Chapitre 17

1902 Words
CHAPITRE 17 : LE LION À GENOUX ET LA PRIDE RETROUVÉE POV : Kira Le temps s'était suspendu dans l'appartement. La joie innocente de Yanis contrastait avec la tension palpable qui régnait dans le salon. Baba et Moussa étaient assis, graves, attendant mes décisions, tandis que Yama faisait des allers-retours entre la cuisine et le salon, essayant de masquer son inquiétude. Mon téléphone vibrait sans arrêt, mais je l'ignorais. C'était sûrement Ismaël. J'étais assise sur le canapé, Yanis blotti contre moi, le silence régnant avant la tempête. Soudain, un brouhaha monta de la rue. Des voix d'hommes. Des klaxons, mais pas des klaxons de fête, plutôt des coups de klaxon insistants, comme un signal. Moussa s'est levé d'un bond et a couru à la fenêtre. — « C'est lui... Il n'est pas venu seul. » Mon cœur a fait un bond. Ismaël. Je savais qu'il ne me laisserait pas partir si facilement, mais je ne m'attendais pas à ce qu'il se ramène comme ça, en pleine journée, devant tout le quartier. POV : Ismaël La RS6 noire rugissait sous mes pieds. La tension dans la voiture était palpable. Mon lieutenant, Karim, conduisait, tandis que Rachid et Driss étaient derrière, prêts à me suivre. Je n'étais pas venu en "chef de gang" comme ils pouvaient le croire. J'étais venu en homme. En père. J'avais enfilé mon ensemble Nike Tech Fleece noir, le même que Kira, le même que Yanis. Pas une chemise de luxe, pas un costume trois pièces. Juste le treillis du père de famille qui vient récupérer ce qui lui appartient. Je voulais qu'elle comprenne que j'étais prêt à descendre de mon piédestal. Arrivé en bas de l'immeuble, j'ai vu des têtes à toutes les fenêtres. Les commères étaient déjà à l'affût. Je les ignorais. Je n'avais qu'un objectif : ma femme, mon fils. J'ai descendu la voiture. Mes gars m'ont suivi, prêts à la bagarre s'il le fallait. Mais je leur ai fait signe de rester en retrait. — « Je monte seul », ai-je dit. J'ai grimpé les escaliers quatre à quatre, mon cœur battant la chamade. J'ai frappé à la porte. Pas fort, pas comme un chef. Juste un coup sec, respectueux. La porte s'est ouverte. C'est Moussa qui était là, son visage fermé. Derrière lui, j'ai vu Baba. Et puis, au fond, Kira. Elle m'a regardé, ses yeux flamboyants, mais il n'y avait plus de haine, juste une douleur immense. J'ai ignoré tout le monde, j'ai ignoré les regards froids. Mon regard s'est posé sur Baba, le patriarche. J'ai fait ce que je n'avais jamais fait de ma vie. Ce que le Lion ne faisait jamais. Je me suis agenouillé devant lui. POV : Kira Mon souffle s'est coupé. Ismaël. À genoux. Devant Baba. Le grand Ismaël Demir, le caïd respecté, l'homme qui ne pliait jamais, était là, les mains posées sur les genoux de mon père, le regard baissé. C'était un acte de soumission ultime, une demande de pardon silencieuse qui résonnait plus fort que n'importe quel discours. Moussa et Yassine étaient figés. Yama a porté la main à sa bouche, choquée. Même Yanis, qui était venu voir "Papa", s'est arrêté net, ne comprenant pas ce geste. — « Baba », a dit Ismaël d'une voix rauque, remplie d'une émotion que je ne lui avais jamais connue. « Je suis venu demander pardon. Pardon pour l'insulte que j'ai faite à votre fille. Pardon pour l'offense faite à votre famille. Je sais que les mots ne suffisent pas, mais ma maison est vide sans eux. » Il a levé les yeux vers moi, mais son regard est revenu sur Baba. — « Je vous jure sur ma vie que Lina n'est rien. Une erreur que je vais effacer. Mais je suis un homme, Baba. Et j'ai fait une erreur. Si vous me donnez une chance, je vous jure que ma femme et mon fils ne manqueront de rien. Ni d'amour, ni de respect, ni de sécurité. » Les larmes ont commencé à rouler sur mes joues. C'était trop. Trop d'émotion, trop de fierté blessée, trop de demande de pardon qui venait du fond de son âme. Le Lion était tombé, et il était prêt à tout pour récupérer sa pride. Baba a regardé Ismaël longuement. Puis il a posé sa main sur la tête du jeune homme. — « Lève-toi, mon fils. » POV : Ismaël Je me suis relevé, les yeux fixés sur Baba. Son regard était pesant, plein de sagesse. — « Tu as fait une erreur, Ismaël. Une grande erreur. L'honneur d'une femme est sacré. Mais tu es venu ici, tu as montré du respect. Pour ça, je te donne une chance. Une seule. » Baba a tourné son regard vers Kira. — « Kira, à toi de décider. » Mon cœur battait à se rompre. Tout reposait sur elle. Tout ce que j'avais construit, tout ce que j'avais espéré, était entre ses mains. Je l'ai regardée, mon visage implorant, ma vulnérabilité à nu. Elle a regardé Yanis, qui courrait vers elle, innocent. Elle a regardé Yama, Inès, mes lieutenants qui attendaient dehors, silencieux. Et puis elle a posé son regard sur moi. Le feu n'avait pas disparu de ses yeux. Mais sous le feu, il y avait autre chose. Quelque chose qui ressemblait à de l'espoir. — « Je reviens à une seule condition », a-t-elle dit d'une voix claire et forte. « Tu me donnes son numéro. Et je la confronte. » J'ai hoché la tête sans hésiter. — « Marché conclu, la lionne. » Je savais que je venais de regagner une bataille, mais la guerre de confiance n'était pas encore terminée. Le Lion avait