CHAPITRE 19: DES RÊVES DE SOIE ET D'ACIER
POV : Kira
Le lendemain matin, la chambre était baignée d’une lumière douce, presque irréelle. Pour la première fois depuis des semaines, mon réveil n’a pas été provoqué par le stress d’un mariage forcé ou le cri d'une trahison. C’est le poids du bras d’Ismaël sur ma taille et le silence apaisé de la maison qui m’ont tirée du sommeil.
Je me suis étirée comme une chatte, sentant chaque muscle de mon corps détendu. L'appel de la veille, le b****r devant l'écran, la marque que j'avais laissée sur mon mari... tout cela avait agi comme une purge. J'étais de bonne humeur, une humeur rayonnante qui me donnait envie de conquérir le monde.
Ismaël bougeait à peine, ses cils sombres reposant sur ses pommettes. Il avait l'air si calme quand il ne jouait pas au chef de meute. Je me suis penchée et j'ai déposé un b****r léger sur son nez.
— « Hmm... Déjà debout ? » a-t-il marmonné, la voix grave et ensommeillée, sans ouvrir les yeux.
— « J'ai des idées, Ismaël. Et quand j'ai des idées, je ne peux pas dormir », ai-je répondu en m'asseyant contre la tête de lit, ramenant la couette sur ma poitrine.
Il a enfin ouvert un œil, un sourire amusé étirant ses lèvres.
— « Oh non. Quand la Lionne a des idées au petit matin, ça coûte généralement très cher au Lion. Dis-moi tout. »
POV : Ismaël
Je l'observais, fasciné. Elle était là, les cheveux en bataille, le regard pétillant de cette intelligence vive qui m'avait séduit dès le premier jour (même si je l'exprimais par de la colère à l'époque). Elle n'avait plus besoin de son ensemble Nike pour avoir l'air d'une patronne. Sa détermination suffisait.
— « Je ne veux pas juste être la femme du Lion, Ismaël », a-t-elle commencé, ses mains s'animant pour illustrer ses propos. « Je veux mon propre empire. Tu sais que j'ai l'œil pour la mode. Je sais ce que les filles du quartier veulent, et je sais ce que les femmes de ton monde recherchent. Je veux ouvrir mon propre magasin. »
Je me suis redressé, appuyé sur mon coude, soudainement très attentif.
— « Un magasin de vêtements ? »
— « Pas juste un magasin. Un concept-store. Quelque chose qui mélange le luxe et le "street", comme nous. Une boutique où je vendrais mes propres sélections, peut-être même ma propre ligne plus tard. Je veux un endroit à mon nom, Ismaël. Un endroit où c'est moi qui décide de tout. »
J'ai souri intérieurement. Elle ne me demandait pas l'autorisation, elle me présentait un projet. C’était ça que j’aimais chez elle : son ambition n’avait pas de limites.
La négociation du cœur
— « Et tu as déjà une idée de l'emplacement ? » ai-je demandé pour la tester.
— « Près des Champs-Élysées, mais avec une âme de Châtelet », a-t-elle répondu sans hésiter. « Je veux que ce soit imposant. Je veux que quand Lina ou n'importe qui d'autre passe devant, elles voient l'enseigne "KIRA D." et qu'elles sachent que la titulaire ne fait pas que garder la maison, elle règne sur le business aussi. »
J'ai éclaté de rire. Sa motivation était un mélange savoureux de talent et de revanche personnelle. Elle voulait prouver sa valeur au monde entier, et surtout à ceux qui avaient douté d'elle.
— « Écoute-moi bien », ai-je dit en attrapant sa main pour la ramener vers moi. « Tu as le talent, tu as le piment, et maintenant tu as les ressources. Si c'est ce que tu veux, je vais te trouver le local le plus sélect de Paris. Mais à une condition. »
— « Laquelle ? » a-t-elle demandé, les yeux plissés, prête à négocier.
— « C'est moi qui gère la sécurité du magasin. Je ne veux pas que n'importe quel petit voyou vienne traîner autour de ma femme quand elle travaille. »
— « Marché conclu, Monsieur le garde du corps », a-t-elle ri en se jetant dans mes bras.
Elle m'a embrassé avec une fougue qui annonçait une journée mémorable. Sa bonne humeur était contagieuse. En quelques minutes, elle avait transformé notre chambre en bureau de stratégie.
Je savais que ce n'était pas juste une passade. Kira allait réussir. Elle avait cette force brute, cette élégance sauvage qui transformait tout ce qu'elle touchait en or. Le Lion avait peut-être le territoire, mais la Lionne allait bientôt avoir les vitrines les plus convoitées de la capitale.
— « Prépare-toi », ai-je dit en me levant. « On va voir Yanis, on prend le petit-déjeuner, et après, on va signer les premiers papiers. Si tu veux ton empire, on commence aujourd'hui. »
Elle a bondi du lit, rayonnante. La petite fille de la cité était en train de devenir une reine, et j'allais être aux premières loges pour voir son couronnement.
