Mauvais karma

4936 Words
Quand le jeune homme entra dans la chambre, son amie lui sauta au cou. — Ouf… te revoilà… Alors ? Ce truc à régler ? C’était une fille ? Un mec ? — Hola… dis donc toi… tu te prends pour ma mère ? — Ne me dis pas que c’était… qui je sais… — Je ne vois pas de qui tu parles. — Bien sûr… Alex sourit. — Il n’y a rien de spécial à raconter… Allez, tu viens te coucher ? Les deux amis s’allongèrent dans le grand lit. — J’ai pu parler à Will en visio… Ça m’a fait du bien. Tu lui manques aussi. — Tant mieux. Tu te sens comment ? — Bien… Ne t’inquiète pas. Je crois que j’avais besoin d’aide… mais je ne savais pas comment la demander. Alors je pensais que rester seule était la meilleure solution… — C’est pour ça qu’il t’a emmenée voir la psy ? — Oui… Du coup, j’ai vu une psychologue très gentille, et un psychiatre horrible… Il voulait m’interner et disait que j’étais schizophrène… ou bipolaire… — Quel connard… En tout cas, demain je suis off. On fera ce que tu veux. Elle l’embrassa sur la joue pour lui souhaiter bonne nuit et s’endormit rapidement dans ses bras. Le jeune homme lui caressa doucement le dos en repensant à son imprévu… Simon l’attendait devant sa porte. Ils s’étaient de nouveau embrassés. Le lieutenant était très fougueux, mais ils n’avaient pas encore couché ensemble. Comme avec son amie, ils s’étaient arrêtés aux préliminaires… mais avaient pris beaucoup de plaisir. Alex lui avait fait un début de f*******n qui avait failli le faire jouir. Pour l’instant, Garrel n’osait pas encore lui rendre la pareille et s’était contenté de le m*******r. Ils s’étaient séparés après des baisers intenses. Simon était patient et compréhensif avec son supérieur. C’est vrai qu’il était bel homme… un peu rustre. Il n’avait pas la classe de son cousin ni le charme du beau docteur avec qui Alex avait flirté un temps. Il s’endormit en se demandant à quoi ressemblerait leur première nuit ensemble. Le petit-déjeuner leur fut servi directement dans la chambre par une employée toujours surprise de les voir partager le même lit. Diana sourit et réveilla son ami. — Debout, Alex… Il est dix heures. — Cinq minutes encore… — Flemmard… Personnellement, je me sens hyper bien. Tu ferais une promenade à cheval avec moi ? Ou on pourrait faire du baby-foot ? Il gémit. — Didi… cinq minutes encore… Elle prit son petit-déjeuner avec enthousiasme. Jus d’orange sans pulpe, comme elle aimait. Un ronflement se fit entendre à ses côtés. Elle le tourna doucement sur le côté et le recouvrit. Son regard s’attarda sur la petite plaie dans le bas de son dos : elle cicatrisait déjà. Ça ne devrait pas lui poser de problème pour monter à cheval. Sinon, il restait l’option de la piscine… mais ça impliquait de montrer son corps. Peut-être que Catherine avait un pansement imperméable… et un maillot une pièce. De toute façon, il ne pourrait sûrement pas se baigner. Elle haussa les épaules. S’il voulait la mater, grand bien lui fasse : il n’aurait que ça. Elle enfila un jean et un body, se maquilla et arrangea ses cheveux. De bonne humeur, elle rejoignit ses hôtes dans l’un des salons. — Bonjour ! — Bonjour, trésor, répondit Catherine en souriant. Tu es de bonne humeur, tu as bien dormi ? — Oui, très bien. Je suis en pleine forme. — Je vois ça, ça fait plaisir. Que veux-tu faire aujourd’hui ? — Je ne sais pas… Alex s’est rendormi, alors je pensais aller monter Iris. — Bonne idée, j’allais monter également. Tu veux venir avec moi ? Elle acquiesça et sourit à son parrain. — Et vous, commissaire ? Vous avez bien dormi ? — Très bien. Je t’ai écoutée, je ne me suis pas couché tard. — Vous devriez profiter qu’on soit parties pour passer un moment avec Alex. — Pourquoi pas, quand il sera levé… Elle partit se changer et enfila sa tenue d’équitation avant de rejoindre la maîtresse de maison à l’écurie. Elles sanglèrent leurs montures puis récupérèrent leurs bombes et gilets de