Pdv Aïcha
Deux jours après
On était dimanche. Je me mirai dans le rétroviseur de la voiture d'Abdou.
Nafi, amusée : Tu es magnifique, Aïcha, pas la peine de vérifier.
Je lui souris. Abdou appuya sur sa clé automatique et toutes les portes du véhicule se bloquèrent.
Nafi, me prenant le bras : Allez, viens.
Elle portait une robe longue en wax, tandis que moi je portais une blouse blanche à manches courtes et un pantalon jean bleu. Nafi sonna à la porte d'une grande maison et une jeune fille nous ouvrit. Elle nous dit bonjour en souriant.
Nafi : Bonjour Coumba.
Cette dernière recula pour nous laisser entrer.
Coumba : Bonjour Abdou
Abdou : Bonjour belle-sœur
Nafi : Coumba, tu reconnais, Aïcha, mon amie parisienne ?
Coumba : Ah oui ! Bonjour, Aïcha.
Moi : Bonjour, Coumba. Heureuse de te voir enfin face à face.
On s'embrassa. On s'était parlé plusieurs fois sur internet, quand Nafi vivait en colocation avec moi. Elle ressemblait à sa sœur et c'était la plus jeune de la famille. Elle avait 4 ans de moins que Nafi. Elle devait donc avoir 22 ans.
Nafi : Où sont les parents ?
Coumba : Dans le salon.
On se dirigea vers le salon qui était joliment décoré. Une femme d'un certain âge, habillée d'une robe en lin marron avec un foulard sur la tête était fièrement assise dans un canapé en cuir marron à côté d'un homme âgé habillé d'un pantalon noir et d'un tee-shirt blanc.
Nafi : Bonjour papa. Bonjour maman.
Tata Rokhaya, sa mère : Bonjour, ma fille.
Nafi les embrassa.
Abdou : Bonjour Tonton. Bonjour, Tata.
Ce fut au tour d'Abdou de les embrasser.
Tata Rokhaya : Bonjour mon fils. Tu vas bien ? Et tes parents ?
Abdou : Je vais bien et mes parents aussi.
Nafi : Maman, Papa, je vous présente Aïcha mon amie parisienne.
Tata Rokhaya : Aïcha, ma fille, je suis si contente de te voir enfin.
Elle me prit affectueusement dans ses bras.
Moi : Moi aussi, tata Rokhaya.
Tata Rokhaya : Tu es plus jolie que sur Internet.
Moi souriant : Merci.
Son mari me serre affectueusement la main.
Tonton Bakary, le père de Nafi : Ton voyage s'est bien passé ?
Moi : Oui.
Tata Rokhaya : Comment va ta mère ?
Moi : Elle va bien.
Tata Rokhaya : C'est bien. Mais ne restez pas debout. Asseyez-vous.
Je m'assis à côté de Tata Rokhaya. Abdou et Nafi s'installèrent à côté du patriarche, pendant que Coumba quittait la pièce.
Tata Rokhaya : Tu es bien installée chez Nafi ?
Moi : Oui, Tata.
Tata Rokhaya : J'en suis fort heureuse. Alors comment trouves-tu le pays ? Il fait très chaud.
Moi : Je n'ai pas encore visité la ville, mais le peu que j'ai vu est très joli. A Paris aussi, il fait chaud avec la canicule de ces dernières semaines. Du coup, je ne souffre pas trop du changement de climat.
Coumba revint avec des boissons fraîches, accompagnée d'une autre jeune fille qui avait avec elle un plateau de verres. Coumba servit poliment chacun d'entre nous.
Tata Rokhaya : Aïcha, maintenant que tu as vu toute la famille, on peut vraiment dire que ton intégration dans la famille est faite.
Nafi : Elle n'a pas vu tout le monde. Il reste Djibril.
Tata Rokhaya s'adressant à moi : Oui, le nomade. C'est dommage que tu ne puisses pas le voir aujourd’hui. Il serait ravi de te rencontrer.
Nafi : Il est parti où cette fois ?
