La pluie de MadridIl faut préciser aux lecteurs que le malaise d’Henry n’eut pas de conséquences graves. Il ne s’agissait pas d’un coup de chaleur, ni d’un infarctus. Disons que la gueule de bois, la fatigue, les émotions liées à sa nouvelle vie et les soixante degrés centigrades accumulés par son corps quand il voulut absolument mettre son manteau et son écharpe furent les causes de cette légère indisposition. Mais Simao ne pouvait pas le savoir. Il crut Henry à l’agonie et sur le point de mourir sans le payer, si bien qu’il se rua, désespéré, dans les bars et les boutiques de la Plaza Mayor. Dans l’un d’entre eux on lui donna une petite bouteille et lorsqu’il revint à toute vitesse il trouva Henry entouré de plusieurs personnes. Il lui passa de l’eau sur le visage, lui donna à boire et lorsqu’il voulut lui ôter son pardessus et l’écharpe il se rendit compte qu’il ne les avait plus.
— Ça va, je me sens bien – murmura Henry. Des personnes très sympathiques m’ont aidé.
— Quelles personnes ? demanda Simao.
— Je ne sais pas, un groupe. Je ne les vois plus. Il y avait un jeune garçon.
— Et ton bonnet, et l’appareil photo, et ton porte-monnaie ?
Simao se rendit compte qu’il ne pourrait pas toucher son argent, si bien qu’il se précipita sur un garçon au corps fragile qui se tenait, silencieux, à l’angle d’une rue.
— Allez – dit-il en lui tordant le bras – le portefeuille du monsieur qui vient de s’évanouir.
— s****d de latino – cria le jeune homme.
Plusieurs femmes aux longs cheveux surgirent de nulle part. Elles bousculèrent et griffèrent Simao dont les yeux s’arrondirent d’effroi et qui fut sur le point de partir en courant. Il n’avait jamais aimé prendre part à des bagarres quand il n’était pas sûr d’avoir le dessus.
— Latino de merde – insista le garçon.
— Voyons un peu – dit Simao sans lâcher le bras du garçon, et reculant sous les coups des femmes –, je ne veux pas vous accuser sans raison, mais chaque fois que je passe sur cette place j’entends quelqu’un se plaindre de ce que vous lui avez dit bonjour et qu’il a perdu ensuite son portefeuille ou son camescope. Et je vous ai vus aussi dans un reportage à la télévision. On vous a filmés en caméra cachée. Vous êtes célèbres dans l’Espagne entière.
— Fils de p**e, mon bras ! cria le garçon à nouveau.
— On est passés à la télé ? dit une des femmes et immédiatement elles cessèrent toutes de frapper Simao.
— Oui – répondit-il, reculant encore, et se demandant sérieusement s’il devait s’enfuir.
— Et ils en ont beaucoup parlé ? demanda une autre personne du groupe.
— Un bon moment. Presque cinq minutes.
— Est-ce que tu sais si c’était sur la Une, la Deux ou sur Télé Madrid ? – elles regardèrent Simao affectueusement. Ce serait bien de l’enregistrer.
— Je ne me souviens pas, vraiment, mais ils vous ont consacré une bonne partie du programme. C’était un reportage sur la délinquance dont sont victimes les touristes ; mais sur You Tube vous pourrez sûrement avoir la vidéo... – Simao ne put achever sa phrase parce que le garçon fit une tentative pour se libérer si bien qu’il dut lui serrer le bras au point d’entendre un léger craquement.
— Bon, mon gars. Faisons un marché, je n’appelle pas la police, je ne veux rien savoir de l’appareil numérique ni du manteau, mais ce ne serait pas mal si le portefeuille au moins réapparaissait.
Les femmes continuaient à parler du programme de la télé et l’une d’entre elles proposa de vérifier quand était sorti le reportage. Surgi d’on ne sait où, le portefeuille d’Henry tomba par terre. Simao le ramassa à toute vitesse et tout en se dirigeant vers la place à grandes enjambées il vérifia que l’argent et les cartes de crédit s’y trouvaient toujours.
