Chapitre 16

1648 Words
CHAPITRE 16 : LA FUITE DES LIONS ET L'ODEUR DU TRAQUENARD POV : Kira Le chocolat chaud dans le bol de Yanis fumait encore, mais pour moi, tout était déjà devenu froid. La trahison a ce goût de métal qui vous anesthésie la langue. J'entendais les explications d'Ismaël derrière moi, des mots qui ricochaient sur mon dos comme des balles de caoutchouc. « C’est une erreur », « C’est le passé », « Je l’avais oubliée ». Des excuses de coupable. Des excuses d'homme qui pense qu'une bague au doigt est un permis d'amnésie. Je n'ai pas crié. Je n'ai rien cassé. C’était ça, la vraie colère : un calme noir et absolu. Je me suis tournée vers Yanis, qui me regardait avec ses grands yeux d'ange, un peu perdu par le silence de plomb de sa "maman Kira". — « Yanis, mon cœur, va mettre tes chaussures. On va aller voir Papi et tes oncles », ai-je dit d’une voix que j’espérais stable. — « Mais Papa il vient pas ? » — « Papa a des choses à régler avec ses "amis" », ai-je lâché, lançant un regard de glace vers Ismaël qui était planté au milieu de la cuisine, désemparé. Je suis montée à l'étage. J'ai sorti le sac de sport que je n'avais pas encore fini de vider. J'ai attrapé nos tenues de combat. Pour Yanis, son ensemble Nike Tech Fleece gris anthracite, avec les petites Air Max assorties. Pour moi, j'ai enfilé mon ensemble Nike noir, le haut zippé ajusté et le bas cargo qui me donnait cet air de fille de la cité qu'on ne marche pas dessus. On était assortis. On était une équipe. Une équipe qui partait. J'ai descendu les escaliers, mon sac sur l'épaule, Yanis tenant ma main. Ismaël m'attendait en bas des marches, les bras croisés, le visage se durcissant à mesure qu'il comprenait que ce n'était pas une simple bouderie. — « Kira, tu ne sors pas de cette maison avec mon fils », a-t-il dit, sa voix redevenant celle du chef de clan, autoritaire et menaçante. — « Regarde-moi bien, Ismaël Demir », ai-je répondu en m'approchant si près que je sentais la chaleur de son torse. « Tu m'as eue par un contrat, tu m'as eue par la tradition, mais tu ne m'auras jamais par le mensonge. Tu veux ton fils ? Il est avec moi. Si tu essaies de m'arrêter physiquement, je te jure sur la tête de ma mère que je hurle si fort que tout le quartier saura que le grand Lion n'est qu'un petit lâche qui trompe sa femme le lendemain de son mariage. » Il a serré les dents si fort que j'ai cru qu'elles allaient éclater. Il a vu le feu dans mes yeux. Il savait que je n'avais peur de rien, ni de sa stature, ni de son nom. Il s'est écarté d'un pas, me laissant le passage, mais son regard promettait une tempête. J'ai claqué la porte blindée de la villa. Le bruit a résonné dans toute la rue. POV : Ismaël Le bruit de la porte qui claque a été comme un coup de fusil dans ma poitrine. Je suis resté planté là, dans mon salon luxueux qui me paraissait soudainement aussi vaste et vide qu'un hangar désaffecté. Elle est partie. Elle a pris Yanis, elle a mis son armure Nike, et elle s'est barrée. La rage bouillonnait en moi, mais c'était une rage impuissante. J'aurais pu la rattraper en trois enjambées, verrouiller les portes, lui arracher le téléphone des mains. Mais pour quoi faire ? Pour qu'elle me déteste encore plus ? Pour qu'elle voie en moi le monstre qu'elle décrivait lors de notre dispute ? J'ai attrapé mon téléphone, celui par qui le scandale était arrivé. J'ai regardé le nom de "Lina". Cette fille n'était rien. Une poussière de mon ancienne vie de célibataire, une fille qui aimait l'argent et les voitures rapides. Qu'elle m'appelle aujourd'hui, pile ce matin, ce n'était pas un hasard. Quelqu'un l'avait briefée. Quelqu'un voulait foutre le feu à mon mariage avant même qu'on ait fini de manger les restes du gâteau. J'ai composé le numéro de Moussa. — « Allô, Moussa ? » — « Ouais le Lion ! Déjà en manque de tes beaux-frères ? » — « Ta sœur arrive chez vous avec Yanis. Ne lui pose pas de questions. Laisse-la s'installer. Si elle veut pleurer, laisse-la pleurer. Mais si quelqu'un d'autre que moi s'approche de cette porte, tu m'appelles direct. » — « Qu'est-ce qui se passe Isma ? Tu as fait quoi ? » La voix de Moussa était devenue sérieuse, protectrice. — « Un traquenard, Moussa. Un vieux fantôme qui ressurgit. Je vais régler ça. Garde-les à l'œil. » J'ai raccroché. Je suis allé dans mon garage. J'ai démarré la RS6. Le moteur a rugi, répondant à ma colère. Si Lina pensait qu'elle pouvait jouer avec les Demir et s'en sortir avec