Tata Rokhaya : Il est au Nigeria. Il ne te l’a pas dite ?
Nafi : Non ! Il m'a juste envoyée un sms pour me dire qu'il partait hier en mission. Je suis habituée maintenant, je ne lui demande plus où il va.
Tata Rokhaya : Il est parti pour une semaine. J’espère qu'il te trouvera encore parmi nous à son retour, Aïcha.
Moi : Oui. Je serai encore là.
Nafi : En fait, Maman, Aïcha va un peu durer ici. Elle va essayer de s'établir ici.
Tata Rokhaya : Ah oui ? C'est une bonne nouvelle. Qu'Allah te devance dans tes projets.
Nafi, avant que je ne réponde : Amine.
Elle me sauvait. Je ne sais pas toujours quoi répondre dans les cas comme ça. Je ne suis pas très spirituelle. J'ai été baptisée dans la religion islamique, mais mon expérience religieuse s'arrête là. Ma mère n'y connaissait rien, ayant été baptisée catholique. J’avais grandi sans une vraie culture religieuse. Ma mère ne pratiquait même pas sa religion. C’est chez mes grands-parents que j'allais à la messe les jours de fête et parfois les dimanches quand je n'avais pas la flemme de me réveiller tôt. C’est donc Nafi qui m'avait un peu initiée à l'Islam. Elle était très croyante et pratiquante. Elle ne ratait aucune prière quotidienne et fêtait joyeusement les fêtes musulmanes. Parfois à la Korité ou à la Tabaski, elle m'amenait avec elle au déjeuner qu'elle organisait avec d'autres confrères sénégalais qui, comme elle, n'avaient pas de famille à Paris. A la Tamkharite, elle préparait toujours un bon couscous sénégalais accompagné de sauce tomate. Je raffole de ce délicieux plat. Cela amusait beaucoup Nafi qui m'appelait sa "petite sérère toubab".
Nous sommes restés toute la journée chez les parents de Nafi. La bonne avait préparé un bon riz à la viande "thiebou yapp" et je me suis régalée. On est rentré à l'appartement vers 19h et Nafi étant trop fatiguée, Abdou avait commandé du dibi. J'ai adoré. C’était la première fois que j'en mangeais. Je me rendais compte que j'aimais beaucoup la nourriture sénégalaise. A ce rythme, je risque de prendre beaucoup de poids dans les mois à venir. J'ai toujours été de taille fine. Je n'aimerais pas grossir.
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Ma première semaine à Dakar passa vite. J'avais pu découvrir la ville un peu plus grâce à Coumba. Nafi et Abdou travaillaient, ils ne pouvaient pas jouer aux guides. Coumba qui était en vacances scolaires me faisait découvrir la capitale. Le lundi, on est allé au Plateau visiter le marché Sandaga, la Place de l'Indépendance et les environs . On s'est reposé le mardi, puis le mercredi on a été au Monument de la Renaissance avant de manger dans un restaurant aux Almadies. Le jeudi, on a passé la journée au Voile d'or avec la b***e d'amies de Coumba. Le vendredi, on ne s'était pas revu et le samedi, Abdou avait voulu me présenter pour sa famille. On a passé la journée chez sa mère, Tata Rama. Il a un grand frère, Moussa (marié à Amy avec qui il a deux garçons de 4 ans et 2 ans et un troisième enfant qui arrive bientôt) et une petite sœur Aby. La journée chez Tata Rama se passa bien. J’avais été chaleureusement accueillie par tous.
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Deux semaines passèrent et je prenais petit à petit mes marques dans ma nouvelle ville. Je commençais à m'orienter dans le quartier de Ngor où je vivais avec le couple Diop. Je m'étais habituée à passer de temps en temps une ou deux heures de la matinée à la plage de Ngor et le soir, trois fois par semaine, je faisais du footing le long de la route principale. J’étais contente d'avoir recommencé le sport. J'avais arrêté, il y a plus d'une année. Ça fait du bien de retrouver ce sentiment de légèreté et de liberté. Cela a donné à Nafi l'envie de reprendre le sport. Elle dit que dès qu'elle pourrait, elle m'accompagnerait au footing.
