Chapitre 8

1770 Words
CHAPITRE 8 : COSTUMES TROIS PIÈCES ET TOBOGGANS GÉANTS POV : Kira Après le petit-déjeuner mouvementé, Ismaël a décidé qu’on ne pouvait pas rester enfermés à se regarder en chiens de faïence. Il a décrété, avec son autorité habituelle, qu’on allait faire les courses pour le mariage. Une voiture de location (une Mercedes cette fois, plus sobre mais tout aussi nerveuse) nous attendait en bas. On a fini dans une boutique de luxe du centre-ville, le genre d’endroit où les vendeurs portent des gants blancs et où le silence coûte plus cher que mon salaire mensuel. Ismaël voulait des costumes. Pour lui, et surtout pour Yanis. Les deux Lions Le tailleur a apporté les modèles. Ismaël a choisi un costume trois pièces d'un bleu nuit presque noir, d'une coupe impeccable. Mais le clou du spectacle, c'était la miniature. Quand Yanis est sorti de la cabine, j'ai cru que mon cœur allait lâcher. Il était en costume assorti à son père, avec un petit nœud papillon et des chaussures vernies. Il était d'une beauté à couper le souffle, un vrai petit prince de la cité. Il s'est regardé dans le miroir, a ajusté sa veste comme un grand, puis s'est tourné vers moi avec un sourire qui aurait pu éclairer tout le quartier. — « Maman ! Maman regarde ! Je suis beau comme Papa ? » a-t-il crié en courant vers moi. Le mot a résonné dans la boutique feutrée. « Maman ». J’ai senti le regard d’Ismaël sur moi. Il s’est figé, une chemise à la main. Il était totalement étonné. Ses sourcils se sont haussés, et pour la première fois, j'ai vu une faille dans son masque d'acier. Il ne s'attendait pas à ce que le petit m'adopte aussi vite, aussi fort. — « T'es le plus beau, mon cœur », j'ai dit en le prenant dans mes bras, ignorant volontairement le trouble d'Ismaël. « Tu vas voler la vedette à tout le monde au mariage. » Ismaël s'est approché, posant sa main sur l'épaule de son fils. Ses yeux ont croisé les miens. Il y avait une question muette dans son regard : « Comment t'as fait pour gagner son cœur en une nuit ? » Mais il n'a rien dit. Il a juste payé la facture (une somme indécente) sans sourciller. L’oasis après la tempête — « On fait quoi maintenant ? » j'ai demandé en remontant dans la voiture. « On va acheter des diamants ? » — « Non », a-t-il répondu en démarrant. « Yanis a été sage. On va là où il veut. » Et là où Yanis voulait aller, c'était le parc aquatique géant à l'extérieur de la ville. Le contraste était total. On est passés des costumes en soie aux maillots de bain et à l'odeur de chlore. L'après-midi a été surréaliste. Voir le "Lion de la cité", le mec qui fait trembler les petits du quartier, se prendre des seaux d'eau sur la tête et hurler de rire dans un toboggan géant avec son fils, c'était... déstabilisant. On a passé des heures dans l'eau. Yanis ne me lâchait pas. Il voulait que je fasse toutes les descentes avec lui. À un moment, on s'est retrouvés tous les trois dans la piscine à vagues. Yanis était entre nous deux, accroché à nos mains. — « C’est l’endroit préféré de ma maman Kira ! » criait-il à chaque fois qu’une vague arrivait. Ismaël me regardait à travers les éclaboussures. Ses cheveux étaient mouillés, son regard était plus clair. L'arrogance avait laissé place à une sorte de trêve. — « Tu t'en sors bien, la lionne », m'a-t-il murmuré alors qu'on s'asseyait sur des transats pendant que Yanis mangeait une glace. « J'ai jamais vu Yanis aussi joyeux depuis que sa mère a disparu de la circulation. Tu lui donnes un truc que l'argent n'achète pas. » — « C’est peut-être parce que je le traite pas comme une marchandise, moi », j'ai répliqué, mais sans méchanceté cette fois. Il a ri doucement. — « On verra si tu gardes ce sourire quand il faudra gérer ses crises de colère. Il tient de moi, il lâche rien. » Le retour au calme En fin d'après-midi, on est rentrés. Yanis s'est endormi sur mes genoux à l'arrière de la voiture, épuisé par le soleil et l'eau. Ismaël conduisait calmement, jetant des coups d'œil réguliers dans le rétroviseur. — « On a encore beaucoup de choses à régler, Kira », a-t-il dit en arrivant en bas de l'immeuble. « Mais merci pour aujourd'hui. T'es peut-être une pyromane de voitures, mais t'es une bonne personne pour mon fils. » — « Ne t'habitue pas trop à ma gentillesse, Demir », j'ai répondu en caressant les cheveux du petit. « Le piment est toujours là. » On est montés. L'ambiance à la maison était redevenue "normale". Baba était au salon, Yama préparait le dîner, et mes frères jouaient encore. Mais pour nous trois, quelque chose avait changé. Le contrat de mariage n'était plus seulement une histoire de dettes et de business. Il y avait maintenant un petit garçon au milieu, et des rires dans un parc aquatique qui pesaient plus lourd que toutes les menaces du monde. POV : Kira Le jour J est arrivé. Pas le mariage blanc, pas encore la mairie, mais le jour du Colas. Dans notre tradition, c’est là que tout devient officiel, là que