Chapitre 1— LES PROMESSES INTERMINABLES
Point de vue de NORA
Un petit appartement s’ouvre à l’ouest de mon pays. Il est entouré de roses. Il a deux étages. Il se compose d’une cuisine, d’une salle à manger, d’un mini-salon et d’une seule chambre à l’étage.
C’est ma chambre.
En ce matin de printemps, le soleil entre à flots par la fenêtre, et l’air tiède sent bon les roses qui grimpent autour de la maison. Dehors, le ciel est d’un bleu très doux, et l’on entend les oiseaux chanter dans le jardin.
Je viens de me lever de bonne humeur. J’ai pris un bain. Mon portable sonne, je me dépêche de décrocher parce que c’est mon fiancé qui appelle.
— Bonjour mon amour. Comment s’est passée la nuit ? demande-t-il.
— Bébé, rien ne va sans toi à mes côtés. Je te veux, quand rentreras-tu ? dis-je.
— Mon amour, j’en ai encore pour quelques mois. Bientôt je serai là. Je te le promets.
— Mon amour, hier soir tu as dit la même chose déjà. Écoute, je veux te voir, Roger, tu me manques. Je suis seule ici et je me fais du mauvais sang à gérer les entreprises toute seule sans soutien.
— Mon cœur, je sais, ce n’est pas facile. Mais je te trouve brave. Tu as déjà géré pendant cinq ans. Gère encore juste quelques mois, après tu auras toute l’éternité pour te reposer. Tu le feras dans mes bras, à mes côtés. Je vais m’occuper de toi.
— Bébé, il faut que tu rentres ! J’en ai ras-le-bol de ne pas t’avoir à mes côtés, s’il te plaît mon amour.
— Chéri, j’ai entendu. Patiente encore un peu, d’accord ? Je te promets, bébé, nous vivrons heureux. Nous le serons. Je ferai de toi la femme la plus belle au monde. Avec moi, tu ne manqueras de rien.
— Hum… Roger.
— Tu sais que je t’aime, non ? Ne t’inquiète pas. Nous rattraperons le temps perdu.
Je m’assois dans mon lit, je le foudroie du regard en silence. Il me fait des clins d’œil et des bisous depuis l’appareil. Je souris enfin.
— Voilà ! J’aime quand tu souris de cette façon, bébé, dit-il en souriant lui aussi.
— Tu me flattes alors que moi, je te veux, dis-je.
— Vraiment ?
— Tu me manques, mon amour.
— Je sais, c’est le travail. Sinon, je serais tout le temps à tes côtés. Okay, faisons une chose.
Je le regarde en silence. Il me dit :
— Que veux-tu que je te garde comme provision ? Un téléphone, des bijoux ? Quoi ? Que veux-tu ?
— Rien de tout cela. C’est mon fiancé qui me manque. Regarde, je sors de mon bain. Si tu étais à côté de moi, tu serais là pour m’oindre, non ?
— Bébé…
— Regarde, je laisse tomber ma serviette et j’expose mon joli corps.
— Tu es magnifique, tu me fais déjà saliver, je te jure, dit-il les yeux brillants de mille feux.
— Alors, rentre vite. Je pense qu’avec cinq années d’apprentissage, tu as déjà quelques qualités à mettre en pratique pour faire fonctionner normalement nos entreprises, non ?
— C’est vrai, chéri. Mais il manque deux ou trois trucs que je devrais apprendre après cela. Je rentrerai à la maison, c’est certain.
— Deux ou trois trucs ? Roger… viens les apprendre ici ! Si tu as passé cinq ans là-bas sans les assimiler, ce n’est pas en quelques mois que tu vas réussir à les apprendre, bon sang !
— Je comprends ta frustration, mon amour, mais je te promets, je vais vite rentrer à la maison.
Je roule des yeux.
Il commence à m’énerver. Je dois attendre encore quelques mois sans l’avoir à mes côtés. Mais c’est la prison, ça ! Comment suis-je censée être heureuse alors que je suis fiancée à lui et qu’il n’est jamais là ?
J’ai des envies, moi.
Je veux qu’il me touche. Je ne peux pas permettre à un autre homme de me toucher, sinon je serai mal vue par la société. Ma mère va péter un câble si elle apprend que je trompe Roger.
Mais cinq ans d’attente…
Non, non, je commence à perdre pied et je sens que je ne vais plus pouvoir supporter tout ça.
— Mon amour, à quoi tu penses ?
Sa question me sort de mes pensées. Je lève les yeux et le regarde. Il est allongé dans son lit. Par la fenêtre, la lumière du printemps caresse ma peau, si douce qu’elle rend son absence encore plus cruelle.
— À rien, dis-je en remontant ma serviette jusqu’à ma poitrine.
— T’es contrariée ? demande-t-il tendrement.
— Non, non, ça va. Je vais bien.
— Mon amour, je peux voir que tu es contrariée.
— Je…
— Patiente encore quelques jours. Je te jure que tu ne souffriras plus lorsque je serai là. D’accord ? Bébé, regarde-moi dans les yeux et réponds.
— D’accord, dis-je en le regardant dans les yeux.
Il souffle un moment avant de me sourire.
— Nous rattraperons le temps perdu. Ne t’inquiète pas. Je t’aime. Je dois me préparer pour sortir. Je te rappelle ce soir.
— D’accord. Porte-toi bien.
— Merci, et toi, prends soin de toi. Embrasse ma mère et mon père pour moi, d’accord !
— C’est entendu.
— Dis bonjour à ta maman de ma part. Je t’aime, bisous, bye.
— À plus, dis-je en lui envoyant un b****r par téléphone.
Il éteint et tout redevient calme. Le chant des oiseaux remplit soudain le silence. Dehors, le printemps éclate de vie, mais moi, je reste enfermée dans l’attente.
— Il revient dans quelques mois… je pleure désespérément.
Je balance mon portable sur mon lit. Je suis malheureuse. Je suis fiancée à cet homme depuis des années et il ne m’a jamais touchée.
La nuit où nous nous sommes fiancés, il a dit vouloir me réserver pour notre nuit de noces. Nous avons passé la nuit dans la même chambre comme un frère et une sœur ; Roger ne m’a pas touchée.
Je pensais que la nuit de noces dont il me parlait était prévue dans deux ou trois jours, mais à ma grande surprise, le bon monsieur a voyagé.
Depuis son départ, je suis restée l’ombre de moi-même, à attendre qu’il revienne pour qu’il me fasse sentir femme. Voilà cinq années passées, il me met toujours en attente. J’en ai marre, maintenant ! Je pense que je vais devenir folle si ça continue ainsi.