Episode 4 Marlon

2132 Words
Marlon Je suis en plein entraînement avec Adena quand Gabriel déboule dans la salle, et s’avance droit vers nous alors que nous sommes entremêlés d’une prise collée serrée au sol de laquelle elle essaye de se défaire, tandis que nous sommes tous les deux de couverts sueur. - Je crois que ton soumis n’est pas très content de te voir accorder tes attentions à un autre homme que lui ma belle. - Arrête… D’essayer… De me… Déstabiliser, expire-t-elle difficilement en produisant des cris d’efforts en tentant vainement de se libérer. - Marlon, dit alors Gabriel en se postant devant nous. Je relâche Adena et me lève puis lui tend la main pour qu’elle se remette sur ses jambes. - Salut bébé, dit-elle en glissant dans ses bras pour l’adoucir, je te manquais ? - Arrête tes provocations ou je vais chercher Devon, l’avertit-il avec un sourire avant de l’embrasser sur la joue, j’ai besoin de te demander quelque chose. Je suis étonné qu’il m’adresse ses derniers mots. - Oui. Bien sûr, répondis-je en le suivant à l’écart tandis qu’il relâche l’étreinte de mon amie. - Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? - Tu sais que je m’occupe de rencontrer les filles qu’on sauve. - Ouais, et ? - C’est toi qui as sorti la blonde, non ? L’inconnue… - M’en parle pas, j’en fais des cauchemars depuis une semaine… - Pourtant c’est loin d’être ton premier sauvetage… - Je ne m’en occupais pas personnellement, elle a failli crever dans mes bras… - Je ne parlais pas de ce sauvetage-là… Tu n’as pas déjà dû aider dans une autre situation ? Là où tu vivais avant ? - ça n’avait rien à voir… - Je comprends… Tu voudrais essayer avec elle ? - Essayer quoi ? Demandais-je incrédule. - De lui rendre forme humaine, soupire-t-il, on ne sait rien. Elle ne parle pas, on ne sait pas si elle nous comprend, Léa s’occupe d’elle depuis des jours et rien, pas un mot. - Elle doit être un peu traumatisée non ? Hasardais-je en haussant les épaules. Je ne vois pas vraiment pourquoi il me propose ça à moi… - Qu’est-ce que tu veux que je fasse que tu ne saurais faire ? - Disons plutôt, quelles libertés tu peux te permettre de prendre que je ne puisse. - Je ne comprends pas. Il baisse sa voix en jetant un œil autour de lui. - A peine trois minutes après mon entrée dans la chambre, toute frêle et affaiblie qu’elle est, elle s’est dévêtue et offerte à moi. - Ah. - Je ne peux pas essayer de gagner sa confiance tout en la repoussant, et mon rejet l’a clairement terrorisée. - Et en quoi serais-je un meilleur candidat ? Je ne suis pas intéressé… - Je sais, c’est pour cette raison. N’importe lequel des types ici ne se retiendrait pas, Adena se colle à toi et nous provoque dès qu’elle le peut avec votre affection mutuelle, mais tu ne la touches pas… - Je vois… Mais tu sais, les filles que j’ai eu entre les mains ne finissent pas souvent bien… Alors… - C’est pour ça que tu restes seul, j’ai compris ça depuis longtemps. - Exactement. - Tu n’es pas obligé de la b****r, mais disons que ça te posera sûrement moins de problèmes qu’à moi qu’elle se colle toute nue contre toi… - Non en effet, riais-je alors, ce n’est pas un problème. C’est bon je vais aller la voir… Et me faire v****r… - N’exagère pas, mais sois délicat, il faut réussir à communiquer avec elle, elle a eu une réaction défensive quand j’ai voulu lui toucher le bras, elle a été battue… - Ce détail ne m’avait pas échappé, maugréais-je. Il me fait un signe et s’éloigne tandis que je retourne près d’Adena qui se débande consciencieusement les mains. - J’ai tout entendu, déclare-t-elle avec un petit sourire suffisant et un air mutin que j’adore. - Et donc ? Tu comptes décapiter cette fille parce qu’elle s’est mise toute nue devant ton amant ? - Non ! Mais si tu as besoin d’aide avec elle… - Mais dis-moi je t’en prie, je t’écoute avec attention… Je n’ai jamais eu à faire ce genre de chose avant et ça ne me plaît pas tellement. - Pourquoi ? Demande-t-elle