— Partons d’ici – et il entraîna Henry en direction de la Calle Mayor.
Le jeune homme les poursuivit pendant un moment en les insultant, en leur disant qu’ils le laissent travailler en paix, qu’ils aillent se faire mettre, étrangers de mes deux.
Simao proposa de marcher, mais Henry exigea de prendre un taxi. Ils montèrent dans le premier qui passa et demeurèrent silencieux. La ville glissa derrière les vitres comme du cristal rayé.
La chaleur plantait son dard dans la peau et résonnait sur l’asphalte comme un bourdonnement d’abeilles.
— Où allons-nous ? – demanda le chauffeur et Simao regarda Henry d’un air interrogateur.
— Dans une librairie... Je voudrais jeter un œil. Une bonne librairie, la meilleure. Je dois profiter d’être ici maintenant. Là-bas nous recevons très peu de livres de l’extérieur.
Simao indiqua une adresse. Il lui semblait se rappeler qu’il y avait là une très grande librairie. Il ignorait si elle était bonne parce qu’il y avait longtemps qu’il ne pouvait plus se permettre certains luxes, mais chaque fois qu’il passait par là il apercevait des rayonnages et des rayonnages remplis de volumes aux couleurs vives.
La chaleur se fit encore un peu plus implacable. Madrid semblait se recroqueviller sous ces traînées de lumière, qui fusaient du ciel. Dans certaines rues les bâtiments cillaient derrière un rideau incandescent.
Le taxi avançait comme un insecte agonisant sous le soleil.
Henry préféra ne pas évoquer avec Simao les raisons pour lesquelles il voulait ces photos. Quelques jours auparavant il avait vu que ses collègues écrivains se faisaient photographier devant les monuments les plus importants de la ville emmitouflés dans des manteaux et des écharpes pour qu’il soit vraiment manifeste qu’ils s’étaient rendus en Europe. Puis ils utilisaient ces photos sur le rabat de la jaquette de leurs livres. Des photos qui devaient être hivernales, férocement hivernales, parce qu’autrement les lecteurs auraient pu penser qu’il s’agissait d’un montage et qu’ils se trouvaient en réalité aux Caraïbes. L’écharpe, au contraire, conférait une touche cosmopolite, très Cortázar, très García Márquez à Paris.
Mais après sa syncope Henry préféra oublier les photos. Tout son corps était douloureux et au fond il aurait aimé avoir affronté en personne le groupe de pickpockets. Depuis toujours il caressait l’idée d’être un type déterminé, mais les rares fois où il avait participé à une bagarre dans son enfance il s’était retrouvé par terre en train d’encaisser les coups de pied des autres. Des raclées qu’il n'oublierait jamais parce que son village était tellement morne que quand les gamins le frappaient sans pitié ils ne disaient pas une seule phrase. Ils le rouaient de coups en silence. En bâillant.
La seule façon de parvenir à s’imposer aux caïds du collège c’était les rédactions en espagnol. Il se débrouillait très bien, ses professeurs en disaient grand bien ; l’un d’eux lui avait dit qu’il pourrait être écrivain et obtenir que, plus tard, la bibliothèque du quartier porte son nom.
Cette idée avait toujours accompagné Henry comme une possibilité. Écrire était une façon de se protéger, d’affronter les autres, de posséder une sereine grandeur. Mais ce fut à l’âge de seize ans qu’il fit la connaissance d’une fille qui lui plut beaucoup. Une jeune fille à la chair opulente et aux cheveux courts qui lui apprit qu’elle était le plus jeune membre de l’Association des Écrivains de la ville. Henry devint son ami. Il assista à quelques réunions où il était question de versements, de loyers, de projets pour construire une piscine, de livres qui n’étaient jamais publiés et encore moins écrits.
Dans la petite ville de province où habitait Henry il se passait peu de choses. Presque rien du tout. Une fois il y eut un incendie dans le grand silo à maïs. Les pompiers l’éteignirent et onze ans plus tard on parlait toujours de cette affaire. Mais Henry s’ennuyait et l’Association était un moment de calme et de distraction au milieu de ces interminables après-midi peuplés de moustiques où les gens s’assemblaient autour d’un ventilateur pour commenter l’incendie survenu il y a bien longtemps.