protection. Diana se hissa sur la jument impatiente. Elle n’avait jamais vu la belle-mère de son ami dans une tenue aussi moulante. Elle lui envia sa poitrine, bien plus généreuse que la sienne… Les deux cavalières partirent tranquillement sur un chemin paisible, bavardant gaiement. Victor n’avait aucune envie de passer un moment père-fils… mais il frappa tout de même à la porte. — Alexis ? Lève-toi… Je t’attends pour une balade à moto. — À cette heure-ci ? répondit une voix lointaine. — Il est onze heures. Diana et Catherine sont déjà parties à cheval. Dépêche-toi, je t’attends au garage. Son fils soupira, se leva en grommelant, prit une douche rapide et rejoignit son paternel d’un pas nonchalant. — Tu veux laquelle ? — J’sais pas… — Choisis. C’est toi qui vas conduire. Il admira les trois motos alignées, toutes flambant neuves. Il fit son choix, enfila un blouson en cuir et un casque, enfourcha la machine et démarra en savourant le rugissement du moteur. Son père grimpa derrière lui. — T’inquiète pas, je ne me tiendrai pas à toi. — Je préfère, ouais… T’es moins sexy que mes passagères habituelles. — Tu prendras la première à droite en sortant du domaine. C’est une route privée, on sera tranquilles pour s’amuser un peu. — T’as pas peur ? — Il faut bien que j’apprenne à te faire confiance, non ? Allez, roule. Le jeune homme ne se fit pas prier. Si son père voulait des sensations fortes, il n’allait pas être déçu. Plus d’une heure plus tard, ils revinrent et aperçurent avec stupeur une ambulance du SAMU devant le manoir. Alexis se gara brusquement. Les deux policiers entrèrent précipitamment dans le petit salon, où Catherine était en train de se faire ausculter sous l’œil inquiet de Diana, qui les fusillait du regard. — Ah ben quand même ! Vous étiez où ? Ça fait une demi-heure que j’essaie de vous joindre ! Victor saisit la main de sa femme. — Chérie ! Qu’est-ce qui s’est passé ? — Rien de grave, ne t’inquiète pas… Je vais bien… Regina s’est emballée… — Elle ne s’est pas emballée toute seule ! intervint Diana. Quelqu’un a mis des morceaux de rosiers sous son tapis… Des épines, précisément. Regardez ! Elle en avait plein ! Je vous l’avais dit qu’on s’en prendrait aussi à vous ! Elle sortit un mouchoir qu’elle déplia avec précaution. Une épine noire tranchait sur le blanc du tissu. Le brigadier-chef la prit par la taille…: — Fais voir ?… — Non ! Ne touche pas, t’as pas de gants ! Il y a peut-être des empreintes ! — Ce n’est pas comme ce que t’avais fait à Philippine ? — Non… enfin… Elle avait mis de la ronce trouvée sur le chemin, et là c’est du rosier… Philippine, ce n’était pas prémédité… — Trésor… ce n’est rien… c’est sûrement une mauvaise blague… Le médecin fronça les sourcils. — Une mauvaise blague qui aurait pu vous coûter cher. Heureusement que vous aviez le gilet et la bombe. Vous êtes tout de même restée inconsciente un moment… Diana acquiesça. — Quatorze secondes. — Voilà… J’aimerais vous faire passer une radio. — C’est inutile, je vais bien. J’aurai des bleus, voilà tout. Son mari insista à son tour, mais ce fut peine perdue. Le médecin et l’ambulance repartirent, laissant la femme du commissaire sous la surveillance attentive de ses proches. Sa protégée prit son rôle d’ancienne assistante de vie très au sérieux. — Vous voulez une tasse de thé ? Vous allez avoir des courbatures, c’est certain… Il faut une bouillotte… et un massage aussi… mais pas à chaud, il faut attendre. Du coup, il faudra appeler un kiné… ou toi, Alex ? — Fallait pas tomber de cheval exprès pour mes massages… suffisait de demander gentiment… Sa belle-mère lui sourit, mais Diana croisa les bras. — Pour t’appeler, il faudrait déjà que ton téléphone ne soit pas en silencieux… — Il n’était pas en silencieux, mais on était à moto, ça couvre la sonnerie. — À moto ? Vous avez fait de la moto dans votre état, commissaire ?! — Rassure-toi, c’est Alex qui conduisait. Nous avons passé un