Chapitre 9

1568 Words
CHAPITRE 9 : PETITS MATINS ET SURPRISES À DOMICILE POV : Kira La cérémonie du Colas s'était terminée tard dans la nuit, dans un nuage d'encens et de rires gras. Mais le vrai changement, il s'est produit au moment du départ des Demir. Yanis, agrippé à ma jambe comme s'il jouait sa vie, a piqué une crise mémorable. — « Non ! Je veux rester avec maman Kira ! Je rentre pas ! » Ismaël avait essayé de négocier, de gronder, de promettre des jouets, mais rien n'y faisait. Le petit était têtu, un vrai Demir. Finalement, Ismaël avait jeté un regard fatigué vers moi, un mélange d'agacement et de défaite, avant de repartir seul. Dans un coin du salon, j'ai capté le regard d'Inès. Elle n'avait pas son sourire habituel. Ses yeux étaient sombres, fixés sur le petit Yanis qui me faisait des câlins. Pour la première fois, j'ai senti une pointe de jalousie émaner de ma meilleure amie. Elle, qui rêvait d'entrer dans cette famille par la grande porte avec Moussa, voyait que j'étais déjà devenue le centre de gravité des Demir. Elle se sentait exclue de ce nouveau monde de rubis et de responsabilités. Le look du jour : Opération séduction (ou presque) Le lendemain matin, j'ai décidé de prendre les choses en main. On allait faire une surprise à "Monsieur-j'ai-une-RS6-qui-brûle". J'ai réveillé Yanis avec des bisous. Je l'ai lavé, il sentait bon le savon à la fraise. Je lui ai sorti la tenue que j'avais repérée hier : un ensemble Nike de compet’, culotte courte et haut assorti, d'un gris chiné impeccable. Aux pieds ? Des petites Air Force 1 blanches flambant neuves. Il avait l'air d'une miniature de rappeur, j'étais fan. Pour moi, j'ai joué la carte de la "lionne de Châtelet". Un pantalon cargo large, taille haute, qui soulignait bien mes formes, associé à un crop-top noir (le fameux "haut sauté" comme dit ma mère) qui laissait deviner ma taille. J'ai attaché mes boucles en un chignon haut, un peu sauvage, et j'ai pris les clés de la voiture que mon père m'avait prêtée. — « Allez Yanis, on va réveiller Papa ! » Infiltration chez le Lion On est arrivés devant l'appartement de fonction d'Ismaël vers 10 heures. J'avais encore le double des clés qu'il m'avait laissé "pour les urgences". On est entrés sur la pointe des pieds. L'appart était silencieux, sombre, sentant le tabac froid et le luxe. Ismaël dormait encore à poings fermés dans son immense lit king-size. Il était torse nu, la couette à moitié tombée, révélant ses tatouages et ses muscles saillants. — « Un, deux, trois... Saute ! » j'ai chuchoté à Yanis. Le petit s'est jeté sur son père en hurlant de joie. Ismaël a sursauté, les yeux écarquillés, manquant de donner un coup de coude par réflexe avant de réaliser que c'était son fils qui l'escaladait. — « Qu'est-ce que... Yanis ? Kira ? » a-t-il grogné d'une voix rauque de sommeil. — « Debout le paresseux ! » j'ai lancé en ouvrant les rideaux d'un coup sec. « Ta nouvelle famille est là pour te sortir de ta grotte. » Il s'est redressé, se frottant le visage, son regard s'attardant sur mon crop-top et mon pantalon cargo. Il a eu ce petit sourire en coin, celui qui veut dire qu'il apprécie la vue mais qu'il ne l'avouera jamais. — « T'as pas de pudeur à débarquer comme ça chez un homme qui dort ? » a-t-il lancé. — « On est officiellement ensemble maintenant, Demir. La pudeur, c’est pour ceux qui n’ont pas de Colas dans le ventre. Allez, douche-toi, on va faire les courses pour ta cuisine. Le frigo est aussi vide que ton cerveau après une défaite à FIFA. » Chamailleur et chariots L'après-midi au supermarché a été une comédie. Ismaël poussait le chariot pendant que Yanis était assis dedans, et moi, je faisais la liste. — « Pourquoi tu prends ce lait ? Prends l'autre, c'est celui que Yanis aime », j'ai dit en lui arrachant une brique des mains. — « Kira, commence pas à gérer mes céréales. Je sais ce qu'il mange. » — « Ah oui ? C'est pour ça qu'il a des carries imaginaires ? Laisse faire les pros. » On s'est chamaillés pour tout : le choix des yaourts, la marque de la lessive, et même la couleur des éponges. Les gens nous regardaient, pensant sûrement qu'on était un vieux couple marié depuis dix ans. Ismaël essayait de faire le dur, mais dès que Yanis réclamait un truc, il cédait, et