Ravyn attrapa Daisy au moment où ses jambes cédaient, la soulevant rapidement contre lui dans un geste instinctif, un grondement sourd déjà coincé dans sa gorge.
L’odeur du sang était immédiate, métallique, lourde, impossible à ignorer. Elle réveilla en lui une réaction primitive. Il se retourna d’un mouvement sec, prêt à l’emmener vers l’infirmerie, mais Daisy s’accrocha à lui, tremblante, agrippant son vêtement.
« Rav… attends », souffla-t-elle faiblement. « Elle est en train de partir. »
Il s’immobilisa aussitôt.
Son regard suivit celui de Daisy.
Le sang coulait encore de ses poignets, tachant ses manches, mais elle ne regardait pas ses blessures. Son attention était fixée sur Séraphine.
Elle se tenait à quelques pas seulement. Droite. Calme. Un petit sac posé à ses côtés comme si elle s’apprêtait simplement à quitter les lieux.
Ravyn fronça les sourcils.
« Elle s’en va ? » demanda-t-il, incrédule. Sa voix s’était durcie. « Avec ça ? Où est-ce qu’elle pourrait aller ? »
Le silence du lieu rendait la scène encore plus étrange. Le couloir semblait figé, comme suspendu.
La simple vue de ce sac lui serra la poitrine sans qu’il comprenne pourquoi.
Daisy, elle, ne voulait pas la laisser partir. Pas maintenant. Pas comme ça. Pas libre.
Elle serra les dents, puis parla vite, forçant sa voix à rester stable malgré la douleur.
« Ce n’est pas grave… ce n’est pas profond. Ça va guérir. » Elle inspira, puis ajouta en regardant Ravyn : « Mais elle essayait de fuir. Quand j’ai voulu l’arrêter, elle m’a attaquée. Elle m’a blessée. »
L’accusation tomba lourdement dans l’air.
Tous les regards se tournèrent.
Séraphine inclina légèrement la tête, presque détachée.
Un sourire discret apparut sur ses lèvres.
« Tu continues à mentir », dit-elle calmement.
Sa voix était basse, contrôlée, mais glaciale. Son regard, lui, avait changé. Quelque chose d’hostile y brillait.
Daisy recula d’un demi-pas sans même s’en rendre compte.
« Tu crois vraiment que ça va se passer comme ça ? » ajouta Séraphine doucement.
Ravyn serra la mâchoire.
« Corvine ! » lança-t-il brutalement.
Sa voix résonna dans tout le bâtiment.
Des pas rapides descendirent l’escalier.
Corvine apparut quelques secondes plus tard, raide, attentif.
« Alpha », répondit-il simplement.
Ravyn ne le quittait pas des yeux.
Puis il désigna Séraphine, le visage fermé.
« Emmenez-la dans les cachots », ordonna-t-il sèchement. « Jusqu’à ce que je décide de son sort. »
Le silence tomba immédiatement.
Mais Corvine ne bougea pas.
« Je ne peux pas », dit-il enfin.
Le regard de Ravyn se durcit.
« Répète ça », lâcha-t-il, la voix plus basse, plus dangereuse.
Corvine inspira lentement.
« Les cachots étaient réservés aux traîtres et aux criminels », expliqua-t-il. « Mais ce temps est terminé. Il n’y a plus eu de condamnations depuis des années. »
Il leva les yeux.
« Et je ne peux pas faire ça à Luna Seraphine. »
Un murmure parcourut la pièce.
Daisy serra les poings, incapable de cacher son agitation.
Ravyn eut un rire court, sans joie.
« Elle n’est plus Luna », dit-il froidement. « Elle a signé les papiers. C’est fini. »
Corvine ne cilla pas.
« Tant que le divorce n’est pas officiellement validé », répondit-il, « elle reste Luna. Et seul l’Alpha peut agir contre elle. »
Un silence pesant s’installa.
Ravyn comprit immédiatement.
Sa mâchoire se contracta.
Il déposa Daisy sur une chaise avec précaution, puis se redressa.
Ses pas vers Séraphine furent lents, mesurés, chargés d’une tension contenue.
Séraphine releva le menton.
« Si tu me touches », dit-elle, « je fais remonter ça au Conseil. »
Un sourire froid traversa les lèvres de Ravyn.
« Sans témoins, ça ne vaut rien », répondit-il.
Son regard était dur, presque haineux.
Corvine, lui, s’avança légèrement.
« Je peux témoigner », dit-il.
Tout le monde se figea.
Ravyn tourna lentement la tête vers lui.
« Tu réalises ce que tu es en train de faire ? »
« Oui », répondit Corvine sans hésiter.
Il sortit une enveloppe de sa poche et la posa dans la main de Ravyn.
« Je quitte mon poste de bêta », ajouta-t-il calmement.
Le choc fut immédiat.
Même Voren, resté silencieux jusque-là, réagit enfin.
« Tu abandonnes ta meute pour elle ? » demanda-t-il, incrédule.
Corvine se tourna vers lui.
« Alpha Voren », dit-il simplement, « certaines choses ne se commentent pas. »
Daisy observa la scène, la tension lui serrant la gorge. Elle comprenait que quelque chose lui échappait.
Elle tenta de reprendre le contrôle.
« Elle ne partira jamais », lança-t-elle. « Elle a toujours dépendu de Ravyn. Tout le monde le sait. »
Elle se tourna vers Corvine.
« Si elle revient, tu perdras tout. »
Corvine la regarda un instant.
Puis il sourit légèrement.
« Je ne pars pas à cause d’elle », dit-il.
« Alors pourquoi ? » demandèrent Ravyn et Voren en même temps.
Il hésita.
« C’est personnel », répondit-il finalement.
Séraphine laissa échapper un petit rire.
« Faites ce que vous voulez », dit-elle. « Vous méritez bien vos choix. »
Le visage de Ravyn se durcit immédiatement.
« Séraphine », dit-il froidement, « si je n’étais pas encore lié au respect que j’ai pour ta famille… »
Il marqua une pause.
« Tu ne toucheras aucune pension tant que tu n’auras pas réparé ce que tu as fait à Daisy. »
Un sourire satisfait apparut sur le visage de Daisy.
Elle attendait la suite avec avidité.
Elle voulait la voir tomber.
Sans argent. Sans statut. Sans rien.
Et ce que Séraphine allait faire ensuite allait dépasser tout ce qu’ils avaient imaginé.