Henry passa bien des heures avec la jeune fille. Un jour il lui demanda quels auteurs avaient ses faveurs et la fille répondit qu’elle n’avait lu que deux livres dans sa vie : un essai sur Neruda et un roman de Blasco Ibáñez. Mais je ne vais en lire aucun autre, ainsi j’éviterai les influences sur ma propre œuvre. Je veux faire un long roman pour raconter l’incendie que nous avons eu.
Henry ne trouva pas cette réponse appropriée mais il découvrit que lui non plus ne lisait pas beaucoup. Chez lui on n’avait qu’une encyclopédie pleine de crottes de mouches ; et un ou deux livres avec des couvertures couleur d’os.
Henry commença à fréquenter la bibliothèque lépreuse de la rue Independencia. Comme il le pouvait, il tâtonnait parmi des auteurs, des romans, jusqu’à ce qu’il tombe sur Madame Bovary. Il fut ébloui. Il pleura en assistant de si près à la vie terne de cette femme qui s’étiolait dans une ville misérable dans l’attente d’un autre univers. Il apprit par cœur des chapitres entiers ; il étudia le crayon à la main, en prenant des notes, chaque ligne, chaque procédé par lequel le narrateur apparaissait dans l’histoire, chaque ressort pour conduire la trame.
Il décida qu’il devait faire quelque chose de grand. Quelque chose de puissant, en écrivant.
Un matin tandis qu’il se douchait l’inspiration apparut. Il courut à sa machine à écrire :
« Je me nomme Henry, nom, qu’est-ce qu’un nom ? Cet après-midi j’aurai chaud cet après-midi garçon donnez-moi le verre brisé je veux saigner goutte à goutte le poison de la ville l’association et les versements et aucun Madame Bovary, et ma transcendantale œuvre œuvre œuvre fuir jusqu’à quand va-t-on parler de l’incendie dans cette ville de merde p****n incendie incendie ».
Henry s’étendit ainsi sur quinze pages. Il découvrit que de cette façon son écriture lui permettait un accès presque direct à la pensée du personnage et une intervention minimale, voire inexistante, du narrateur. Henry comprit quelque chose : il avait surpassé Flaubert et son narrateur qui dans Madame Bovary paraissait si proche des pensées d’Emma.
Il en pleura d’émotion.
Cet après-midi là, quand les membres de l’Association se réunirent pour discuter de travaux dans les toilettes, Henry leva la main et déclara d’une voix ferme qu’il venait d’inventer une nouvelle technique littéraire. Un silence se fit et on n’entendit plus en fond sonore que le mugissement des vaches.
Henry lut ses pages. Le visage levé, les mains bien fermes tenant ses papiers. Lorsqu’il eut terminé, des applaudissements émouvants inondèrent la salle. On l’entoura, on lui donna de petites tapes dans le dos, la fille la plus jeune lui planta un b****r qui empestait.
L’Association décida de demander une cotisation spéciale qui permettrait à Henry de se rendre dans la capitale du pays et de montrer sa technique qu’il avait appelée : « Conscience directe d’Henry ».
Il monta dans un autocar, prit congé de ses parents, et en arrivant dans la capitale il tenta de déterminer quel serait le cadre le plus approprié pour annoncer sa découverte. Il élimina l’Association des Écrivains du cru parce qu’il l’imagina exactement semblable à celle qu’il fréquentait ; il écarta les universités parce qu’il supposa qu’on lui volerait son idée.
Un après-midi, il entendit à la radio une émission dans laquelle on recommandait des romans. Un homme du nom de Saúl Junco expliquait brièvement l’intrigue de chacun d’entre eux et donnait une appréciation. Henry pensa que c’était là la solution parfaite. Il annoncerait sa découverte à la radio et convoquerait ensuite une conférence de presse pour communiquer plus de détails.
