CHAPITRE 8 : Jackson

1738 Words
J'ai finalement passé la nuit au poste, les yeux rivés sur des piles de dossiers, cherchant désespérément d'autres indices. L'air est lourd de l'odeur âcre du café froid et de la fatigue des longues heures passées à scruter les dossiers. Soudain, le téléphone sonne, brisant le silence pesant. Mon cœur s'emballe. On me dit que c'est justement Chloé. Jackson (calme et rassurant, malgré la tension qui monte en lui) : Chloé, ici Jackson de la police. Êtes-vous blessée ? Chloé (entre deux sanglots, la panique dans sa voix est palpable) : Oui… et ils sont nombreux… tant de femmes et d’enfants… si jeunes… Jackson : Vous parlez de vos ravisseurs ou des victimes ? Chloé (désespérée) : Les victimes… Ils m'ont retrouvée… S'il vous plaît, sauvez-moi ! Jackson : Chloé, restez en ligne, on vous localise. Tenez bon, on arrive. Mon cœur bat à tout rompre alors que j'essaie de rester calme pour elle. Soudain, une voix brutale interrompt notre conversation. Homme1 : Merde, Dominic, arrête ça, tu veux. Viktor, donne-moi le téléphone. Chloé (hurle) : Jackson ! Au secours… Viktor : Attrape ça, Vlad. Vlad : Ne pensez même pas à la retrouver. Bonsoir. Je balance mon téléphone sur le bureau, une rage froide m'envahit. Jackson (criant) : Localisez-moi cet appel, tout de suite ! Tout ce qu’on a, ce sont trois noms : Dominic, Viktor, et Vlad, en plus d'Ivan Dragovic. Fisher travaille déjà à assembler les données de localisation avec celles qu’on possède déjà. Je jette un coup d’œil à la fenêtre. Le soleil commence à se lever, baignant le poste de police dans une lueur grisâtre. Les jeunes recrues commencent à arriver, leurs visages encore marqués par la fatigue de la veille. Toutes les six heures, nous nous rendons dans la cellule de crise pour faire le point avec toute l’équipe. Jackson : Fisher est en train de recouper les indications de l’enregistrement avec celles de la localisation de l’Érable Noir. Il devrait arriver d’ici quelques minutes. Capitaine : Je pense qu’on aura quelques zones à vérifier. On va faire plusieurs groupes d’interventions. Attention à vous, jeunes recrues, inutile de vous rappeler que ces ravisseurs sont violents et armés. Alors, pas d’imprudence. Je ne veux pas un bain de sang. Fisher (entre et donne une feuille) : Voilà, chef. Capitaine (lit une feuille) : On va faire deux groupes. Vu les zones, ça sera deux camions chacun avec support aérien. Porter et Fisher, vous serez à la tête de l'équipe 1, vous allez au nord. Franks et Azari, vous serez à la tête de l'équipe 2. Allez-vous préparer. Départ dans une heure. Jackson, reste là une minute. Tout le monde sort de la salle en silence, chacun se préparant mentalement pour l'intervention à venir. Capitaine : Comment ça va ? Jackson : Tu peux arrêter avec ça ?! Pourquoi faut-il toujours qu'il me demande ça maintenant, alors que chaque seconde est cruciale ? Comme si c'était le moment de parler de mes états d'âme. Capitaine : C’est toujours le grand-père qui te parle et qui s’inquiète. Encore cette carte du grand-père inquiet. Je sais qu'il m'a élevé, qu'il m'a tiré des pires situations, mais là, c'est différent. On a une vie à sauver. Jackson : Écoute, tu crois vraiment qu’on a le temps de parler de ça maintenant. Je sens ma colère monter, mais je tente de la contenir. Ce n’est pas le moment de perdre mon calme. Capitaine : C’est pourquoi je t’attends à notre repas. Tu n’as pas intérêt à te défiler. Jackson : On verra ça. Je tourne les talons, frustré. Pourquoi ne comprend-il pas que je n'ai pas le luxe de m'attarder sur des repas familiaux ? Chaque minute compte, et je ne peux pas me permettre de penser à autre chose qu'à retrouver Chloé. Je sors enfin de cette pièce, en essayant de calmer mon esprit en ébullition. La photo de Diane dans mon casier m'aide à recentrer mes pensées. « Je ne les laisserai pas l’avoir elle aussi », voilà à quoi je pense. Je vais à mon casier pour me préparer. J’enfile ma tenue, sentant le tissu rugueux contre ma peau, puis mon gilet pare-balle dont le poids familier me rassure. Je mets mon arme dans mon étui et l’accroche à ma ceinture. Comme avant chaque intervention, j’attrape la photo de Diane pour la regarder. La photo de Diane, pliée dans le coin de mon casier, montre un sourire radieux. Ses yeux brillent de bonheur, et ses bras sont entourés de celui qu'elle aime. Ce sourire me rappelle les moments heureux, les rires partagés, et me plonge dans une vague de nostalgie. Je me demande si Diane aurait été fière de moi, si elle aurait voulu que je plonge dans cette mission avec autant de férocité. Chaque minute que je passe à la rechercher, je me demande si je fais assez. La peur de ne pas être à la hauteur, de faillir à la tâche, me hante. « Je la sauverai », voilà à quoi je pense en caressant le bord de la photo du bout des doigts. Je referme mon casier et rejoins mon équipe dans le véhicule. Nous partons dans le silence, le moteur ronronnant doucement. Alors que nous roulons dans les rues sombres, je n’arrête pas d’entendre sa voix dans ma tête. Chloé (hurle) : Jackson ! Au secours… Peu importe quelle équipe les trouvera, il faut