excellent moment père-fils. — Et s’il avait perdu le contrôle ? Ou si vos points s’étaient ouverts d’un coup ? Et toi, tu as accepté ? — Ben oui… J’ai même essayé de le faire tomber, mais il était bien accroché… — Et tu te demandes pourquoi je ne monte jamais avec toi… dans ces tenues en plus ? En jean ?! Mais vous êtes inconscients ! Elle aida son hôtesse à se lever. — Aide-moi à aller dans ma chambre, trésor… Je vais prendre un bon bain pour me remettre sur pied. Les deux policiers les regardèrent partir. Victor réfléchit un instant. — Je vais appeler Garrel et lui demander de venir. — Tu crois que Didi a raison… ? Une tentative de meurtre ? — Ou une simple intimidation… mais c’est bizarre. Va aux écuries et inspecte le tapis. Vois s’il y a d’autres épines. Alex obéit et courut vers le bâtiment. Il arriva juste à temps : un palefrenier dessellait Regina, toujours agitée. — Attendez ! Donnez-moi le tapis, mon père veut que je l’inspecte… Merci. Elle saigne ? — Un peu… comme si elle avait de petites griffures un peu partout. — Ce n’est pas étonnant… Bordel… Soignez-la bien, elle a dû avoir très mal… Il n’eut pas besoin d’inspecter longtemps. Il retourna dans le salon et posa le tapis devant le commissaire. — Elle avait raison… Il y a bien des épines. Regarde… Tu m’étonnes qu’elle se soit cabrée. Chaque mouvement devait être une torture. — Je me demande si ce sont bien des épines de rosier… et d’où elles viennent. — Il n’y a pas une roseraie sur ton domaine ? — Si, justement… Gustave ! Le domestique apparut si soudainement qu’Alex retint un sursaut. — Oui, monsieur ? — Dites au jardinier de venir me voir rapidement. — Oui, monsieur. — Je te laisse accueillir le lieutenant. Je vais voir Catherine. Il ne trouva aucune trace de sa femme dans leur chambre. Elle avait dû opter pour le jacuzzi, efficace pour se détendre en douceur. Il descendit vers l’espace bien-être de la maison. Il fut surpris de trouver deux tenues d’équitation posées au sol devant la porte du bain à remous. Il frappa. — Je peux entrer ? — Entre, chéri… Nous ne sommes pas nues. Les deux femmes étaient immergées jusqu’au cou. Victor s’approcha de sa compagne et s’assit sur le bord du jacuzzi. — Tu es sûre que ça va ? Tu n’as pas la tête qui tourne ? — Victor… je t’ai dit de ne pas t’inquiéter. Tout va bien. J’avais ma bombe. Il fronça les sourcils. — J’aimerais quand même que tu passes une IRM. Et j’ai fait venir Garrel… Il passera dans l’après-midi. Il y avait plein d’épines sous ton tapis de selle… Diana se redressa légèrement dans l’eau, les bras croisés sur le rebord, visiblement agacée. — Je vous l’avais dit. Ce n’est pas un accident. C’est forcément prémédité. Enlever des épines d’une tige de rose, c’est long, fastidieux… personne ne fait ça par plaisir. Elle marqua une pause, puis ajouta, faussement légère : — À part peut-être les fleuristes… quand on leur demande. Vous avez déjà couché avec une fleuriste, commissaire ? Catherine éclata de rire en voyant le regard médusé de son mari. — Je suis sûre que oui… Alors, chéri ? — Non ! Enfin… j’en sais rien… — Il faudrait peut-être vous rappeler, reprit Diana, imperturbable. C’est peut-être important. Sinon, c’est qu’on cherche à vous faire passer un message. Et pour ça, il faudrait savoir de quelle couleur étaient les roses dont viennent les épines. Elle leva un doigt. — Par exemple, si elles étaient jaunes, ça voudrait dire que vous êtes cocue… mais ça n’aurait aucun sens, vous le savez déjà. Elle éclata de rire, seule. Victor resta figé, Catherine amusée… mais Diana, elle, observait leurs visages avec une pointe d’amertume. — En effet… fit Catherine. Ne fais pas cette tête, Victor. Tu ne t’en es jamais caché, non ? — Hum… toi non plus… Il soupira. — Je vais voir si Garrel est arrivé. Et s’il te plaît, va faire une IRM cet après-midi. — Promis, répondit Catherine. Avant de partir, il jeta un dernier regard aux deux femmes. Diana lui