Il se renseigna à propos de Junco. Il apprit qu’il s’agissait d’un auteur correctement apprécié des critiques. Cela confirma son projet. Il l’aborda à la sortie de la radio. Il fut surpris en voyant le sourire sceptique de cet homme et lui demanda de lui consacrer cinq minutes. Pour ça il n’y a aucun problème, lui répondit-il, j’ai du temps à revendre.
Henry fut indisposé par le ton de Saúl. Il l'indisposerait toujours. Cette espèce d’affectueuse compassion, d’aimable solidarité.
Ils s’installèrent dans un petit café. Pour briser la glace, Henry parla un bon moment de Flaubert. Saúl l’écouta, ajouta quelques idées, cita d’autres livres de Flaubert qu’Henry ne connaissait pas. Puis Henry sortit ses feuillets d’une chemise et commença à lire. Sa voix se brisait. C’était la première fois qu’un véritable écrivain écoutait son œuvre.
— Henry, est-ce que tu aimes le cinéma argentin ? – l’interrompit Saúl.
— Je ne sais pas... Libertad Lamarque ? – demanda Henry.
Notre personnage jeta un coup d’œil circulaire, tenta de déchiffrer ce que Saúl insinuait, mais il dut admettre qu’il ne comprenait pas à quel propos il avait fait ce commentaire. Il préféra poursuivre sa lecture. Il remarqua que quelque chose se passait parce que Saúl lui accordait son attention mais ne paraissait pas ébloui, surpris, pas même perplexe. Quand Henry acheva sa lecture il respira profondément et murmura :
— C’est un procédé dont j’ai eu l’idée alors que je me lavais les cheveux avec du shampooing à la fraise.
Saúl soupira. Il lui demanda de quel endroit du pays il venait. Henry le lui dit puis il lui demanda l’autorisation d’annoncer sa découverte à la radio.
—Henry, ton texte est bien. Mais je crois que tu dois t’informer un peu plus.
— Il n’est pas original ?
— Ce mot est si compliqué. Je ne sais pas si, en matière de littérature, il est important d’être original. Je ne sais pas si c’est important dans la vie. Ce qui t’arrive, je viens de le voir dans un film dans lequel les habitants d’un village argentin isolé...
Ils parlèrent un moment encore. Henry retourna à l’hôtel et écrivit un télégramme à la jeune fille de l’Association des Écrivains :
« Salut (virgule) p****n de bâtard de fils de p**e irlandais m’a devancé dans procédé innovateur (point). Un certain James Joyce (point). Mon truc meilleur mais le sien antérieur (point). On dit que ça fait quatre-vingts ans (virgule) doit être un mensonge (point). »
Il se rendit compte que son problème était l’isolement. Vivre dans cette ville lointaine, écrasée de soleil, battue par les pluies, en écoutant le chant des grillons et les récits interminables sur cette histoire de l’incendie du silo de maïs, cela anéantirait son féroce, son incommensurable talent. Je dois me sauver, je dois fuir. L’œuvre, merde mon œuvre.
Saúl lui passa des piles de romans, spécialement ceux des auteurs du Boom. Henry fut ébloui. Il souligna chaque ligne intéressante, répéta à voix haute les meilleurs chapitres (encore aujourd’hui, bien qu’Henry ne fasse aucun effort pour s’en souvenir, ses lectures suivent fidèlement les listes que Junco lui avait autrefois suggérées). Pendant tous ces jours notre personnage récita à haute voix ces narrations qui lui semblaient peu claires mais qui possédaient cet éclat de génie qui palpite dans tout ce que l’on ne comprend pas pleinement.
Un soir, après avoir visité une exposition d’arts plastiques, il découvrit qu’il était en train d’imaginer une histoire qui était aussi un dessin.
Il se leva et écrivit plusieurs lignes sur un carnet :
Il composa le numéro de son amie de l’Association des Écrivains et lui expliqua que, cette fois oui, il venait d’inventer un nouveau genre de technique. Elle semblait endormie et lui demanda de la rappeler le lendemain. Il appela Saúl. Son ami parut contrarié, il lui dit qu’après minuit il n’était pas possible d’appeler sans annoncer une catastrophe, une mort, une souffrance suicidaire. Henry lut et décrivit ce qu’il avait écrit et lui affirma que maintenant, si, il avait pleinement réussi en inventant une technique par laquelle on explorait à la fois les possibilités plastiques et visuelles des mots. Une technique qu’il venait de baptiser du nom de « Henrygramme ».