seulement qu’on la trouve en vie. À l’approche de la maison, nous ralentissons. Le silence pesant est ponctué par le crissement des pneus sur le gravier, chaque bruit amplifiant la tension. Au loin, nous n’apercevons aucune lumière. Quand nous arrivons sur place, il n’y a aucun véhicule. Nous sommes arrivés trop tard. Cependant, on inspecte quand même les lieux. La porte est ouverte et des déchets jonchent le sol devant la maison, témoignant d'un départ précipité. Nous nous séparons en deux escouades. L’une part à l’extérieur avec Fisher, l’autre part avec moi fouiller l’intérieur. Dedans, c’est l’horreur. On pourrait se croire dans une déchetterie. L’air est vicié, et une odeur de nourriture avariée flotte. Mon équipe s'est divisée en deux groupes de quatre : l'un a commencé par inspecter le rez-de-chaussée, tandis que l'autre a pris en charge le premier étage. Chaque pièce est fouillée de manière systématique, en utilisant des lampes torches et en vérifiant minutieusement chaque recoin. Je suis parti avec celle du bas. Dans la cuisine, des assiettes empilées en désordre et des restes de nourriture à moitié consommés témoignent d’un départ précipité. Il semblerait que des gens étaient bien là il n’y a pas si longtemps que ça, les restes de nourriture ont l’air assez frais. Nous continuons à avancer quand soudain un bruit me fait sursauter. Ce n’était qu’un volatile qui volait dans la maison, probablement entré par la porte ouverte. Ce n’est que dans le sous-sol que nous trouvons quelque chose. Officier Carter : Qu'est-ce que c'est ? Officier Vans : Ça ressemble à des sachets de drogues. Jackson (ramasse un sachet au sol contenant un cachet): Ce sont des cachets de MDMA. Officier Carter (illumine la pièce grâce à sa lampe) : Regardez, il y en a plein! On embarque tout, des fois qu’on pourrait relier cette drogue à un labo ou qu’on trouve des empreintes sur la vaisselle. Finalement, on finit l’exploration sans aucun problème. La maison est vide. Ils n’ont rien laissé. Quand on ressort du bâtiment, nous rejoignons Fisher et son équipe. Tout comme nous, ils n’ont trouvé personne. Alors que Fisher appelle le capitaine pour l’informer de la situation, je donne un coup de pied dans une poubelle en jurant, la frustration montant en moi. Quand il raccroche, il m’annonce que l’autre unité n’a pas encore donné de nouvelles. On a donc encore une chance de la trouver. On remonte dans nos véhicules et nous rentrons au poste. J’espère que le groupe de Franks et Azari auront plus de chance que nous. Après être repassé au vestiaire pour se changer, nous retournons à la cellule de crise en attendant de leurs nouvelles. C’est au bout de cinq heures qu’ils reviennent. Tout comme nous, leurs locaux étaient vides. Pas de témoin, pas d’otage. Cependant, ils ont eu un peu plus de chance que nous. Ils ne reviennent pas les mains vides. De retour au poste, l'équipe se regroupe pour discuter des découvertes. Franks : On a trouvé plusieurs indices cruciaux, mais les ravisseurs ont disparu. On doit maintenant connecter ces points pour retrouver leur prochain mouvement. Cette fois-ci, les ravisseurs ont fait une première erreur. Bien que leurs blessures soient différentes, ils reviennent avec trois nouveaux corps, des photos, des papiers et des vidéosurveillances. Sur les vidéos, on peut clairement voir des véhicules quittant la maison. Quand nous visionnons les photos prises par l’équipe de Franks et Azari, mon cœur rate un battement. D’abord celle d’une pièce sombre sans fenêtre avec des chaînes le long des murs, du sang partout sur la moquette. Ensuite celle d’une pièce qui semblait être utilisée pour de la torture. On y voit divers instruments tels que des bâtons, des barres de fer, des fouets, des câbles électriques, des matraques, et quelques cordes. Pourquoi infligent-ils de telles horreurs ? Je ne peux m'empêcher de me demander si Chloé a enduré ces tortures. En fait, je connais déjà la réponse, et le simple fait d’y penser me donne envie de hurler. Bien sûr qu’elle a enduré tous ces châtiments, bien sûr qu’elle a dû souffrir. Mais à quel point ? L'idée même de ce qu'elle a dû traverser me ronge de l'intérieur. Ils ont dû partir précipitamment car les vidéos surveillances n'ont pas été effacées entièrement. Dessus, on peut voir une dizaine de fourgonnettes quitter la maison. J’entre les numéros d’immatriculation reconnaissables de la vidéo dans notre base de données. Après avoir filtré les résultats selon les critères géographiques et temporels, nous avons réduit la liste des fourgonnettes à une poignée de véhicules à examiner. Nous avons immédiatement concentré nos efforts sur ces quelques numéros d’immatriculation, ce qui a permis de trouver rapidement une correspondance avec le véhicule de Vlad Polska. Il est connu pour son attitude toujours de sang-froid et de lucidité. C’est un homme qui sait garder son calme, même lorsque la situation devient critique. C’est pourquoi, depuis toutes ces années, nous n’avons pas pu l’attraper. Bien qu’il soit impitoyable, cette fois-ci, il semblerait que lui aussi ait fait une erreur.
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