offrit un sourire innocent… mais ses yeux disaient clairement je vous l’avais dit. Victor remonta au salon et trouva son fils en pleine discussion avec le lieutenant. Ils s’interrompirent en le voyant. — Commissaire… Il m’a raconté. Je vais envoyer le tapis au labo. On verra vite s’il y a des cheveux. — Analysez aussi les épines, même s’il y a peu de chances d’avoir des empreintes exploitables. — Vous pensez que c’est lié à vous ? — Je ne sais pas… Pourquoi camoufler une tentative de meurtre en accident, alors que la personne utilisait un autre mode opératoire jusqu’à présent ? — Ouais… c’est bizarre. Peut-être que ce n’est pas lié. En tout cas, ça va compliquer notre enquête. — Ou ce n’est qu’une mauvaise blague… mais ma femme est appréciée de tout le personnel. Je ne vois pas qui pourrait lui en vouloir. Garrel hésita, puis osa : — Excusez-moi de vous poser la question, mais… vous avez eu des relations avec certaines de vos employées ? Victor se raidit. — Non. Je ne couche pas avec mes employées. Et elle non plus. Nous avons beaucoup de salariés à gérer, nous préférons éviter les problèmes inutiles. Alex ricana. — Bravo… quel patron modèle… Garrel lui lança un regard sévère. — T’as l’air en forme, toi. Normalement, t’es censé être off. Mais tu vas aller interroger les employés, discrètement. — T’inquiète… je vais les interroger de très près. — Oh, je n’en doute pas. Ta conscience professionnelle, je l’ai vue tout de suite. Simon ravala une pointe d’agacement. — Je peux faire un tour des écuries ? — Allez-y. Moi, je vais demander à mon jardinier s’il manque des épines aux rosiers… L’officier sortit d’un pas nonchalant, semblable à celui du futur capitaine… en moins élégant. Devait-il s’excuser auprès d’Alex ? Il n’y pensa pas longtemps. Une petite voix l’appela derrière lui… Pssssssiiit ! Lieutenant ! Il se retourna… et siffla doucement devant le spectacle. — Eh bien… le chaton aime être mouillé, on dirait… — Hein ? Ah… oui, j’étais dans le spa avec la femme du commissaire. — Le veinard… — On n’était pas nues, hein ! Bref ! Je dois vous parler. Venez par là ! Sans lui laisser le temps de réagir, elle l’attrapa par le bras et le tira dans une petite pièce mal éclairée. Simon esquissa un sourire en coin. — Chérie… je dis jamais non à une petite gâterie entre deux portes, mais Blake risque de ne pas apprécier… — Mais n’importe quoi ! Espèce de pervers ! Elle resserra sa serviette contre elle, visiblement agacée. — Vous allez m’écouter, à la fin ? C’est important ! Ça concerne la femme du commissaire ! — D’accord, d’accord… je t’écoute. Elle inspira profondément. — J’étais avec elle pendant la promenade à cheval. Je suis sûre que c’est une vengeance contre Catherine ! Le commissaire a forcément couché avec une maîtresse qui se venge ! Sinon, pourquoi s’embêter à mettre des épines de roses ? Des épines de roses, c’est hyper précis ! Pourquoi pas de la ronce, hein ? Elle s’emballa : — Je suis sûre que c’était une tentative de meurtre ! Ce n’était pas prévu qu’on mette les gilets de protection. Moi, d’habitude, je ne le mets jamais, il n’y a que Catherine qui m’oblige parce qu’elle dit que c’est dangereux… bon, d’accord, elle avait raison… mais bref ! Il faut absolument savoir de quelle couleur étaient les roses utilisées. La couleur peut donner un indice sur les motivations de celle qui a fait ça ! Ou alors, il faut demander aux fleuristes si quelqu’un a cherché à récupérer des épines ! Simon la regarda sans ciller, un sourire amusé accroché aux lèvres, détaillant ses cheveux trempés, l’eau qui perlait sur sa peau, la serviette trop serrée. — Hmm… mais tu as sûrement raison, chaton… Elle cligna des yeux. — Vous… vous me croyez ? — Évidemment… une maîtresse jalouse… ouais, j’y avais pas pensé. Ça change tout, ça… — Vous… vous allez le faire, alors ? Elle commença à sourire, pleine d’espoir. - Mais bien sur... Simon lui rendit son sourire, posa une main