en m’emboitant le pas vers la sortie de la salle. - Je ne suis pas très doué pour consoler les filles, tu le sais… - Je ne suis pas d’accord… C’est juste que tu penses mal t’y prendre. - J’obéis aux ordres, advienne que pourra. Elle m’abandonne devant la porte pour se rendre au hangar du personnel où nous logeons tous, tandis que je prends le chemin de la clinique en trainant du pied. - Salut Léa, comment ça va ? - Tu es malade ? S’étonne-t-elle de me voir pénétrer pour la première fois dans la clinique. - Non, le patron m’a mis de corvée pour la blonde. - Ah. J’attrape la tablette sur le socle et consulte le dossier médical. - Est-ce que tu sais si elle entend et peut parler au moins ? - Oui, ses organes sont intacts, elle réagit à la voix, je me contente de la soigner, le côté psy c’est Gabriel qui gère. - L’autre est comment ? - Normale, vive, elle a dit qu’elle était israélienne, elle pense avoir vingt-quatre ou vingt-cinq ans, ils l’appelaient Ishtar. - Et la blonde ? - Rien… D’après son état de santé, je dirais qu’elle doit avoir entre quinze et vingt ans, peut-être plus si sa croissance s’est arrêtée, je ne peux pas évaluer le temps qu’elle a passé là-dessous, je crois qu’elle n’avait jamais vu de médecin, encore moins de femme médecin… Pas de tatouages, pas de signe distinctif hormis de multiples cicatrices, les recherches dans les fichiers n’ont rien donné, que dal, c’est un fantôme… En même temps… On ne sait pas où chercher. - Est-ce qu’elle est dangereuse ? Elle me jette un regard atterré en secouant la tête… - T’es sérieux ? T’as peur d’elle ? - Mais t’es con ou quoi… Je parle pour elle ! Est-ce qu’elle pourrait se faire du mal, avoir des réactions violentes ? - Je crois que ce n’est qu’une petite fille trop longtemps utilisée comme un objet. Elle est complètement… Déconnectée… - Ils conditionnent leurs prisonniers, elle a dû faire ce qu’elle pouvait pour survivre. - Oui, eh bien, trouve un moyen de communiquer avec elle parce que Devon déteste ne pas savoir trop longtemps qui est sous son toit. Jimmy et Leïlany cherchent d’où elle peut bien sortir avec ce que je leur ai fourni. - Bon, je me lance. On verra bien, répondis-je alors bizarrement anxieux. Je me rends à la chambre et j’ouvre sa porte doucement après avoir frappé. Elle lève très brièvement la tête avant de baisser les yeux lorsqu’elle me voit. Elle est à demi-allongée dans le lit médicalisée la couverture remontée jusqu’à la taille et porte un peignoir de satin blanc à manches courtes. Ses cheveux blonds sont légèrement ondulés, plus clairs que lorsque je l’avais lavée dans l’avion et vraiment très longs. Sa peau est blanche, laiteuse, craquelée et les gros cernes noirs qui bordaient ses yeux se sont estompés. Elle a l’air d’une jeune fille frêle, fragile, et malgré son apparente maigreur, elle est saisissante de beauté. - Bonjour, la saluais-je alors décontenancé en cherchant à croiser les perles bleutées qui m’avaient regardées intensément avant de tenter de s’enfuir. Je ne sais pas si elle me reconnaît, elle est en effet extrêmement silencieuse et garde les yeux baissés tout en glissant ses mains jusqu’à la ceinture de son peignoir qu’elle commence à dénouer. Je cherche rapidement quelle stratégie adopter pour capter son attention. - C’est moi qui t’ai sortie du cachot, tu te souviens ? Tu m’as regardé… Elle a un léger mouvement surpris avant d’activer ses gestes tout en tremblant, et rabat la couverture. Mais avant qu’elle n’ouvre son vêtement, je m’assieds près d’elle et le maintiens fermé. - Il faut qu’on parle, dis-je alors en relevant son menton pour l’obliger à croiser mon regard. Elle semble complètement perdre contenance, et j’essaye d’imaginer ce qu’elle a vécu sans parvenir à trouver le levier de confiance. Je suis certain qu’elle comprend parfaitement ce que je dis, je le lis dans ses yeux… Son problème est ailleurs… - Tu comprends ce que je dis n’est-ce pas ? Est-ce que tu peux me faire un