Je sortis du salon de couture avec Nafi. On avait chacune un grand sachet et on monta dans la voiture de Nafi.
Nafi, en démarrant : Maintenant on va au marché Hlm, on va chercher des accessoires.
Moi : On n'a pas besoin d'accessoires.
Nafi : On a besoin d'une pochette et de chaussures.
Moi : J'ai des sandales à talons, je pense que ça peut faire l’affaire.
Nafi : Tu blagues ? Il faut quelque chose de nouveau et de stylé. Fais-moi confiance. Je connais une boutique. On va trouver des merveilles. Je t'ai dite que la famille d'Abdou organise une grande fête. On doit être mieux habillé que les invités. Je suis la seule belle-sœur de Moussa. Je suis obligée d'être nickel. Ses cousines vont me scruter de la tête aux pieds. Il faut qu'elles n'aient rien à redire sur ma tenue.
Moi : En quoi cela me concerne. Je ne suis pas tenue d'être nickel.
Nafi : Tu es mon amie et tu seras présentée comme telle. Il faut que tu sois aussi impeccable que moi. Elles peuvent passer par mes amies pour m'atteindre.
Moi : Je ne savais pas que tu donnais autant d'importance au "qu'en dira-t-on ? « Tu n'étais pas comme ça avant. De plus, pourquoi tu penses que les cousines d'Abdou parleront mal de toi ?
Nafi : Je sais que je n'étais pas comme ça. D'ailleurs, je ne suis pas vraiment esclave du "qu'en dira-t-on ?". Mais mon intégration dans la famille d'Abdou n'a pas été facile. Ils ont l'habitude de se marier entre eux. Les parents d'Abdou sont cousins et Moussa a épousé la petite fille de la sœur de sa grand-mère. Abdou était le plus jeune et il gagne bien sa vie. Il était un des meilleurs partis de sa famille et toutes ses cousines espéraient être l'heureuse élue. Quand je suis arrivée dans sa vie, j’ai été très mal accueillie par ses dernières et notre mariage ne les a pas plu. Depuis, tout est occasion pour me lancer des piques. Quand je vais aux fêtes familiales, je suis parano.
Moi : Je suis désolée pour toi.
Nafi : Ne t’en fais pas. Ce qui me console c'est que ma belle-mère, Moussa, Amy et Aby m'aiment vraiment.
Moi : Et c'est l'essentiel. Les autres, on s'en fout.
Nafi : Tu as raison ! Mais ça ne nous empêchera pas d'acheter des accessoires.
En cette après-midi de samedi, on a mis une heure à rejoindre le marché Hlm. Toute cette souffrance, juste pour un baptême ! Amy, la belle-sœur de Nafi avait accouché lundi passé d'une petite fille et Tata Rama avait prévu une grande fête pour cet événement. Nafi m'avait amenée chez sa couturière pour me faire confectionner une tenue sénégalaise. Ma toute première tenue sénégalaise. Elle avait choisi le tissu et le modèle. Je devais reconnaître qu'elle avait bon goût. Tout à l'heure, je l'ai essayé et j'étais restée bouche. C'était une robe brodée noire avec de la garniture pour égayer un peu. Ce n’était ni trop bling bling, ni trop flashy. J'étais contente. Nafi avait choisi pour elle un ensemble taille basse (je pense que c'est comme ça qu'elle l'a appelé) rose avec des broderies dorées. L’habit dessinait bien ses formes plantureuses. Ça lui allait bien, mais je ne me serais jamais sentie à l'aise dans une tenue pareille. Je préférais les tenues plus discrètes.
On entra dans une grande boutique et on en ressortit avec des sandales à talons et un petit sac noir pour moi et des sandales à talons et pochette dorées pour Nafi. On n'acheta pas de bijoux. Nafi en avait plusieurs et me promit de m'en prêter. Avant de rentrer à la maison, malgré la fatigue, on alla se délecter de bonnes glaces à N'ice Cream.