faussement compatissante sur son épaule. — …Que non. Son visage se décomposa. — Mais… — Écoute, p’tit chat… Il lui pinça la joue, goguenard. — T’es bien mignonne, mais j’ai autre chose à foutre que de faire le tour des fleuristes. Alors sois une gentille fille, va galoper dans les prés avec Petit Tonnerre et laisse les vrais pros bosser. Son regard glissa lentement de haut en bas, sans aucune discrétion. — Après… si tu tiens vraiment à me faire perdre mon temps… y a toujours moyen de s’arranger. Peut-être que si t’enlèves ta serviette… Elle rougit violemment, serra les poings pour ne pas lui coller une gifle. — Connard ! lle le bouscula en sortant de la pièce, manquant de peu de renverser Alex. — Hola… qu’est-ce qui… ? — Ton mec est en manque. Elle disparut avant qu’il ait le temps de répondre. — Hé, mais c’est pas mon… Didi ?! Alex entra dans le petit bureau et trouva Simon en train de rire. — T’as fait quoi ?! Si tu l’as touchée, je te colle une… — Du calme. Je l’ai pas touchée, ta copine. Je l’ai juste taquinée. Elle veut jouer les détectives, je lui ai rappelé de laisser bosser les pros. — Mouais… j’imagine que t’as pas dit ça comme ça. — Tu me connais. Je sais parler aux femmes. Simon l’embrassa, mais Alex le repoussa aussitôt. — Pas ici. — Je croyais que tu t’en foutais de ton père. — Ouais, mais ma vie privée ne le regarde pas. Ils échangèrent un b****r rapide, puis se séparèrent discrètement. Alex chercha Diana, mais ne trouva qu’un maillot de bain abandonné près du spa. Il soupira et décida de la laisser se calmer. Victor, soulagé, accompagna sa femme jusqu’à la voiture. — Tu es sûre que tu n’as pas faim ? — Non. Je prendrai quelque chose en ville. — Jeff t’accompagne partout. C’est non négociable. — Si ça peut te rassurer… Ils s’embrassèrent. Victor grimaça : ses plaies au ventre le tiraillaient. Il descendit à la salle de sport pour courir un peu… quand des bruits sourds attirèrent son attention. — Espèce de sale flic… je le déteste… Il sourit et entra. — J’espère que ce n’est pas moi, le sale flic ? Diana sursauta, furieuse. — Pour une fois, non. — Garrel ? — Évidemment. Elle frappa le sac avec rage. Trop de rage. Il observa sa posture, sa respiration hachée, la tension dans tout son corps. — Tu frappes bien. William t’a appris ? — Non… je l’ai juste observé. Il se plaça derrière elle, corrigea sa position. — Écarte un peu plus les jambes… tu gagneras en puissance. Elle obéit sans répondre. Les coups pleuvaient, secs, presque désespérés. — Il t’a dit quoi pour te mettre dans cet état ? demanda-t-il doucement. Elle répondit à demi-mot, esquivant les détails, surtout les moqueries. Victor comprit : ce n’était pas Garrel le vrai problème. — Diana… laisse-les faire leur travail. — Ils vont piétiner, murmura-t-elle. C’est évident… et personne ne m’écoute. — Tu es ici pour te reposer. Pas pour porter ça sur tes épaules. — William m’aurait écoutée, lui… — Et tu te serais encore mise en danger. Elle s’arrêta net, le souffle court. — Je m’en fiche. Je suis sûre qu’on veut tuer Catherine… et j’ai l’impression d’être la seule à le voir. Il posa une main rassurante sur son épaule. — Catherine est protégée. Je te le promets. Elle hocha la tête, peu convaincue, et reprit le sac. — Continue, dit-il doucement. Vide-toi la tête. Elle frappa jusqu’à épuisement. — Je ne sens plus mes bras… — Si tu peux parler, tu peux encore frapper. Elle tapa faiblement. Victor sourit : derrière la colère, il voyait surtout la peur. — Tu peux sûrement faire mieux… — Ça fait des heures que je frappe. Alex entra, surpris. — Ah ben vous êtes là ?! Ta femme est rentrée, tout va bien. Elle se repose un moment. — Voilà qui est rassurant… j’irai la voir après ma séance de course. — Vous allez courir avec vos blessures ? — L’exercice physique m’est conseillé, ne t’inquiète pas… Diana se laissa tomber dans les bras de son ami. — Je n’ai plus de bras… plus d’abdos… plus de