Chapitre 7

1216 Words
CHAPITRE 7 : LES LIENS DU SANG ET LES PARFUMS DE LA CUISINE POV : Kira La nuit dans la cité n’est jamais vraiment silencieuse. Entre le sifflement lointain d’un train, les éclats de rire des petits qui traînent encore en bas de la tour et le bourdonnement du frigo qui rend l’âme, le silence est un luxe qu’on ne possède pas. Mais dans l’appartement des Larbi, ce soir-là, le silence était différent. Il était lourd de secrets, de haine recuite et, bizarrement, d'une certaine forme de paix précaire. Inès s'était endormie en travers de mon lit, terrassée par l'adrénaline de notre expédition nocturne. Moi, je fixais le plafond. Les mots de Yanis sur "la dame qui marchait toute nue" et le regard d'Ismaël dans la cuisine me brûlaient encore l'esprit. Vers 4 heures du matin, alors que les ronflements de Moussa et Yassine au salon ressemblaient à un concours de tracteurs, je me suis levée. Mes pieds nus ont foulé le lino froid du couloir. Je suis passée devant le salon. À la lueur bleutée des voyants de la console restée allumée, j’ai vu Ismaël. Il était affalé sur le canapé de Baba, une couverture jetée sur ses jambes. Même endormi, il avait l'air d'un prédateur au repos, la mâchoire serrée. J'ai serré les poings, puis j'ai continué ma route vers la chambre de mes parents. La tendresse dans l'ombre J'ai poussé la porte doucement. Mes parents n'étaient pas encore rentrés de leur réunion de famille interminable chez les Demir. Le grand lit était immense, et au milieu, une petite bosse sous la couette. Yanis. Je me suis glissée à côté de lui. Le petit a bougé dans son sommeil, cherchant une présence, une chaleur. Il a posé sa petite main potelée sur mon bras et a murmuré un truc incompréhensible avant de se rendormir profondément. En le regardant, j'ai ressenti un truc que je ne voulais pas ressentir : de la pitié, puis de l'amour. Ce gosse n'avait rien demandé. Il était la victime collatérale des guerres d'Ismaël et de l'absence de sa mère. — « Je te laisserai pas, petit lion », j'ai murmuré dans l'obscurité. Je me suis endormie là, bercée par son souffle régulier, loin du chaos, loin de la voiture brûlée, loin de la gifle. Pour quelques heures, je n'étais pas la fiancée vendue, j'étais juste une protection. Le réveil des darons — « Ahlili ! Regardez-moi ça ! » La voix de Yama a transpercé mon sommeil comme un éclair. J'ai ouvert les yeux, éblouie par la lumière du jour qui inondait la chambre. La porte était grande ouverte. Mes parents étaient là, debout, encore dans leurs habits de fête. Baba avait son chapelet à la main et Yama son sac de luxe posé sur la hanche. Ils nous regardaient. Moi, les cheveux en bataille, encore à moitié sous la couette, et Yanis, qui s'étirait en baillant, les yeux tout ensommeillés. — « On revient du conseil de famille et on trouve la mariée dans le lit avec le petit ? » a lancé Baba avec un petit rire bourru, mais sans méchanceté. « Au moins, on sait que l'instinct est là. » Yama, elle, n'était pas là pour rigoler. Elle a posé ses mains sur ses hanches, le regard perçant. — « Kira ! Lève-toi de là tout de suite ! » — « Maman, il est tôt... » j'ai grogné en me cachant sous l'oreiller. — « Tôt ? Le soleil est déjà au milieu du ciel, la gazelle ! » a-t-elle crié en tirant sur la couverture. « Ismaël est déjà réveillé au salon, il attend son café. Et toi, tu crois que la vie c'est un hôtel ? » Yanis s'est assis, frottant ses yeux : « Bonjour maman Kira... » Le mot a fait l'effet d'une bombe. Yama s'est adoucie d'un coup, mais elle a repris son sérieux : — « Tu entends, Kira ? Il t'appelle maman. Alors maintenant, tu vas te lever, tu vas passer de l'eau sur ce visage et tu vas venir en cuisine. Il est temps que tu apprennes à préparer le petit-déjeuner pour ton fils et pour ton mari. » — « Mon mari ? » j'ai répliqué en m'asseyant brusquement. « C'est pas encore mon mari ! Et Ismaël peut bien se faire son café tout seul, il a des mains non ? » — « Ne commence pas ! » a tonné Yama. « Une femme qui ne sait pas nourrir son foyer est une femme qui laisse la porte ouverte aux autres. Tu vas apprendre à faire les msemen (crêpes feuilletées) et l'omelette aux épices comme je te l'ai montré mille fois. Yanis a faim, et un homme qui a faim est un homme qui crie. Apprends la paix par le ventre, Kira. Allez, en cuisine ! » Leçon de cuisine sous haute surveillance Dix minutes plus tard, j'étais devant les fourneaux, les yeux encore un peu collés. Yama me surveillait comme un adjudant-chef. — « Mets plus d'huile ! Le feu est trop fort, tu vas tout brûler comme... comme cette voiture en bas ! » a-t-elle lâché avec un sous-entendu qui m'a fait rougir. Ismaël est entré dans la cuisine, attiré par l'odeur. Il avait troqué son ensemble de sport pour un jean propre et un t-shirt noir qui moulait ses épaules. Il avait l'air d'avoir bien dormi, l'enfoiré. — « Alors, la lionne se met aux fourneaux ? » a-t-il lancé avec son arrogance habituelle. « Fais attention, si c'est aussi pimenté que ton caractère, je vais finir à l'hôpital. » — « Si t'es pas content, le Grec d'en bas ouvre à 11h », j'ai répliqué sans le regarder, en retournant ma crêpe avec force. — « Papa ! Papa ! Regarde, Kira elle fait à manger pour nous ! » a crié Yanis en entrant en courant, s'accrochant aux jambes de son père. Ismaël a posé sa main sur la tête de son fils, son regard changeant instantanément. Il est devenu plus doux, plus humain. Il a levé les yeux vers moi, et pendant une seconde, le défi a disparu. — « C'est bien, Yanis. C'est comme ça qu'on reconnaît une vraie reine. Elle prend soin de son prince. » Yama nous regardait, un petit sourire satisfait au coin des lèvres. Elle m'a donné une tape sur l'épaule. — « Voilà. Tu vois ? C'est ça ton travail maintenant. Moins de vidéos sur ton téléphone, et plus de farine sur tes mains. C'est ça la réalité de la vie, ma fille. » J'ai servi les assiettes en silence. J'avais les mains qui tremblaient un peu. Entre les exigences de ma mère, le regard lourd d'Ismaël et l'innocence de Yanis, je sentais que ma vie de "fille de la cité" s'évaporait pour laisser place à quelque chose de beaucoup plus grand, et de beaucoup plus dangereux. Je n'apprenais pas juste à cuisiner, j'apprenais à construire mon propre empire à l'intérieur de cette cage dorée. Le petit-déjeuner familial installe une nouvelle routine. Veux-tu que le Chapitre 8 raconte la suite de la matinée, où Ismaël emmène Kira et Yanis faire des courses pour "remplacer ce qui a brûlé", ou préfères-tu une confrontation entre Moussa et Ismaël au sujet de la voiture ?
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