les familles se lient pour de bon. J’avais pris congé du magasin. Pour une fois, ce n’était pas moi qui vendais des rêves de tissu à Châtelet ; c’était moi qui étais au centre du spectacle. Dès l’aube, l’appartement des Larbi s’est transformé en ruche. Mes tantes sont arrivées avec des plateaux de gâteaux débordants de miel et des voix qui montaient dans les aigus à chaque phrase. Mes oncles, eux, s’étaient installés au salon autour de Baba, discutant sérieusement, la mine grave, comme s’ils préparaient un sommet de l’ONU. — « Kira ! Ahlili, reste pas là en pyjama ! » criait ma tante Zohra en me poussant vers la salle de bain. « La belle-famille arrive, tu veux qu’ils croient qu’on t’a trouvée dans un vide-ordures ? » La préparation de la mariée Yama m’avait préparé une tenue d’exception. Un caftan en soie vert émeraude, brodé de fil d’or, qui pesait une tonne mais qui me donnait une allure de reine. Elle m’a aidée à ajuster mes bijoux. Ses mains tremblaient un peu, mais elle souriait. — « Tu es magnifique, ma fille. Oublie le piment aujourd’hui. Sois la douceur, pour ton avenir. » Je me regardais dans le miroir. La trace de la gifle avait totalement disparu, effacée par le maquillage pro d’Inès qui était venue en renfort. J’étais prête. Enfin, physiquement. Dans ma tête, c’était toujours le combat de boxe entre ma fierté et ce petit Yanis qui m’appelait déjà « Maman ». L’arrivée des Demir : Le tsunami de luxe Soudain, le quartier a vibré. On n’avait pas besoin de regarder par la fenêtre pour savoir qu’ils étaient là. Le bruit des moteurs puissants et les klaxons rythmaient leur arrivée. La famille Demir ne faisait pas les choses à moitié. Quand ils ont franchi la porte, l’appartement a semblé devenir trop petit. Il n’y avait pas seulement les parents d’Ismaël et Ismaël lui-même, mais une traîne d’oncles, de cousins et de porteurs. — « Salam Alaykoum ! » lançait le père d’Ismaël d’une voix tonitruante. C’était une avalanche de cadeaux. Les cousins d’Ismaël entraient les uns après les autres, les bras chargés. • Des paniers de fruits exotiques si grands qu'on aurait pu nourrir tout le bâtiment pendant un mois. • Des coffrets de parfums de niche dont l'odeur a instantanément balayé celle du tajine de Yama. • Des coupons de tissus en soie sauvage, de la dentelle de Calais, des sacs à main de grandes marques. • Et bien sûr, les plateaux de noix de cola et de dattes fourrées, symboles de l'union. Mes oncles et Baba brillaient de fierté. Pour eux, chaque cadeau était une preuve de la valeur de leur fille, une preuve qu'ils avaient réussi leur "deal". Le regard du Lion Au milieu de ce chaos de luxe et de youyous, Ismaël se tenait là. Il portait un ensemble en lin beige, décontracté mais d'une élégance qui tranchait avec l'agitation ambiante. Il ne souriait pas autant que les autres. Il me cherchait du regard. Quand nos yeux se sont croisés, il a eu un léger mouvement de sourcils. Il m'analysait dans mon caftan vert. Je voyais dans ses yeux qu'il se rappelait la pyromane de la veille, mais qu'il appréciait la "reine" d'aujourd'hui. À ses côtés, Yanis était tout fier dans une petite chemise blanche. Dès qu'il m'a vue, il a voulu courir vers moi, mais sa grand-mère l'a retenu par l'épaule. La cérémonie du partage On s’est tous assis. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, mais dans un joyeux mélange de rires et de discussions. Le père d’Ismaël a pris la parole, demandant officiellement ma main à Baba au nom de son fils. C’était protocolaire, mais l’émotion était là. Le moment fort a été le partage du colas. C’est le symbole de l’accord, de la paix entre les clans. Baba a accepté, a brisé la noix, et les youyous des tantes ont explosé, faisant vibrer les murs en béton de l'appartement. Ismaël s'est levé pour s'approcher de moi sous les regards approbateurs des anciens. Il m'a tendu un petit coffret en velours rouge. — « Pour toi, Kira. Un avant-goût de ce qui t'attend », a-t-il dit à voix basse, pour que moi seule l'entende. J'ai ouvert. Un collier en or massif, avec un pendentif en forme de lionne aux yeux de rubis. C'était magnifique, et surtout, c'était un message. Il n'avait pas choisi une fleur ou un cœur. Il avait choisi une lionne. — « Merci, Ismaël », j'ai répondu avec un petit sourire provocateur. « J'espère qu'il est solide, parce que la lionne, elle a les dents dures. » Il a ri, un vrai rire qui a fait plaisir à Yama qui nous observait de loin. La belle-famille était conquise. Les cadeaux s'entassaient dans le couloir, les oncles commençaient à manger les dattes, et mes frères faisaient déjà des selfies avec les cousins Demir. Le mariage était scellé. Les dettes de Baba étaient effacées par l'or et la soie. Mais alors que tout le monde célébrait, je savais que la partie la plus dure commençait : vivre sous le même toit que ce lion qui venait de m'offrir des rubis après m'avoir giflée
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