embarquais, Demir. Épouser une Larbi, c'est adopter tout le quartier ! » La transmission du pouvoir Le repas fut un moment de pure folie. On était au moins quinze autour de la table. Les discussions volaient dans tous les sens : le prix de l'immobilier, les ragots du mariage, et les conseils de cuisine. Baba arriva un peu plus tard, s'asseyant avec moi dans un coin du salon une fois le repas fini. — « Tu vois, Ismaël », dit-il en sirotant son thé à la menthe. « Une maison vide, c'est juste des murs. Une maison pleine, c'est une forteresse. Prends soin de ce bruit. C'est le bruit du bonheur. » J'observai Kira qui aidait Yama à ranger. Elle se retourna et croisa mon regard. À travers la pièce remplie de monde, on se comprit sans un mot. On avait réussi. On avait transformé une dette en une alliance, et une haine en quelque chose de beaucoup plus solide. Quand les tantes repartirent enfin, chargées de restes et de remerciements, le silence revint doucement, mais ce n'était plus le silence froid d'avant. C'était un silence apaisé. Yanis s'était endormi sur le canapé, épuisé par sa journée de "prince". Kira s'assit à côté de moi, posant sa tête sur mon épaule. — « Ismaël ? » — « Ouais ? » — « Demain, on n'invite personne. Juste nous trois. » — « Promis, la lionne. Demain, on ferme à double tour. » CHAPITRE 14 : L’APRÈS-TEMPÊTE ET LES JEUX DU CŒUR POV : Kira Le silence était enfin revenu dans la maison. Les tantes étaient parties avec leurs rires et leurs plateaux, mes frères avaient emmené les dernières miettes de chaos, et Yanis dormait à poings fermés dans sa nouvelle chambre, entouré de ses jouets. On était enfin deux. Enfin, deux dans ce grand lit qui me paraissait encore immense. On était couchés sur le côté, face à face, dans la pénombre de la chambre. La seule lumière venait de la lune qui traversait les volets. Ismaël me fixait avec une intensité qui me donnait des frissons. Ses yeux noirs semblaient lire en moi comme dans un livre ouvert. Il s’est approché doucement, réduisant l’espace entre nos deux visages. Son souffle chaud a caressé mes lèvres. Il voulait m’embrasser, je le sentais, mais une vague de pudeur m’a soudainement submergée. Malgré la nuit passée, malgré le fait qu’on soit mariés devant Dieu et les hommes, j’avais cette honte qui me collait à la peau. Je n’avais pas l’habitude de cette intimité tranquille, sans le stress des préparatifs ou les cris des cousins. Je me suis un peu reculée, cachant mon visage contre son épaule. — « Arrête de me regarder comme ça, Ismaël... » j’ai murmuré, ma voix étouffée par le drap. — « Comme quoi ? » a-t-il répondu, sa voix basse et rauque. — « Comme si j’étais un gâteau que tu voulais manger. J’ai honte, laisse-moi. » Soudain, j’ai senti ses mains glisser sous la couette. Avec une assurance tranquille, il a attrapé mes fesses, me ramenant fermement contre lui. J’ai tressailli, le visage brûlant. — « Ismaël ! » j’ai glissé, gênée, essayant de dégager ses mains, mais il n’a pas bougé d’un millimètre. Sa main était large, chaude, et il pressait avec une sorte de possession calme qui me rendait totalement vulnérable. J’étais figée, entre l’envie de m’enfuir et celle de rester là, prisonnière de ses bras. POV : Ismaël La voir comme ça, toute rouge, à essayer de se cacher sous l'oreiller alors qu'elle m'avait tenu tête devant tout le quartier, ça me faisait mourir de rire. Ma lionne de Châtelet, la fille qui brûlait des bagnoles et qui insultait mes lieutenants, redevenait une petite chose toute pudique dès qu'on se retrouvait dans le noir de notre chambre. J'aimais ce contraste. J'aimais savoir qu'il n'y avait que moi qui voyais cette facette d'elle. — « Tu as honte de quoi, Kira ? » j'ai demandé en riant doucement. « On est mariés, non ? T'es ma femme, chaque centimètre de toi est à moi maintenant. » J'ai senti ses muscles se tendre sous mes mains alors que j'appuyais un peu plus sur ses formes. Elle était tellement réactive, tellement vraie. Sa gêne me plaisait plus que je ne voulais l'admettre ; c'était la preuve de son innocence, la preuve que tout ce qu'on vivait était nouveau pour elle aussi. Elle a essayé de repousser mes mains en gigotant, ce qui n'a fait qu'accentuer le contact. Je ne pouvais pas m'empêcher de me marrer. — « Pourquoi tu ris ? » a-t-elle grogné, tout en restant blottie contre moi. « C'est pas drôle ! » — « Si, c'est très drôle. Tu fais la dure toute la journée, tu cries sur mes frères, tu gères ma maison comme une chef de gang... et là, parce que je te touche, tu deviens une tomate. » Je l'ai basculée doucement sur le dos pour me mettre au-dessus d'elle, verrouillant ses mains au-dessus de sa tête. Je voulais qu'elle arrête de se cacher. Je voulais voir ses yeux, même s'ils étaient remplis de timidité. — « Regarde-moi, Kira. » Elle a fini par lever les yeux vers moi, ses pupilles dilatées dans l'obscurité. — « T'es plus belle quand tu as honte que quand tu es en colère », j'ai murmuré avant de capturer ses lèvres. Cette fois, elle n'a pas reculé. Elle a répondu au b****r, ses mains se desserrant pour s'agripper à mon cou. La gêne était toujours là, mais elle se mélangeait à un désir naissant. J'allais prendre mon temps. Toute la nuit s'il le fallait. Pour lui montrer que sous le Lion et la Lionne, il n'y avait que deux cœurs qui apprenaient enfin à battre ensemble.
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