signe si tu comprends ? Elle baisse encore les yeux et effectue un mouvement de tête si léger, si timide que je ne l’aurais pas perçu si je n’avais pas été attentif à elle. Je ressens un soulagement immédiat, parler va m’enlever une épine du pied. - Est-ce que tu sais parler ? J’insiste pour qu’elle me regarde et ça semble être une épreuve pour elle, mais je sens aussi que c’est important que je le fasse parce qu’elle se sent obligée de communiquer et de réagir à mon ordre lorsque je plonge dans ses belles prunelles, pourtant cette fois, elle reste immobile. - Tu n’avais pas le droit de parler… réalisais-je alors. J’ai des illuminations sur la façon dont peuvent être traités les prisonniers… Elle se croit toujours captive… Ce n’était pas son premier lieu de vie, ni même le second… Cette fille n’était qu’une esclave sexuelle sans autre intérêt… Et moi, je n’y connais foutre rien à ce genre de traumatisme… Mais comme ils veulent que ce soit moi, pour l’instant, je le ferai à ma façon. - Je suis ton nouveau maître et avec moi les règles vont changer un peu. Je sens qu’elle écoute et fournit un effort considérable de concentration pour me comprendre. Elle n’a plus l’habitude de faire travailler son cerveau, il faudra commencer par ça… - Il va falloir que tu reparles, si tu manques de vocabulaire tu peux lire pour passer le temps…Est-ce que tu sais lire ? Elle me fixe immobile et robotisée, elle ne comprend pas ce que je demande. Je me lève et prend au hasard un bouquin dans la petite bibliothèque adossée contre le mur près de la porte que je lui tends. Elle le prend et le regarde l’ai interdit, je l’ouvre et lui montre les écritures mais je constate que ça n’a pas de sens pour elle. Elle ne sait même pas lire… - Bon, tu vas avoir beaucoup d'occupations… Je me rassieds près d’elle alors qu’elle triture le livre de ses petites mains fines et délicates aux ongles complètement cassés. Je prends les pans de sa ceinture et la noue autour de sa taille avec des gestes doux. - Je ne veux plus que tu enlèves ça pour qui que ce soit. Si tu fais ça devant les hommes ici, ils te prendront, c’est comme de la provocation, tu comprends ? Elle ne fait aucun signe, c’est très perturbant… - Est-ce que tu as compris ? Insistais-je en relevant encore son menton. Elle hoche la tête encore une fois. - Repose-toi, je reviendrai te voir bientôt et on va stimuler tout ça… Personne ne te fera de mal ici… Cette fois, elle plante ses perles bleutées dans mes yeux m’envoyant une décharge d’émotions très étranges. Je crois qu’elle évalue la véracité de mon affirmation et je décide de la laisser car elle a l’air très éprouvée. Je pousse un soupir de soulagement lorsque je referme la porte de la chambre derrière moi, je ne sais pas si j’ai choisi la meilleure option pour elle ou la facilité pour moi, mais j’ai fait un choix… - Est-ce qu’elle marche ? Demandais-je à Léa en la rejoignant à son bureau. - C’est encore faiblard, mais son infection pulmonaire et ses côtes cassées m’inquiètent plus que ses petites jambes. - Si elle prend le soleil ça lui fera du bien, il faut la bouger. - Je suis d’accord pour la stimulation, elle a parlé ? - Non, je pense qu’elle peut, qu’elle sait, mais qu’elle manque de mots, de courage, elle a été habituée à devoir se taire… Elle ne sait même pas lire… - Pourquoi Gabriel te demande ça à toi ? Il est plus doué que quiconque pour gagner la confiance des âmes brisées. - Parce qu’elle a certains mécanismes avec les hommes et que c’est mieux pour tout le monde comme ça. - Très bien, donc ? Comment tu veux procéder ? - J’en sais rien, j’improvise… Je n’ai jamais joué à la poupée…. Mais je crois qu’il avait raison, elle a montré une servitude supplémentaire quand j’ai dit que je l’avais sortie de la cave, c’est le seul levier de communication que j’ai sur elle. - Eh bien bon courage ! S’exclame-t-elle alors que je ressors de la clinique.
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