Derrière la porte que je viens de fermer, se trouve un homme. Je suis intrigué par ce que je viens de voir. Cet homme qui est décrit comme v*****t dans son dossier est loin de l’être. Il était perdu, meurtri, angoissé, ça, c’est certain, mais v*****t, je suis sceptique, encore plus quand j’ai lu la peur et le dégoût dans ses yeux lorsqu’il m’a rudement attrapé le bras.
Depuis bientôt une journée que je travaille seule dans cet hôpital, sans personne pour me chaperonner, à la suite du départ en retraite de mon prédécesseur, je m’arrache déjà les cheveux. J’ai passé la matinée à lire les dossiers des patients que l’on m’a confié, ceux à la charge de l’ancien médecin, et j’ai la sensation que personne n’a été suivi correctement. Pour chaque cas, c’est bâclé, peu voire pas du tout d’antécédents médicaux renseignés ni de véritables diagnostics posés, ni même le nombre de séances faites. À croire qu’il se contentait de refiler des médocs comme on donne des bonbons.
Lorsque je me retourne dans mon bureau, je vérifie que tout est prêt pour demain, pour le transfert de mes patients dans cette aile dans laquelle on ne limitera pas le nombre de sorties en dehors de leurs chambres, où ils ne seront pas enfermés en permanence, dans laquelle ils pourront apprendre à revivre en tant que personnes, et en société. J’ai mis tous mes espoirs dans ce projet, j’espère que ça fonctionnera comme je le souhaite.
Alors que j’étais perdu dans mes pensées, je sursaute au moment où mon téléphone portable sonne, puis soupire en voyant l’heure qu’il est. Je ne prends pas la peine de répondre, termine ce que j’étais en train de faire, fais un dernier tour pour vérifier que tout va bien, salue mes nouveaux collègues, et rejoins ma voiture. Une fois à l’intérieur, je connecte mon téléphone au Bluetooth de la voiture pour rappeler la personne qui a tenté de me joindre. J’ai à peine le temps de sortir de ma place de parking que la voix de Laurianne, ma meilleure amie, résonne dans l’habitacle.
— Bonsoir, puis-je parler au docteur Olivia ?
— Arrête de faire l’idiote, dis-je en riant. Comment s’est passée ta journée ?
— Comme d’habitude, rien de palpitant, soupire-t-elle théâtralement. Et toi, ce premier jour ? Des beaux gosses en vue ?
Même si elle ne peut pas le voir, je lève les yeux au ciel.
— Tu m’épuises ! dis-je en essayant d’être convaincante. Je ne vais pas au travail pour draguer.
— Sérieux, Vanessa, ça fait combien de temps que tu n’as pas vu le loup ? Même si tu ne trouves pas l’amour, une aventure te ferait le plus grand bien.
— Une aventure ? m’offusqué-je. Et puis quoi encore ? Je ne vais certainement pas avoir un plan d’un soir là où je bosse !
— Alléluia ! s’écrie-t-elle. Au moins, tu n’es pas contre une histoire sans lendemain.
Face à son enthousiasme, je ferme les yeux une seconde.
— Ce n’est pas ce que j’ai dit, protesté-je.
— Trop tard ! se marre-t-elle. Au fait, tant que j’y suis… Quoi que tu aies prévu, libère ton vendredi soir !
Je souffle pour la forme. De toute façon, avec elle, je n’ai jamais gain de cause.
— Il est hors de question que tu me traînes dans le même genre de bar que celui de la dernière fois.
— Mais quel rabat-joie !
Son rire remplit l’habitacle.
— Promets-le, insisté-je.
— Je jure que mes intentions sont mauvaises !
Un gloussement se fait entendre dans les haut-parleurs de ma voiture. C’est qu’elle est fière, la peste.
— Arrête de citer Harry Potter, rouspété-je. Je te préviens que si tu me refais un coup tordu, je ne te parle plus jamais.
— Oh, Vanessa, nous savons parfaitement toutes les deux que tu ne pourras jamais te passer de moi. Tu m’aimes trop pour ça.
Je grimace, elle a parfaitement raison.
— Ne me pousse pas trop à bout, répliqué-je, parce qu’un jour, je me vengerai.
— Paroles, paroles, chantonne-t-elle sur l’air de la musique de Dalida.
Amusée plus qu’agacée, je lui raccroche au nez, tandis que je me gare devant chez moi.
Épuisée par cette première journée, je ne rêve que d’un bon bain, accompagné d’un livre, puis d’un rapide repas, avant de m’affaler dans mon lit. J’hésite même à zapper toutes les autres étapes pour juste aller dormir, tant je suis fatiguée.
Finalement, j’ai opté pour une douche, un sandwich, et me voilà, à presque vingt-deux heures, sur le point de fermer les yeux. Avant cela, j’enclenche mon réveil et ferme les yeux, dès que ma tête touche mon oreiller.
Une serviette de bain autour de ses hanches pour seule tenue, il se tient devant moi, conquérant, provocateur, et je peine à déglutir. Je devrais détourner les yeux, rester de marbre, être professionnelle, mais le feu dans mes reins m’en empêche. Au lieu d’écouter mes principes, je laisse mon regard s’abandonner à la vue de ce corps ferme, encore humide de la douche qu’il vient de prendre. Une goutte glisse le long de sa joue, parcourt sa mâchoire carrée, descend le long de sa gorge, pour s’échouer sur son torse épais et imberbe. Un gémissement s’échappe de ma gorge, ma langue humidifie mes lèvres, je suis presque à baver devant lui. Mes cuisses se pressent l’une contre l’autre pour tenter d’apaiser le désir qui grandit en moi, mais ça ne marche pas. Mon excitation est trop grande pour que je puisse la calmer par ce simple geste. Effronté, il plonge son regard dans le mien, fait un pas vers moi, lève doucement son bras et, d’un geste tendre, effleure ma bouche du bout de ses doigts. Je fonds lorsque sa caresse s’accentue, et qu’il s’approche un peu plus de moi.
C’en est trop.
N’écoutant plus que la faim qui me dévore, je me colle à lui et scelle nos lèvres dans un b****r ardent. Aussi affamé que moi, il s’agrippe aux pans de ma blouse pour faire sauter les pressions d’un seul mouvement. Sans perdre plus de temps, il me la retire et fait disparaître mon haut avec la même hâte. Impatiente, j’entrelace nos doigts, recule jusqu’à son lit, sur lequel je m’allonge et, sous ses yeux, je termine de me déshabiller. Son regard appréciateur m’encourage, mais, au lieu de me précipiter, je décide de jouer, fais glisser lentement ma culotte le long de mes jambes. Le grognement qui s’échappe de sa gorge m’arrache un sourire taquin et, avant que mon sous-vêtement n’ait terminé sa course, il se retrouve réduit en lambeau. Mon sourire s’accentue, avant de s’évanouir complètement lorsque mon amant s’allonge sur moi et que je sens contre mon entrejambe son désir enfler contre mes chairs. Alors qu’il est sur le point de s’enfoncer en moi, un bruit plus que strident se fait entendre. Ce bruit me force à ouvrir les yeux. Je jure lorsque je comprends que le bip incessant vient de mon réveil.
Putain de rêve !
Somnambule et de mauvaise humeur, je balance l’objet de ma colère à travers la pièce, et me lève avec difficulté.
Cette journée va être plus longue que prévue…