8.
Sikuliarsiujuittuq : origine de l’étoile Procyon du Petit ChienIl y avait une fois un homme nommé Sikuliarsiujuittuq. Un chasseur malchanceux. Il allait rarement sur la banquise. Il était si gros et grand, qu’il ne pouvait pas prendre une femme ordinaire. Celle qu’il épousa était une géante comme lui, sa sœur. Je suppose que leur igloo était assez spacieux pour pouvoir les contenir tous deux. Quand les chasseurs allaient sur la banquise, il ne les accompagnait jamais, craignant que la couche de glace ne s’effondre sous son poids. Chaque fois que les Inuit revenaient de la chasse au phoque, il inspectait les chasseurs. Ayant repéré un chasseur ramenant un phoque, il lui prenait le bras, relevait la manche de sa veste qulittaq, vérifiait si le poignet du chasseur était souillé. Si c’était le cas, Sikuliarsiujuittuq n’acceptait pas le phoque. Car seulement les chasseurs malchanceux avaient les poignets sales3. Par son contrôle des chasseurs, il n’acceptait que les phoques ramenés par ceux qui avaient les poignets lavés de cette façon. À chaque retour de chasse, Sikuliarsiujuittuq agissait ainsi. Cette manière de faire finit par exaspérer les chasseurs.
Quand la glace atteignit une épaisseur suffisante, les Inuit encouragèrent Sikuliarsiujuittuq à les accompagner à la chasse au phoque. Il y alla donc. On devait passer la nuit sur la banquise. Sikuliarsiujuittuq n’avait encore jamais campé sur la glace. Ses compagnons lui dirent que pour une première nuit sur la glace, il fallait qu’il ait les mains liées derrière le dos par un filin de harpon. Sikuliarsiujuittuq se laissa convaincre. (On suppose qu’il avait une certaine dose d’imbécillité.) Il eut donc les mains attachées derrière le dos, et non seulement les mains, mais encore les jambes au niveau des genoux.
Dans cette position, il se mit à chercher le sommeil. Et tandis qu’il somnolait, on vint le poignarder. Il tenta de se débattre, faisant sauter ses liens. Mais le coup était mortel. Il mourut et monta au ciel, devenant Procyon de la constellation du Petit Chien (qui se trouve un peu au-dessus de Sirius du Grand Chien).
Le lendemain, les chasseurs rentrèrent avec la tête de Sikuliarsiujuittuq afin de la montrer à sa sœur. Il la lui firent voir, en effet, en disant que c’était la patte d’un ours. Mais elle fut bien au fait de la vérité. (Elle semblait être moins stupide que son grand dadais de frangin.) La nuit tomba. Deux hommes vinrent coucher chez la sœur. L’un s’installa à l’arrière du lit. L’autre se coucha tout contre la géante. Ils avaient apporté leurs couteaux, bien cachés, de façon à ne pas être soupçonnés. Tandis que ces deux chenapans feignaient de dormir, la femme allaitait sa progéniture. Tout semblait paisible. Soudain, la géante allongea un formidable coup de pied à l’homme qui était à l’arrière. Elle saisit l’autre au cou. Ainsi, les deux zigotos qui avaient ourdi le projet de l’assassiner furent tués, l’un mort d’un coup de pied, l’autre étranglé.