plié, mais il allait rugir pour prouver sa loyauté. POV : Kira Le trajet de retour s'est fait dans un silence étrange, presque solennel. Ismaël conduisait sa RS6 avec une prudence inhabituelle, comme s'il transportait le trésor le plus fragile du monde. À l'arrière, Yanis s'était endormi, bercé par le ronronnement du moteur, sa petite main serrant encore le jouet que Baba lui avait donné. En passant le seuil de la villa, l'odeur de fleurs et d'encens de la veille m'a frappée au visage. Mais cette fois, l'atmosphère n'était plus à la fête. Elle était à la reconstruction. Ismaël a porté Yanis jusqu'à sa chambre. Je l'ai suivi du regard, observant la douceur avec laquelle il a bordé son fils. Quand il est redescendu, il a retiré sa veste Nike et m'a trouvée debout dans le salon, les bras croisés, fixant la baie vitrée. Il s'est approché lentement. Il n'y avait plus de cris, plus de menaces. Juste deux personnes face à l'immensité de leur nouvelle vie. — « Je ne pensais pas que tu le ferais », ai-je murmuré sans me retourner. « Te mettre à genoux devant mon père... Tu as conscience que tout le quartier va en parler demain ? » — « Qu’ils parlent », a-t-il répondu, sa voix vibrant juste derrière moi. « Ma fierté, je m'en fous, Kira. Je peux être le Lion pour le reste du monde, mais devant toi et ta famille, je ne suis qu'un homme. Et cet homme a failli tout perdre ce matin. » POV : Ismaël Je me suis arrêté à quelques centimètres d'elle. Je sentais son hésitation, cette barrière invisible qu'elle avait érigée entre nous depuis l'appel de cette maudite Lina. J'ai posé mes mains sur ses épaules, craignant qu'elle ne se dégage, mais elle est restée là, rigide. — « Regarde-moi, Kira. S'il te plaît. » Elle s'est retournée. Ses yeux étaient encore rougis, mais le feu y était revenu. Un feu plus calme, plus profond. — « Je t'ai pardonné devant mon père parce qu'il le fallait pour l'honneur », a-t-elle dit d'une voix qui tremblait légèrement. « Mais ici, entre ces murs, tu vas devoir regagner chaque morceau de mon cœur. Je ne suis pas une de tes conquêtes de passage. Si tu me brises une deuxième fois, Ismaël, il n'y aura pas de retour. » Je n'ai pas répondu par des promesses en l'air. J'ai réduit l'espace entre nous et je l'ai enveloppée dans mes bras. Je l'ai serrée fort, cherchant à lui transmettre toute la sincérité que mes mots ne parvenaient pas à exprimer. Elle a fini par poser sa tête contre mon torse, lâchant un long soupir de fatigue et de soulagement. C'est à ce moment-là qu'un petit bruit de pas a résonné sur le parquet. L'intervention du petit Prince Yanis était debout en haut de l'escalier, en pyjama, se frottant les yeux. Il nous fixait d'un air grave, ses petits sourcils froncés exactement comme les miens quand je suis en colère. Il est descendu les marches une à une et s'est interposé entre nous, poussant doucement mes jambes. — « Papa ! Laisse maman Kira ! » a-t-il ordonné de sa petite voix ferme. « Tu l'as fait pleurer ce matin, j'ai vu. Faut plus la toucher si elle veut pas ! » Le choc. Kira et moi nous sommes regardés, interdits. Le petit protecteur venait de prendre son rôle très au sérieux. Il s'est posté devant Kira, les bras écartés, comme un minuscule bouclier humain contre son propre père. — « Yanis, mon cœur... » a commencé Kira en s'accroupissant à sa hauteur, un sourire ému aux lèvres. « Papa ne me fait pas de mal. On se dit pardon. » — « Non ! » a insisté Yanis en pointant son doigt vers moi. « Papa, tu demandes pardon pour de vrai. Tu lui achètes des fleurs et tu cries plus. Sinon, je l'emmène chez Papi et on revient plus jamais ! » J'ai eu un rire étouffé, mélange de fierté et de honte. Mon fils était déjà un homme d'honneur. Je me suis accroupi à côté de lui, mettant un genou à terre pour être à son niveau. — « Tu as raison, champion. J'ai fait une bêtise. Mais je te promets que je vais tout faire pour qu'elle soit la plus heureuse. Tu me surveilles ? » Yanis m'a regardé intensément, comme s'il sondait mon âme, puis il a hoché la tête avec une solennité incroyable. — « D'accord. Mais si elle pleure encore, je te tape les jambes. » POV : Kira Voir Ismaël se faire remettre à sa place par son propre fils de quatre ans était la scène la plus touchante et la plus drôle que j'aie jamais vue. Cela a brisé la dernière couche de glace autour de mon cœur. J'ai pris Yanis dans mes bras et j'ai tendu la main à Ismaël pour qu'il se relève. On s'est retrouvés tous les trois, enlacés au milieu du salon. C'était notre premier vrai moment de famille, loin des caméras, loin des traditions, juste nous. — « Allez, petit ninja, au lit », a dit Ismaël en le soulevant. « Demain, on a une longue journée. On doit montrer à maman Kira que notre maison est la meilleure du monde. » Une fois Yanis recouché, Ismaël est revenu vers moi. Il a sorti son téléphone de sa poche et me l'a tendu, l'écran déverrouillé. — « Tiens. Fais ce que tu as à dire à Lina. On finit ça ce soir. » J'ai pris le téléphone. Le piment est remonté d'un coup. La réconciliation était là, mais la Lionne avait encore une proie à mordre pour marquer définitivement son territoire
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