un sourire et du gloss, elle allait apprendre que le Lion ne rugissait jamais pour rien. Mais en sortant de l'allée, j'ai vu une petite trace de chocolat sur le rebord du canapé, là où Yanis était assis dix minutes plus tôt. Mon cœur s'est serré. Elle était ma femme, il était mon fils, et j'allais devoir brûler le monde s'il le fallait pour ramener ma lionne à la maison. Kira pensait retourner à sa vie d'avant, dans son ensemble Nike, protégée par ses frères. Elle pensait que c'était une rupture. Elle ne savait pas que pour moi, c'était juste le début d'une chasse. Et je ne rentre jamais bredouille. POV : Kira Passer le hall de mon immeuble avec Yanis, c’était comme revivre le film de ma vie à l'envers. Les voisins me regardaient, certains avec pitié, d’autres avec cette curiosité malsaine propre aux quartiers où tout se sait avant même que ça n'arrive. Mais avec mon ensemble Nike noir et mon regard de braise, personne n’a osé poser de questions. J’avançais comme une guerrière qui rentre au campement après une défaite qui n'en est pas une. Quand j’ai frappé à la porte de l’appartement, c’est Yama qui a ouvert. Elle a baissé les yeux sur nos tenues assorties, sur mon sac de sport, puis sur le visage de Yanis. Elle n'a pas eu besoin de poser de questions. Une mère sait. — « Entre », a-t-elle dit simplement en s'effaçant. POV : Inès J’étais déjà là, installée dans le salon avec Baba. Je savais que Kira finirait par craquer. Quand je l’ai vue entrer avec le petit, mon cœur s’est serré. Elle était digne, mais ses yeux criaient la trahison. — « Tata Inès ! » a crié Yanis en lâchant la main de Kira pour courir vers moi. Le petit était d’une joie communicative. Pour lui, revenir ici, c’était comme une extension de la fête. Il ne voyait pas les visages graves de Baba et de Yama. Il voyait ses oncles, ses jouets restés là, et l’attention de tout le monde. — « Viens là, mon champion ! » l’ai-je rattrapé au vol en le faisant sauter dans mes bras. Pendant que Kira s’isolait dans la cuisine avec Yama, je me suis occupée de Yanis. On a commencé à jouer au ballon dans le couloir, ses petites Air Max grinçant sur le lino. Il riait aux éclats, inconscient que son père était probablement en train de retourner la ville pour le retrouver. Voir ce petit être si radieux alors que tout s'écroulait autour de lui, c'était la plus belle des leçons. POV : Kira (Dans la cuisine) Le carrelage de la cuisine était frais. Yama me servait un verre d’eau, ses yeux ne me lâchant pas. — « Qu'est-ce qu'il a fait, Kira ? » a demandé Baba en entrant, sa voix calme mais lourde d'autorité. — « Son passé l'a rattrapé, Baba. Une fille... une "Lina". Elle a appelé en FaceTime ce matin, sur notre lit. Elle parlait comme s'il lui appartenait encore. » Le silence qui a suivi a été pesant. Baba a serré les poings sur la table. Chez nous, l'honneur est sacré, et le lendemain d'un mariage, c'est une insulte que rien ne peut effacer. — « Il dit que c'est un piège », ai-je ajouté, la voix tremblante. « Mais je n'ai pas la force de trier le vrai du faux. Je ne suis pas une option, Baba. Je ne serai jamais la femme qui attend que son mari finisse de s'amuser ailleurs. » — « Tu as bien fait de venir ici », a tranché Yama. « Si cet homme ne sait pas respecter le foyer qu'il vient de construire, il ne mérite pas que tu y restes. » La joie au milieu du drame Pendant que nous discutions de mon avenir et du divorce possible, les rires de Yanis résonnaient depuis le salon. Il jouait avec Moussa qui venait d'arriver. — « Regarde Papi ! Je suis un ninja Nike ! » criait-il en sautant sur le canapé. C'était le paradoxe total. On parlait de rupture, de trahison et d'honneur, et au milieu de tout ça, l'enfant d'Ismaël était le plus heureux des petits garçons chez ses beaux-parents. Il courait vers Baba, lui grimpait sur les genoux, et mon père, malgré sa colère noire contre Ismaël, ne pouvait s'empêcher de sourire et de caresser les cheveux du petit. — « Il n'y est pour rien, cet enfant », a murmuré Baba. « Il est des nôtres maintenant. » J'ai regardé Yanis à travers l'entrebâillement de la porte. Il était joyeux, innocent, portant fièrement sa tenue Nike. Il était le seul pont qui restait entre Ismaël et moi. À cet instant, j'ai réalisé que partir ne serait pas aussi simple que de claquer une porte. J'avais emporté son fils, et je savais que le Lion n'allait pas tarder à rugir sous nos fenêtres.
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