POV : Kira
La soirée était d'une sérénité presque irréelle. La salle à manger était baignée d'une lumière tamisée, l'odeur d'un tajine aux olives que j'avais préparé flottait dans l'air. Ismaël, assis en bout de table, avait retiré sa veste et retroussé ses manches, affichant ses bras tatoués sous la lumière du lustre. Il riait à une énième blague de Yanis.
Tout semblait parfait. Mais dans ma pochette, cachée au fond de mon sac à main laissé dans l'entrée, brûlait un secret de plastique et de comprimés : ma plaquette de pilules.
— « Maman Kira ? » lança soudain Yanis, en jouant avec sa fourchette.
— « Oui, mon ange ? » répondis-je avec un sourire, portant une bouchée de viande à ma bouche.
— « À l'école, le papa de Lucas il est venu avec un petit bébé. Il a dit que c'était son petit frère. » Il s'arrêta, son regard d'une innocence désarmante planté dans le mien. « Est-ce que moi aussi j'aurai un petit frère bientôt ? Papa a dit que la maison elle était assez grande pour une équipe de foot ! »
Le morceau de viande se coinça net dans ma gorge. J'eus un mouvement de recul, mes yeux s'écarquillèrent et je fus prise d'une quinte de toux violente, mon visage virant rapidement au rouge cramoisi. La panique me submergeait : et si Ismaël commençait à calculer ? Et si mes excuses de "cycle irrégulier" ne tenaient plus ?
POV : Ismaël
Je me suis redressé d'un bond, le cœur manquant un battement en voyant Kira suffoquer. Je lui ai asséné deux petits coups secs dans le dos, lui tendant un verre d'eau en catastrophe.
— « Respire, Kira ! Calme-toi... »
Elle but une gorgée, les yeux larmoyants, essayant de reprendre sa contenance. Elle évitait soigneusement mon regard. J'ai souri, pensant que c'était simplement de la timidité face à la question cash de mon fils.
— « Tu vois, Yanis ? Tu as fait peur à ta maman avec tes questions de grand », dis-je en rigolant, tout en jetant un regard protecteur et plein de désir à Kira. « Mais c'est une bonne question, champion. Moi aussi, j'aimerais bien qu'on commence à y réfléchir sérieusement. »
Je ne savais rien. Je ne soupçonnais absolument rien. Pour moi, Kira était aussi impatiente que moi de fonder notre dynastie. Je la voyais juste nerveuse à l'idée de la maternité.
— « Ismaël... c'est peut-être un peu tôt, non ? » a-t-elle balbutié en essuyant ses lèvres avec sa serviette, ses mains tremblant légèrement. « Avec le projet de la boutique qui démarre... »
— « La boutique n'empêche rien, Kira », répondis-je en posant ma main sur la sienne. « On a tout ce qu'il faut. Je veux que notre lignée s'agrandisse. Je veux un autre petit lion qui te ressemble. »
Elle a hoché la tête avec un sourire qui n'atteignait pas ses yeux. Je l'ai trouvée bizarre, un peu distante, mais j'ai mis ça sur le compte de l'émotion.
POV : Kira
Je me sentais comme une criminelle. Chaque parole d'Ismaël sur notre futur bébé était un coup de poignard dans mon cœur. Je l'aimais, je le voulais, mais ma peur était plus forte. La peur de perdre ma liberté toute neuve, la peur qu'il me voit seulement comme une mère et plus comme la femme forte et indépendante qu'il respectait.
Après le dîner, Ismaël est monté coucher Yanis. J'en ai profité pour filer vers l'entrée. Mon sac était là. J'ai glissé ma main à l'intérieur, mon cœur battant la chamade. Mes doigts ont rencontré le carton froid de la plaquette. Je devais prendre le comprimé de ce soir.
J'ai couru vers la cuisine pour prendre un verre d'eau, le dos tourné à la porte.
— « Kira ? Qu'est-ce que tu fais ? »
La voix d'Ismaël m'a fait sursauter. J'ai refermé ma main sur la pilule, la cachant dans ma paume, mon verre d'eau tremblant dans l'autre. Il était sur le seuil de la cuisine, m'observant avec une curiosité qui se transformait lentement en doute.
— « Rien... j'avais juste soif », ai-je dit, le souffle court.
— « Tu as quelque chose dans la main », a-t-il remarqué, ses yeux de prédateur fixés sur mon poing fermé. « C'est quoi ? »
— « Rien, Ismaël. Laisse-moi. »
Il s'est approché, un pas lent, lourd. Le Lion commençait à sentir que quelque chose ne tournait pas rond.
— « Kira, ne me mens pas. Ouvre la main. »
Le silence est devenu électrique. Ma main était serrée si fort que le plastique de la plaquette commençait à me piquer la peau. Je savais que si j'ouvrais la main, l'équilibre fragile qu'on avait construit allait voler en éclats.