Chapitre 5

1108 Words
CHAPITRE 5 : LE SILENCE DES LIONS ET L'OMBRE DE LA ROUTE POV : Kira Dès que la porte d’entrée s’est refermée sur la famille Demir, le silence est retombé sur l’appartement, mais c’était un silence électrique. Mes frères rigolaient encore à moitié, fiers de leur nouvelle alliance, et Baba avait repris sa place sur le canapé avec l’air d’un roi qui vient de signer un traité de paix. Moi, j’avais la nausée. Les mots d’Ismaël sur son fils et son regard sur mon corps tournaient en boucle dans ma tête. Je me suis esquivée dans la cuisine sous prétexte de finir la vaisselle. J’ai sorti mon téléphone — l’écran fendu me rappelait ma propre vie — et j’ai appelé Inès en FaceTime. — « Meuf, dis-moi que t’es assise », j’ai chuchoté, le téléphone calé contre un pot d’épices. — « Kira ! T’as une tête de déterrée ! Il s’est passé quoi ? Le Turc t’a mangée ? » — « Pire. Il a un fils, Inès. Un petit de cinq ans. Et il me l’a balancé entre deux remarques sales sur mon corps dans la cuisine. Il est d’une insolence... Il m'a regardée comme si j'étais un menu chez Quick. Mais le gamin... je m'y attendais pas. » On a parlé pendant une heure. Inès essayait de me rassurer, disant qu’un mec qui assume son fils, c’est qu’il a un cœur. Moi, je ne voyais que le danger. Le lendemain : La rencontre avec le petit Lion Le lendemain, à la sortie du magasin à Châtelet, la RS6 noire était garée pile devant, sur le trottoir, faisant râler les passants. Ismaël était accoudé à la portière, lunettes de soleil sur le nez, capuche baissée cette fois. Il n’a pas dit bonjour. Il a juste ouvert la portière côté passager. — « Monte. On va chercher Yanis chez ma daronne. » On a roulé dans un silence pesant jusqu’à une résidence plus calme, en lisière de la cité. Sa mère nous attendait avec un petit bout de chou qui avait les mêmes yeux charbon que son père, mais avec une douceur infinie. Dès que Yanis m’a vue, il s’est arrêté de jouer avec son camion. — « C’est qui la dame, Papa ? C’est elle ma nouvelle maman ? » a-t-il demandé avec une voix fluette. Ismaël a hoché la tête, un sourire rare et sincère aux lèvres. Le petit s’est approché de moi et a attrapé ma main. — « T’es belle. T’es plus belle que l’autre. » Je me suis accroupie à sa hauteur, mon cœur fondant malgré moi. « Quelle autre, Yanis ? » — « Celle qui est partie. Elle criait tout le temps. Et elle marchait tout le temps toute nue dans la maison, à poil comme une dame de la télé. J'aimais pas, ça me faisait bizarre. Toi, tu vas rester habillée, hein ? » L’explosion : Le piment contre l'acier Le retour dans la voiture a été le début de la fin. Yanis s’était endormi à l’arrière, son petit pouce dans la bouche. Moi, je bouillonnais. La remarque du petit me hantait. — « Ismaël, on peut parler ? » j’ai lancé, la voix tremblante de rage contenue. — « Si c’est pour tes caprices, garde-les. » — « Mes caprices ? Ton fils de cinq ans vient de me dire qu’il voyait son ex-belle-mère se promener à poil devant lui ! Quel genre d’homme tu es pour laisser une femme faire ça devant un enfant ? T’as aucune pudeur ? Aucune dignité pour ton propre sang ? » Ismaël a serré le volant, ses articulations sont devenues blanches. — « Ferme ta gueule, Kira. Tu connais rien à ma vie d’avant. » — « Je fermerai pas ma gueule ! Tu m'as achetée pour être sa mère, non ? Alors Yanis, c'est mon enfant maintenant. Et je t'interdis de le laisser dans une ambiance pareille. T'es qu'un lâche qui pense qu'avec du fric on éduque un gosse. T'es pitoyable avec ta capuche et tes airs de grand de la tess, t'es même pas capable de protéger l'innocence de ton fils ! » — « Kira, je te préviens... Tais-toi. » — « Sinon quoi ? Tu vas me frapper comme Moussa ? Vas-y ! T'es qu'un chien, Ismaël ! Un chien qui se prend pour un lion ! » La rupture brutale D'un coup sec, il a pilé. Les pneus ont hurlé sur le goudron d'une route déserte, entre deux zones industrielles. Le silence qui a suivi était terrifiant. Yanis ne s'est pas réveillé, Dieu merci. Ismaël est sorti de la voiture, a contourné le capot et a ouvert ma portière. Il m'a attrapée par le bras avec une force brutale et m'a éjectée du siège. — « Descends ! » — « Tu fais quoi là ? On est au milieu de nulle part ! » Il ne répondait pas. Ses yeux étaient injectés de sang, une fureur noire que je n'avais jamais vue. Avant que je puisse réaliser, sa main est partie. Un coup v*****t, sec, qui m'a projetée au sol. Ma tête a frappé le bitume, et j'ai senti le goût métallique du sang dans ma bouche. — « Tu voulais voir le lion ? Le voilà », a-t-il craché, sa voix n'étant plus qu'un sifflement. « Ne parle plus jamais de mon fils. Ne parle plus jamais de comment je gère ma vie. Tu n'es qu'une marchandise que j'ai payée pour fermer les trous de mon existence. Rentre à pied, ça te fera réfléchir sur la valeur de ta langue. » Il est remonté dans la voiture, a fait vrombir le moteur et a démarré en trombe, me laissant là, étalée sur la route froide, dans le noir complet. Ma joue me lançait, mon corps tremblait de froid et de choc. J'ai regardé les feux rouges de la RS6 disparaître au loin. Je n'avais plus de téléphone — Ismaël l'avait jeté sur le siège arrière avant de me sortir. J'étais seule. La gazelle était blessée, et le lion venait de montrer que sa morsure était mortelle. Je me suis relevée avec peine, boitant sur le bas-côté. Les larmes ne coulaient même plus. J'avais compris une chose : le mariage avec Ismaël ne serait pas une guerre de mots. Ce serait une lutte pour ma survie. Le choc est immense et la violence a éclaté. Veux-tu que le Chapitre 6 raconte comment Kira réussit à rentrer chez elle et la réaction de ses frères en la voyant dans cet état, ou préfères-tu qu'Ismaël, pris de remords, revienne sur ses pas quelques heures plus tard ?
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