je devais intervenir pour faire la police. — « T'es trop mou avec lui », je lui ai glissé à l'oreille entre deux rayons. — « Et toi t'es trop piquante. On va finir par faire un gamin qui sera un cactus », a-t-il répliqué avec un clin d'œil qui m'a fait rougir malgré moi. On a fini la journée à charger les sacs dans le coffre. Pour la première fois, ce n'était pas une question de dettes ou de voitures brûlées. C'était juste nous trois, dans la banalité d'un samedi après-midi, construisant un foyer au milieu du chaos POV : Kira L’ascenseur montait vers l’appartement d’Ismaël dans un silence chargé de sacs de courses et d’une tension électrique. Dès que la porte s’est ouverte, j’ai posé les sacs sur le plan de travail en granit noir et j’ai balayé la pièce du regard. C’était beau, c’était grand, mais ça manquait d’âme. C’était un appartement de célibataire endurci qui n’avait jamais appris qu’une maison, ça se vit. — « Bon, on va mettre de l’ordre là-dedans », j’ai décrété en commençant à vider les placards. J’ai jeté les vieux paquets de pâtes ouverts, j’ai réorganisé les épices par couleur, et j’ai commencé à déplacer ses bibelots de "bonhomme" qui ne servaient à rien. Ismaël, appuyé contre l’îlot central, me regardait faire, les sourcils de plus en plus froncés. — « Kira, arrête ça tout de suite. C’est chez moi, pas ton magasin à Châtelet. Touche pas à mes affaires », a-t-il lâché, la voix basse et menaçante. — « C’est "chez nous" maintenant, Demir ! Et ton rangement, c’est une insulte à l’intelligence humaine. Il y a de la poussière depuis l'époque de Napoléon sur tes étagères ! » — « Je t’ai dit de laisser ! » a-t-il crié en m'attrapant le poignet pour m'empêcher de déplacer une boîte métallique à laquelle il semblait tenir. Le contact a ravivé la brûlure de la gifle de l'autre soir. La colère est montée comme une marée noire. J’ai dégagé mon bras d'un coup sec. Yanis, effrayé par les éclats de voix, s'est caché derrière le canapé. — « Tu veux faire la loi ici aussi ? » j'ai hurlé, le visage à quelques centimètres du sien. « Tu crois que parce que t'as acheté mon père et que tu me sors au parc aquatique, j'ai oublié qui tu étais ? » — « Je suis l'homme qui t'offre un avenir, Kira ! » — « Non ! T'es juste un mec de la tess qui a réussi à faire du fric sur le dos des gens ! T'es un meurtrier dans l'âme, Ismaël ! Tu tues la liberté des gens, tu v****s leur dignité ! T'es peut-être pas en prison, mais t'es un violeur de rêves ! Tu m'as arrachée à ma vie comme un criminel ! » Le mot a claqué dans l'air. Violeur. Meurtrier. Le visage d'Ismaël s'est décomposé. Ce n'était plus de la colère, c'était une blessure profonde, une rage froide qui rendait son regard vide. Il a reculé d'un pas, les poings serrés si fort qu'ils tremblaient. — « Tu... tu oses dire ça ? » a-t-il murmuré, sa voix n'étant plus qu'un sifflement terrifiant. « Après tout ce que j'essaie de construire pour le petit ? Pour toi ? » — « Construire ? On construit pas sur du sang et des menaces ! » Il a pointé la porte d'un doigt tremblant. — « Sors. » — « Quoi ? » — « SORS DE CHEZ MOI ! » a-t-il hurlé, faisant trembler les vitres du salon. « Puisque je suis un monstre, va-t’en ! Retourne chez ton père ! » Je n'ai pas demandé mon reste. J'ai ramassé mon sac, les larmes aux yeux — des larmes de rage, pas de tristesse. J'ai jeté un dernier regard vers Yanis qui pleurait doucement, et je suis partie en claquant la porte si fort que j'ai cru qu'elle allait sortir de ses gonds. Je suis rentrée à pied, le crop-top collant à ma peau à cause de la sueur et de l'humidité du soir. Arrivée dans ma cité, j'ai grimpé les escaliers quatre à quatre. Yama était au salon avec Baba. Elle a vu mon maquillage coulé et mon air de furie. — « Kira ? Qu'est-ce qu'il y a encore ? » — « C'est fini ! » j'ai hurlé avant de m'enfermer dans ma chambre. « Je préfère mourir seule que de rester une seconde de plus avec ce psychopathe ! » Je me suis écroulée sur mon lit, le cœur en miettes. J'avais gagné la bataille des mots, mais je sentais que je venais de perdre la guerre. Le silence de ma chambre me paraissait soudain insupportable, et le souvenir du visage blessé d'Ismaël me hantait déjà.
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