Saúl soupira. Il parla cinq minutes.
Le lendemain matin Henry écrivit un nouveau télégramme à son amie :
« Autre étranger de merde m’a volé idée technique innovante (point). Grecs de l’Antiquité et aussi Vicente Huidobro (point). p****n de sa mère (point). Souhaite que couteau vengeur lui ouvre le ventre ou qu’il meure dans incendie silo maïs de son foutu village chilien. »
Au cours des semaines suivantes Saúl lui prêta quelques romans hispano-américains où cette technique était également utilisée, et Henry comprit que c’était vraiment fatigant d’inventer la littérature du futur. C’était mieux d’utiliser habilement ce qui existait déjà, de plonger dans l’âme humaine, d’extraire des mots leur suc le plus intime et de créer les plus puissantes, les plus féroces des histoires.
Il comprit que l’écriture continuait à le protéger. L’écriture l’enveloppait et lui servait de bouclier. Et c’est ainsi qu’il avait toujours vécu jusqu’à aujourd’hui. Avec cette lucidité.
Mais à certains moments il regrettait la férocité d’un geste concret, l’agilité d’une action. Quelque chose comme ce qu’il venait d’apercevoir sur la Plaza Mayor de Madrid quand Simao s’était comporté comme Bogart et avait réussi à récupérer son portefeuille d’une façon si naturelle.
Henry se sentit envahi de reconnaissance. Si Simao n’avait pas été là son Œuvre, mon œuvre majeure, la grande œuvre serait morte avant même de naître, desséchée sur le sol de la Plaza Mayor, et il serait maintenant pauvre comme Job. De plus, il était convaincu que Simao ne pouvait pas être un espion. Quelqu’un qui jette des crottes de chien sur le balcon d’une vieille est un fou, mais pas un agent de l’impérialisme.
Il décida de lui dédier un de ses futurs romans. Il s’apprêtait à lui en parler quand, en descendant du taxi, il vit Saúl Junco, le visage collé à la vitrine de la librairie. p****n. Saúl Junco en personne. Dix ans après qu’ils aient fait connaissance. Junco à Madrid. Un Saúl Junco vieilli, des sandales avachies, un visage d’affamé, les yeux creusés et une guitare en piteux état.
Henry s’arrêta ; juste quelques secondes plus tôt il pensait à lui, quelle coïncidence, murmura-t-il, bien qu’à dire vrai il pensât à lui chaque jour et à chaque heure.
Il devait le saluer. Il avait de très mauvais renseignements sur Junco. Il les connaissait parfaitement puisque lui-même les avait propagés. C’était un de ces intellectuels pourris qui disaient pis que pendre du Processus et du Commandant. Mais Henry ne pouvait pas non plus oublier qu’ils avaient été amis à une certaine époque. Peut-être pourrais-je le ramener à la raison, pour qu’il comprenne que sa place est à nos côtés, auprès de nous qui voulons sauver la planète entière.
Henry fit un sourire en coin et tendit la main :
— Quelle surprise de te voir par ici – mentit-il –. C’est vrai que maintenant tu chantes dans le métro ?
Saúl Junco le regarda, surpris, puis recula en serrant les lèvres. Il est ému de me voir, après tout, ces premières années d’amitié... pensa Henry, et lorsqu’il ouvrit les bras pour étreindre son ancien compagnon, il reçut un crachat en plein sur la bouche.
La haine le submergea. Il voulut réagir, donner un coup, mais Junco le regarda avec des yeux troubles et lui lança un nouveau crachat qui l’atteignit au beau milieu du front. Il lui sembla que Junco avait un visage de fou, des phalanges de fou, des poings de fou, des pieds de fou.
— On dirait qu’il pleut – commenta Henry à Simao en essuyant les deux traces de salive sur son visage.
chapitre 6