mental… — À ce point ? Laisse-moi deviner : t’as boxé un quart d’heure ? — Au moins deux heures ! Non-stop ! Victor éclata de rire. — À peine une heure… et je t’ai fait frapper dans le vide la plupart du temps. — En ressenti, c’était deux heures ! Vous m’avez entraînée comme un de vos hommes… Les deux hommes rirent de bon cœur. — Allez, Didi, viens… il te faut un bon goûter pour retrouver de l’énergie. Comme si son corps devenait soudain liquide, la jeune femme ne tint plus sur ses jambes. Alex tenta de la redresser. — Ma jolie… — Je n’ai plus d’énergie… porte-moi… — T’abuses… — Alex… je ne peux plus marcher… Il la repoussa en souriant, persuadé qu’elle exagérait. Mais elle se laissa tomber au sol sous l’œil inquiet de Victor. — Diana ?! — T’inquiète, répondit Alex. Elle fait du théâtre… elle simule très bien la flemme. Diana soupira, outrée. — C’est pas grave… laisse-moi seule… je croyais que tu étais mon ami… Puis, d’une voix plaintive, presque enfantine : — Je ne suis qu’un poids pour toi… je ne mérite pas que tu gâches ta vie pour moi… pars… je me débrouillerai… seule… j’ai l’habitude… pars, je ne t’en voudrai pas… Alex leva les yeux au ciel et se baissa. — J’ai compris. T’es vraiment une sale gosse… Allez, accroche-toi… Didi… tu ne m’aides pas là… Elle s’agrippa à son cou. Il la souleva sans peine. — Je te dépose où ? — Près d’un frigo… non, mieux : sur un canapé confortable avec de la nourriture. — Et un massage, je présume ? — Je ne voudrais pas abuser de ta gentillesse… mais si tu insistes… Victor accéléra le pas. — Je crois que tu t’es fait avoir. — Oh, tu y as échappé uniquement parce que tu es blessé. Alex disparut avec son amie dans les bras. — Je te préviens, je te porte pas dans les escaliers. — Dis plutôt que j’ai grossi… — C’est pas moi qui l’ai dit. Tu me racontes ce que t’a dit Garrel ? — Non… je suis trop fatiguée. — Flemmarde… — Pendant le massage. — Du chantage, maintenant ? Elle l’embrassa sur la joue et le laissa la déposer sur le canapé. Et soudain… Diana se figea. Une odeur. — Alex… Il se tourna vers elle. — Quoi ? — Tu ne sens rien ? — Sentir quoi ? — La mangue… Elle se redressa d’un coup, le cœur serré. Ses yeux balayèrent la pièce. Sur la table basse : une boule à thé. Une sous-tasse. Pas de tasse. — Catherine boit du thé… murmura-t-elle. — Et ? — Elle est allergique à la mangue… Un frisson glacé la traversa. — Et pourquoi il n’y a qu’une sous-tasse ? Elle se leva brusquement. — Didi ? — Allons voir ta belle-mère. Maintenant. Je ne suis pas tranquille. — L’examen n’a rien montré d’inquiétant… — Même. Je veux être sûre qu’elle va bien. S’il te plaît. Il la suivit sans discuter. Ils rattrapèrent Victor qui montait les escaliers. Malgré la douleur qui tirait sur ses points, sa séance de sport lui avait fait du bien. — Tu n’es plus fatiguée, Diana ? — On vient voir votre femme… pour être sûrs qu’elle va bien. Il sourit et lui prit le bras. — C’est gentil… Mais un mauvais pressentiment lui noua soudain l’estomac. Il entra le premier. — CATHE !!! Elle était étendue sur le sol. Victor comprit immédiatement. Le regard paniqué. La respiration sifflante. Les lèvres bleuissantes. — Choc allergique… Alex appela une ambulance. Diana s’agenouilla près de Catherine, les mains tremblantes. — Respirez… s’il vous plaît… respirez… Victor courut vers le petit coffre à pharmacie. La clé était cassée dans la serrure. — Merde ! Il n’hésita pas une seconde. Enroula son poing dans le premier vêtement venu et frappa la vitre. Elle vola en éclats. Il attrapa la seringue. — Je t'injecte l'adrénaline… ça va aller… Il injecta, sans trembler. Mais l’état de sa femme restait critique. Son cœur s’emballait dangereusement. Diana sentit les larmes lui brûler les yeux. Les lèvres bleues de la maîtresse de maison ne la rassuraient pas du tout. — Commissaire… elle respire de moins en moins… Chaque seconde était une lutte. Et Diana savait qu’elle avait eu raison, trop tard peut-être. — C’est le thé… Il y avait de la mangue dedans… Victor maintenait la tête de sa femme, l’aidant à respirer. — Quel thé ?! — En bas, dans le salon. Il y avait une boule à thé et ça sentait la mangue… Ça m’a inquiétée… mais il n’y avait plus la tasse. Alex s’approcha de la table basse. — Ça doit être celle-là… mais moi je ne sens rien, ma jolie… Il la lui tendit avec une serviette, pour éviter qu’elle y laisse des empreintes. — Si… ça sent, insista Diana, de plus en plus fébrile. Et le thé a une couleur bizarre… comme si on avait rajouté quelque chose dedans… du lait, ou un truc épais… Victor releva aussitôt la tête. — Alex, rappelle Garrel. Faites analyser le contenu. Et va chercher la boule à thé. — OK… l’ambulance ne va plus tarder. Victor masquait son inquiétude comme il pouvait. Le visage de Catherine était gonflé, sa peau encore rouge. Il priait intérieurement pour que les médecins arrivent vite. Deux tentatives de meurtre en une journée… Même Diana, avec toute la poisse qu’elle attirait d’ordinaire, n’avait jamais connu ça. Quand les sirènes retentirent enfin, la jeune rousse laissa échapper un soupir tremblant. Les médecins les firent sortir de la chambre. Diana, toujours sous tension, eut du mal à se calmer dans les bras de son parrain. — Je vous l’avais dit qu’on essayait de la tuer ! Et encore avec un truc en rapport avec des plantes ! Tout le monde connaît son allergie ici, c’est forcément quelqu’un d’ici ! Je ne comprends pas pourquoi on a fait ça… Qu’on essaie de vous tuer, vous, d’accord, ça peut se comprendre… mais votre femme, elle est gentille ! Victor ne put s’empêcher de sourire malgré la situation. — C’est sûrement parce que c’est ma femme qu’on veut la tuer… Diana releva brusquement la tête, les yeux brillants. — Oui ! Et pourquoi une femme aurait intérêt à se débarrasser de la femme et des maîtresses de quelqu’un ? Parce qu’elle veut la personne rien que pour elle ! Il haussa un sourcil, amusé par sa logique implacable. — Garrel va arriver. Il fera ses déductions, d’accord ? Ça peut aussi être un simple accident… un employé qui aurait mal regardé la composition du thé. — Ce n’est pas possible ! Deux accidents en une journée, ça n’arrive qu’aux gens comme moi ! Ceux qui ont la poisse ! Votre femme, elle n’est pas comme ça ! Il la regarda, attendri, amusé par ses sourcils froncés et son débit affolé. — Heureusement que tu es là, mon ange… Tu arrives toujours à adoucir les pires situations. Il l’embrassa sur le front. Aussitôt, comme si on avait appuyé sur un interrupteur, Diana se calma. Elle s’agrippa à son tee-shirt et attendit, blottie contre lui, que la porte s’ouvre de nouveau. Pas de brancard. Juste un médecin visiblement agacé. — Votre femme refuse d’aller à l’hôpital. Le pire est passé. C’était une grosse réaction allergique. Vous avez eu le bon réflexe. Il se tourna vers Victor. — Elle est très allergique à la mangue, c’est ça ? À quel point ? — Normalement, ça ne provoque que des plaques rouges… Je ne comprends pas pourquoi ça a dégénéré comme ça. — Elle a d’autres allergies connues ? — Les fruits à coque… Ça lui a déjà causé des gonflements. Diana pencha la tête, le cerveau toujours en alerte. — Le liquide dans le thé… C’était peut-être du lait végétal… à la noisette ou à l’amande… Le médecin hocha la tête. — Possible, oui. En tout cas, calme et repos. Ils acquiescèrent. Des pas pressés retentirent dans le couloir. — Je vais finir par croire que c’est toi la psychopathe, chaton… Victor éclata d’un rire nerveux, lançant à Diana un regard faussement accusateur, visiblement amusé malgré la gravité de la situation. — Avoue… sans toi, on s’ennuierait terriblement. Diana, encore tremblante, leva les yeux au ciel… mais resta bien accrochée à lui. Elle marmona : " Je me demande bien ce que vous faites à vos conquêtes, pour avoir un si mauvais karmas..".
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